‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 506 sur 1577 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LIPPANI , puis NADDI.

LIPPANI agite la sonnette arec force, une femme paraît. La comtesse Lippani, qu'elle vienne; je veux lui parier sur-le-champ. [La femme sort. — Se promenant avec agita-

BONAPARTE

tion ) La langue do cet liomme est empoisonnée... unepreuve, «lit-il?.. Ah! qtie cette preuve ne se fasse pas attendre, ou il payera de sa vie... C'est elle.

naddi. Vous m'avez fait demander, mon ami?

i.ippani. Oui, j'étais inquiet. .. cette indisposition subite...

naddi. Est complètement dissipée.

lippani. En effet, vous êtes redevenue maîtresse de vous-même.

naddi. Que voulez-vous dire, mon ami?

lippani. Tenez, Naddi, je ne sais pas feindre... vous connaisse/, mon caractère violent, impétueux, mais toujours franc et loyal; j'aime ou je liais, à découvert de toute mon âme, et vous savez avec quel transport je vous aime.

naddi. Je le sais.

lippani. D'où vient donc que je ne trouve pas en vous la même sincérité?

NADDI. Comment? en ai-jedonc manqué?.

lippani. Tout à l'heure, en attribuant votre indisposition à une cause inconnue, tandis que la p. ésence de cet étranger en était la véritable cause.

naddi. Eh bien, oui; c'est vrai, monsieur le Comte.

lippani. Alors il est vrai aussi que vous l'avez connu à Toulon, où vous êtes restée six mois.

naddi. Avec ma pauvre mère ; oui.

lippani. Pourquoi donc ne me l'avcz-vous jamais dit ?

naddi. C'était la volonté de ma mère; elle m'avait conjurée de ne jamais parler de cette époque de ma vie, si remplie de douloureux souvenirs.

lippani. Douloureux! vraiment?. Comptezvous au nombre de ceux-là les services et les assiduités du commandant d'artillerie Bona- I arte ?

naddi. Monsieur le comte.

lippani. Vous tressaillez, madame; et, Dieu me pardonne, vous allez vous trouver mal, comme tout à l'heure, et cependant hier encore vous entendiez prononcer ce nom-là sans trouble, sans émotion, comme celui d'un homme que l'on connaît à peine. — D'où vient ce changement, madame? était-ce dissimulation alors, ou maintenant est-ce l'effroi de me savoir instruit?

naddi. Instruit! Au nom du ciel, monsieur, faiies attention à vo.* paroles; instruit, (!iles-\ons? de quels torts je vous prie? [Avec finir.) Est-ce que par hasard vous me croyez coupable?..

i.iPPAM, avec, ironie. Comment donc!

madame, c'est moi sans doute qui suis coupable de vous sou cou ner... (Avec emportement.) Ah! tant de perfidie!..

naddi. Monsieur! (La porte s'ouvre.)

UN valet, entrant. Monsieur le comte, un exprès vient d'apporter cette letire qu'on m'a dit de vous remettre à l'instant même.

LIPPANI, au valet. C'est bien. (Le raie' se retire. — A part, ouvrant la lettre.) C'est de Salicetti! que vais-je apprendre?

naddi, à part. O ma mère!., ma mère!

quand tu m'as dit de craindre sa jalousie, et de lui cacher mes premiers sentiments, tu ne prévoyais pas que cô mystère même devait exciter sa colère. (Elle tombe accablée sur un fauteuil.)

lippani, lisant à part. « Monsieur le » comte, traité par vous de colomniateur, je » vous envoie ma justification; un heureux » hasard me l'a conservée... Autref i-; à Xice, » chargé d'arrêter le général de brigade Bo- » naparte, j'ai du m'emparer de tous ses pa- » piers, parmi lesquels se trouvait la lettre » que vous allez lire. »

Et cette lettre!.. Ah ! ma main tremble...

« Mon généreux protecteur... c'est un » devoir pour moi de vous apprendre que » nous sommes arrivées heureusement à Flo- » rence... c'est en même temps un bonheur » de vous écrire que votre souvenir restera » impérissable dans mon cœur, comme celui » du plus noble des hommes; j'aurais donné » ma vie pour vous...

» Adieu pour toujours peut-être. — La » bien triste, Naddi. »

(Après avoir lu cette lettre, il s'avance à pas Unit vers Naddi, et la lui remet.) Lisez madame. ..

Naddi, regardant la lettre. Ah!

lippani. Est-ce bien là votre signature?

naddi. Oui.

LIPPANI, lui montrant les mots: Généreux protecteur.

naddi. Il a sauvé l'honneur de mon père.

LIPPANI, ironiquement. Et le vôtre peutêtre?

naddi. Oui, le mien.

LIPPANI. Souvenir impérissable !. . . te pi us noble des hommes!... la triste, la désolée Naddi!... Ah! vous l'aimiez, madame!

NADDI. Eh bien, oui... je l'aimais !..

lippani. Et vous osez me l'avouer !

naddi. Pourquoi donc en aurais-je honte?

Lippani. Toutes mes idées se confond nt ! Ah! vous aimiez cet homme ! je ne m'étonne plus de sa générosité! Moi qui l'admirais!..

Si

NADDI. Eh quoi! c'esl Salicctti qui m'accuse, et vous le croyez ?

lippani. Non, madame, je crois cette lettre.

naddi. Mais celte lettre vient de lui, le lâche! il l'aura commentée, envenimée, il poursuit son ouvrage... Ah ! si vous saviez!..

i.ippani. Assez, madame, assez !.. Si vous voulez que je sois maître de moi, fuyez, madame ; dès ce moment plus rien de commun avec celle qui m'a trompé.. .

NADDI. A votre tour, pas un mot de plus; je SOIN... C'est à Lonatoque je me retire, près du tombeau de ma mère... Plus tard, monsieur In comte, vous vous repentirez amèrement des paroles que vous venez de prononcer) mais ce ne sera plus à moi seule qu'il faudra en demander pardon.

lippani. A qui donc?

naddi. Au héros que vous avez offensé.

Adieu... (Elle sort.)

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