LES MÊMES, TROIS GÉNÉRAUX, LE TAM- BOUR, SOLDATS
ALBOISE, à part. Tu peux faire ton inspection ; tu ne pourras pas dire qu'il y a trop de luxe, et que nous sommes trop requinqués.
Bonaparte, à part. Pauvres soldats! ils ont besoin de mille choses, et j'y pourvoierai; mais je ne veux pas qu'on se plaigne, ni que la misère serve de prétexte à l'indiscipline. ( Haut. ) Bonjour , Augereau ; bonjour , Junot.
augereau et junot. Général...
Bonaparte, aux soldats. Rien de nouveau par ici?
alboise. Non, rien; toujours le même équipement, et nourriture idem.
Bonaparte. Cela changera.
alboise. Ce qu'il y a de sûr et de certain, c'est que cela ne peut pas être pire.
Bonaparte. Pourtant, quand même il en serait ainsi, il faudrait bien le supporter. Les soldats de la République ne doivent avoir qu'un souci : la défaite ; et qu'une volonté : la victoire.
alboise. Il me semble que tout ça pourrait aller avec des souliers et un uniforme complet.
Bonaparte. Assez ! ai-jc eu le temps de
réparer, moi qui suis, pour ainsi dire, arrivé d'hier ?
augereau. Général, ceux qui étaient en Italie avant vous n'ont manqué à aucun de leurs devoirs.
Bonaparte. Je n'ai pas à discuter làdessus, et je garde mon opinion.
augerau. Sur qui ?
Bonaparte, s avançant vers lui. Si c'était sur vous, je vous le dirais.
augereau. J'accepte l'excuse.
Bonaparte. L'excuse! un général en chef ne saurait en faire ; il rend justice, et lorsqu'il se trompe, sa dignité ne perd rien à en convenir; quant à vous, Augereau, nul plus que moi ne vous apprécie.
augereau. Je suis toujours prêt à rendre compte à la République.
Bonaparte. D'abord à moi, votre chef.
augereau. C'est vrai; je suis placé sous vos ordres. ( A part. ) Mon jeune coq, tu lèves trop la crête. Au lieu d'une pipe, j'en fume deux à présent ; je vais voir par là si je ne trouve pas quelqu'un avec qui je pourrai me disputer. ( // sort. )
Bonaparte, aux généraux. Messieurs, recommandez bien partout la stricte exécution des ordres que j'ai donnés ; je ne veux plus de ces habitudes de maraude, ou plutôt de pillage, qui finiraient par déshonorer l'armée ; je serai sans pitié pour les coupables s'il y en avait encore.
RAIMOND, au tambour. Qu'est-ce que tu en dis? et ton particulier?
le tambour, bas. J'en ai eu ma pari; allez prendre la vôtre avec Albo:se ; et re tenez-en bien le fumet et le goût, car je crois que je ne retournerai pas à la cliasee de sitôt
Bonaparte, aux officiers. Allez. ( TûHt le monde s'éloigne. )