‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 52 sur 1577 · JOSÉPHINE, MARGUERITE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE, MARGUERITE

Joséphine. Eh bien , vous qui êtes si souvent accourue vers moi, vous que j'ai souvent trouvée sur cette route dont vous m'aviez prédit la splendeur, qu'avez-vous à me dire ?... comment se faitil qu'aujourd'hui plus que jamais je me sente entraînée vers les idées superstitieuses que vous nourrissez?

Marguerite. 11 en est ainsi lorsque la tristesse et l'appréhension viennent vous visiter sur les degrés du trône... la croyance arrive avec la douleur.

Joséphine. Vous m'avez écrit... vous avez voulu me voir: parlez!..,

marguerite. Oui, j'ai voulu vous voir aujourd'hui, et que votre majesté me pardonne! je me sens portée vers vous par une force irrésistible, toutes les fois que je vous sais livrée à l'incertitude et à la tristesse... Je voudrais vous dire des paroles d'espérance et de consolation...

Joséphine. Et vous ne le pouvez , car ce serait un mensonge, n'est-ce pas?... Tenez, vous disiez vrai lorsque vous me montriez à moi-même parvenue au faite des grandeurs humaines; et là,

frappée au cœur d'une de ces blessures qui font mourir!.. Aujourd'hui surtout, il me semble que je vais commencer un avenir désespéré!... Mais que va-t-il donc se passer? le savez-vous?...

marguerite. Je sais que Napoléon ne voudra pas s'arrêter dans cette voie où il marche, entraîné par la gloire et aveuglé par l'ambition!... Je sais que ses rêves gigantesques le rendent inflexible dés qu'il s'agit de les réaliser; je sais enfin qu'au faîte où il est monté, il imposerait silence à son cœur pour n'écouter que la voix de son génie ou les inspirations de sa politique!

Joséphine. Que voulez-vous dire?

marguerite. Je veux dire que ce vaste empire ne lui suffit pas.

Joséphine. Et il faut craindre de le voir rallumer la guerre?

marguerite. Il faut craindre cette pensée profonde, inexorable, qui ne s'arrête pas à sa grandeur présente, mais regarde par delà le tombeau !

Joséphine. Eh bien, c'est pour y trouver son nom grandissant d'âge en âge, sa mémoire vénérée, son souvenir éclatant...

marguerite. Et les enfants de sa race, héritiers de sa couronne impériale !

Joséphine. Les enfants de sa race! Ah! malheureuse I toujours cette menace qui retentit à mon cœur! Mais n'ai-je pas mon fils, mon Eugène?... Je me réfugierai dans sa gloire, dans l'amour et le respect dont il est entouré...

marguerite. Hâtez-vous donc d'obtenir de Napoléon qu'il le désigne pour son successeur... Bientôt il ne serait plus temps... ce ne serait plus ici que je pourrais vous revoir...

Joséphine. Où donc ?

marguerite. A la Malmaison!... seule et abandonnée!...

Elle sort.

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