‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 495 sur 1577 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes , AUGEREAU , JUNOT.

augereau. Holà !. .. qu'est-ce que vous portez comme ça sur ce brancard ?

le tambour. Faites excuse, général, c'est. . .

augereau. Eh bien?...

le tambour. C'est un camarade... Antoine.

augereau. Blessé, ou mort!...

le tambour. Blessé.

augereau. En duel?

le tambour. En duel.

augereau. Quelque maladroit... Allons, portez-le au chirurgien. (Les soldats emportent le brancard. A Alboise. ) Tu ris, toi ?

alboise. Vous croyez, général ?

augereau. Si tu ne ris pas, tu fais la grimace.... Je te reconnais, tu n'es jamais content.

alboise. A peu près comme vous ; nous avons quasiment le même caractère.

augereau. C'est-à-dire que si je n'étais plus général, tu me chercherais dispute ?

alboise. Dam! c'est selon.

augh'.eau. Tu sais que je manie assez bien l'épée, l'espadon ouïe sabre!

alboise. On le dit.

augereau. Comment, on le dit 1 J'ai été maître d'armes, entends-tu? et à peine étais-je sorti de chez ma mère , la fruitière du faubourg Marceau, que je manœuvrai» de manière à dérouter les plus malius. Je ne suis pas comme cette troupe de muscadins qui nous arrivent du Directoire...

junot. Ah ! général. ..

augereau, à Junot. Tu as beau dire, mon fils, ton ami Bonaparte nous mène comme des cadets ; il nous est tombé à la façon d'une bombe, sans dire gare. Il va bien jusqu'à présent, c'est vrai ; mais ce n'est pas une raison pour traiter comme des conscrits les vieux lapins de l'armée d'Italie.

junot. Pardon, général ; mais vous ne doutez pas de l'estime qu'd a pour vous ; songez un peu à la responsabilité dont il est chargé ; vous comprendrez qu'il se tienne sur ses gardes, et se renferme dans uo commandement dont lui seul doit rendre compte.

augereau. Comment, lui seul ! Il est général en chef, on ne peut pas dire le contraire: mais nous ne sommes pas des vieilles femmes à qui on ordonne de filer leur quenouille et de ne pas bouger. Ni lui, ni toi, ni personne ne viendra faire la loi à Masséna, à Laharpe, à Augereau, ton serviteur trèshumble. Ce serait alors une affaire d'individu à individu.

junot. Général, vous êtes sévère.

augereau. Je dis ce que je pense. Nous n'en sommes plus à l'ancien régime : on a son franc parler.

junot. Tout le monde n'est pasassez vieux pour avoir eu le temps de faire plusieurs campagnes.

augereau. Eh bien ! alors, on laisse faite les anciens, et on les respecte. Tu as l'ai; d bouder, toi.

junot. C'est que je ne suis pas ont dans les anciens, et que, tout en les respectant, je veux garder mon aplomb.

augereau. Ah ! ah! tu me contraries?... Une affaire ?. ..

junot. Une affaire avec vous, général, me ferait beaucoup d'honneur, et...

augereau. Eh bien ?

junot. Eh bien ! je n'aurais pas peur.

augereau. Et je te crois... Je te connais, et tu me vas. Penses-tu donc que j'aurais fait si vite connaissance avec toi si je ne

BONAPARTE

t estimais pas? Ça ne te regardait pas ce que j'ai dit tout à l'heure. Ta main.

junot. C'est que vous avez la parole aussi prompte que le bras.

augereau. C'est vrai. Après ça, depuis que ce petit général en chef nous est arrivé, il nous a fait tellement tourbillonner à droite et à gauche, que je suis de mauvaise humeur vingt-trois heures survingt-quasre. {Aux soldats.) Ça vous aurait amusés, n'est-ce pas, de nous voir espadoniier Junot et moi? Vous n'aurez pas cet agrément ; nous gardons nos coups de ^abre et d'épée pour les ennemis de la République. (A Alboise.) Allons, en attendant, grogne et fume ta pipe.

alboise. Alors, donnez- moi du tabac ; je n'en ai plus.

augereau, lui donnant du tabac. Tiens.

alboise. Ça doit être du fameux 1

augereau. Pour qui me prends-tu? c'est du caporal; je n'en veux pas d'autre. (On bat aux champs dans la coulisse.) Qu'est-ce que c'est?.. Ah ! Bonaparte qui se promène. (Bonaparte paraît, se retourne, fait signe de la main, et les tambours cessent débattre, il entre suivi de trois généraux, et s1 avance lentement, examinant à droite et à gauche.)

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