‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 505 sur 1577 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LIPPANI, SALICETTI.

lippani. Vous aviez déjà vu la Comtesse?

salicetti. En effet, j'ai en l'honneur de connaître la signora Naddi.

lippani. Où l'avez -vous rencontrée? à quelle époque ?

salicetti. Il y a trois ans, lorsque j'étais en mission devant Toulon... Une jeune fille habitait les environs avec sa mère...

LIPANL C'était elle !... Naddi? à Toulon?

salicetti. Comment, vous l'ignoriez?

lippani. Je ne sais encore sijevousaibien entendu.

salicetti. Cependant! votre admiration pour Bonaparte!... Je croyais que la signora Naddi... que madame la comtesse vous avait fait partager sa reconnaissance.

lippani. Sa reconnaissance ? Expliquezvous mieux; il y a deux mois, mademoiselle de Verteuil, car elle n'était alors que ma fiancée , fut arrêtée avec son escorte par les ;iv;mt p'stes français, et le général Bonaparte, pi in d'égards pour sa prisonnière, la fit reconduire à Pavie. Est-ce de ce service-là que vous voulez parler ?

salicetti. Non, vraiment, car je l'ignorais.

lippani. C'est pourtant la première et la seule fois que la comtesse se soit rencontrée avec le général Bonaparte.

salicetti. Ce n'est pas à moi de vous

contredire ; je vous laisserai cousulter les souvenirs de madame la Comtesse.

lippani. Point de réticences, Salinetti, le i rouble de Naddi, votre hésitation... Il y a là un mystère que je veux éclaircir... Vous avez commencé, achevez.

salicetti. Prenez garde, monsieur le Comte, que votre pensée n'aille plus loin que mes paroles.

lippani. Eh ! monsieur, ces ménagements même prêteraient à d'étranges supposions. La vérité , monsieur, la vérité !

salicetti. Eh bien ! la vérité, la voici : le commandant d'artillerie Bonaparte a rencontré à Toulon la signora Naddi et sa mère ; i! demeurait dans la même maison que ers dames, et dès lors il leur portait assez d'intérêt pour les entourer de sa généreuse protection.

lippani. De sa protection ? Il y a trois ans, dites-vous ?

salicetti. Pendant tout le temps qu'a duré le siège, le commandant n'a pas cessé de rendre des soins à ces dames.

lippani. Et c'est de vous, monsieur, que je l'apprends !

salicetti. Nem'avez-vous pas interrogé ?

lippani. C'est impossible !. .. vous mentez.

salicetti. Monsieur le comte !

lippani. Vous haïssez cet homme, et vous voulez me faire partager votre haine !

salicetti. De la haine pour tant de courtoisie !...

lippani. Rétractez vos paroles à l'instant, ou tremblez que ma colère...

salicetti. En est-il ainsi?... Eh bien!

loin de les rétracter, je les compléterai , monsieur le comte , et sans porter atteinte à l'honneur de madame la comtesse , je vous dirai qu'une femme est souvent excusable de cachera un mari défiant et emporté une première inclination.

lippani. Vous insultez la comtesse et vous m'en rendrez raison.

salicetti. Je suis à vos ordres, monsieur le comte; je sors de ce palais pour n'y plus rentrer; mais comme je veux avant tout me laver du reproche de mensonge, je vous ferai parvenir la preuve de ce que vous m'avez, forcé de vous déclarer. (Il salue et sort.)

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