SCÈNE IL
Les Mêmes, LE TAMBOUR , puis deux Soldats portant un brancard fait en branches d'arbres.
LE tambour, entrant. Il n'y a pas d'officiers ici ?
raimond, au tambour. Eh bien! Bruscambille, est-ce que tu as fait un songe de travers ?... Tu es tout effarouché...
le tambour. Ah ! c'est que la chose a été rude, sergent...
alboise. Ah ça, dis donc, tu as du sang sur toi !...
le tambour. Ça ne doit pas vous étonner î on s'est bûché suffisamment,
alboise. Une bataille ?
le tambour. Une bataille.
alboise. Mauvais farceur !... Oa n'a rien entendu.
raimond. Un duel ?
le tambour. Si vous voulez.
alboise. Je veux que tu parles sans calembourg, npm d'un tonneau !... Tu nous liens là comme une tireuse de cartes en travail de pronostiquer.,;.
le tambour. Eh bien ! voilà... (On fait cercle autour de lui.) Vous saurez donc que je suis parti, il y a une heure environ, pour me promener et pour voir , tout près de ce village qui est là-bas à noire droite, si par hasard on y élevait de la volaille et si les paroissiens de ce pays s'y entendaient aussi bien que dans notre pays de France... Ça m'intéressait.
alboise. Histoire de maraude. .. légèrement...
LE tambour. Histoire naturelle , comme dit notre major, qui est un grand savant...
le tambour-major. Flatteur...
le tambour. J 'étais donc planté contre une sorte de taillis, ouvrant l'œil indéfiniment et imitant le chant du coq pour voir s'il y aurait une réponse. Tout à coup j'entends dans le même taillis u\\ bruit comme qui dirait notre major quand il ronflé... Je fonce dans le taill s, je me trouve face à face avec mon individu. Il court sur moi, je cours sur lui, et vlan ! je l'embroche avec mon sabre si pleinement qu'ii tombe comme une masse les quatre Fers en l'air...
alboise. Mais à qui donc avais-tu affaire?
BONAPARTE
le tambour. J'aperçois nos camarade irai examinaient un champ de carottes en amateure; je les appelle, et nous nous mettons en route portant ma victoire... et ma notoire, la voilà... (Les soldats apportent un brancard et le déposent à terre. Le tambour s'en approche et en écarte les branches. Cri yénéral de surprise et de joie en apercevant un magnifigue cochon.)
tous. Ah !
alboise. C'<st là son régal promis ?... Bravo ! il y a de quoi...
Raymond. Ah! tapin, voilà un triomphe qui te fait honneur... C'est qu'il n'y a pas à dire, c'en est un des mieux élevés!... Quel régal ça va nous faire !...
tous. Vive le tapin !...
le tambour. Farandolle autour de mon ci-devant ennemi. (Ils dansent en chantant autour du brancard).
alboise. Le général Augereau !. ..
raimond. Nous sommes pinces.
le tambour. Attendez... Une capote, un bonnet de police... (// couvre le cochon de la capote et du bonnet de police.) Deux hommes de bonne volonté... Enlevez le brancard... Vous allez me suivre... Soyez tranquilles.
raimond. Tirez la capote... la queue passe...
le tambour. Quand vous le reverrez, il sera cuit. (Augereau entre en fumant sa pipe et accompagné de Junot) .