SCENE V
DANTEL, puis NADDI.
DANTEL. Pour de saints personnages, ils ont des mines bien ténébreuses... ils ont surtout une manière de vous parler d'amitié qui ne donne pas envie de les approcher. . . Ils m'ont dit : Parla... Reposons-nous d'abord un moment. [Il s'assied sur un tertre.)
naddi, sortant de la chapelle.; elle est pâle et se soutient à peine. Quel affreux complot! On en veut à sa vie... il faut le sauver à tout prix! Mais comment? Courir moi-même au quartier général. . . Arrêtée en route, je serai reconnue. .. Déjà accusée par Lippani , cette démarche me perdra sans
retour Oh! n'importe, s'il n'y a que ce
moyen.. . Mais cet homme qui était là tout à l'heure, et qui allait le retrouver... Ah! le voici encore.. .
dantel, se levant. Allons, continuons lestement ma route.
naddi, lui touchant le bras. Un moment.
dantel, reculant. Hein? Encore un moine?... Non, une femme... j'aime mieux ça...
naddi. Vous êtes un Français?
dantel. Français et galant, à votre soi vice, belle dame.
naddi. Vous êtes brave, n'est-ce pas?
dantel. C'est-à-dire brave, ce n'est pas précisément dans les' attributions de ma profession ; je suis le célèbre. . .
BONAPARTE
NADDI. Fort bien. (Â part.) Je ne puis
rien lui confier Sa frayeur me trahirait.
{Haut.) Vous allez à Rivoli?
PAN^EL. Rejoindre ce cher Bonaparte.
naddi. Eh bien! monsieur, vous pouvez me rendre un service signalé!
DAA'iiiL. Pariez, belle dame; j'ai toujours été ;;ux ordres de la beauté. (Naddi va regarder s'il n'y a -personne aux environs.)
i) vntel, à part. On m'avait bien dit que c'était le pays des aventures.
naddi. Ecoutez, je veux faire parvenir un mot d'écrit au général en chef.
DANTEL. Ah !.. . au général.. . Très-bien. .. je comprends... un billet.. . vous voulez profiter de mon intimité. .. pour. . . cela veut dire que je serai le messager des Grâces... Je connais ça.
naddi. Mais comment lui écrire?
dantel. N'ai-je pis là mon portefeuille?
naddi. Donnez. [Elle prend le portefeuille, déchire une page et écrit au crayon.)
dantel, à part. Comme elle a l'air agité.. . Oh ! ces Italiennes !... quand la passion s'en mêle!... Est-il heureux, ce petit général !
naddi, lui remettant l'écrit. Tenez, songez qu'il y va de la vie.
DANTEL. Pour VOUS?
naddi. Oui... pour moi... Cachez ceci avec la plus grande précaution.
dantel. Tenez, je le mets sous mes habits.
naddi. Vous ne serez pas arrêté en chemin, je l'espère.
dantel. Non, j'ai mon sauf-conduit.
naddi. Et vous ne remettrez cet écrit qu'au général en chef, à lui-même.
dantel. N'ayez pas peur... je sais ce que c'est que ces commissions-là.
naddi. Eh bien ! hâtez-vous, les moments so nt précieux.
dantel. J'irai de toute la vitesse de mes anciennes jambes... mais n'obliendrai-je pas quelque récompense?... [Il veut prendre la main de Naddi, qui la retire avec dignité. Â part.) C'est une reine!
naddi. Je vous promets la reconnaissance du général.
dantel. Je pars.
naddi, à part. Ah! ma mère, c'est toi qui m'as fait découvrir ses ennemis!... [A la machme.) Et toi, sainte Vierge, fais que je puisse encore la sauver. (On entend au loin tes chants religieux.)
Onzième Tableau.
la maison minée.
Le quartier général de l'armée française, près de Ri- ■yoli ; au fond, une petite maison, devant laquelle se promène un factionnaire; à droite et à gauche, quelques arbres. — Ces soldats sont occupés à fourbir des armes ; parmi eux, Raymond, le tambour et le tambour major. — Augereau se présente; le factionnaire lui porte les armes et il entre dans la maison.