SCÈNE II
Les Mêmes, LIPTAI.
AUGEREAU. Salut, général.... Asseyezvous. [Augereau et Liptat s'asieyent à la table de gauche. Junot est debout auprès d'eux.) Je suis chargé d'écouter vos propositions ; parlez.
liptai. Le feld-maréchal Wurmser, m-u par un sentiment d'humanité, et v ornant épargner aux paisibles habitants de .Mantoue les angoisses d'un siège prolongé, con
traiter avec vous de la reddition de cette place. ( Bonaparte entre, rnreloppé dans son manteau. Il n'arrête d'abord en apercevant les généraux; puis il ê'aaied à la table du deuxième plan, écoute et écrit.)
AUGEREAU, à Liptaï. Que demande votre commandant?
Lifi ai. A se retirer avec armes et bagages , ii la tète de sa garnison, qui est encore de 30,000 hommes,
augereau. Oh ! oh ! mes chers messieurs, voilà une prétention tout à fait curii c'esl ii dire que votre maréchal qui i trouve mal à l'aise dans sa cage, ne sérail pas fâehé de se déployer sur un terrain un peu plus large...
liptai. Pardon, général; vous vous méprenez sur la situation du maréchal Wurmser... cle n'est pas ce (pie vous supposez; la ville est abondamment pourvue de provisions; les munitions de guerre n>- manquent pas; nous pouvons tenir deux ou trois mois , et d'ici là...
BONAPARTE, interrompant sons se lever.
Si le matéchal avait seulement pour quinze jours de vivres et qu'il parlât de te rendre , il ne mériterait aucune capitulation honorable; et puisqu'il vous envoie, général, c'est qu'il est réduit à la dernière extrémité. ( // se lève.)
liptai, à Augereau. Plaît-il? Cet
officier...
augereau. Le général en chef.
Bonaparte. Je vous ai vu à Lodi , général Liptaï... Wurmser choisit bien ses représentants; je respecte son âge, sa bravoure, ses malheurs, et voici ce que je lui accorde. ( Montrant un papier qu'il a pris sur la table.) Il peut sortir de Mantoue ivee son état-ma or; il se fera suivre par 200 cavaliers, 500 fantassins et six pièces de canon, pour que sa soi lie ne soit pas humiliante, Le reste de la garnison sera conduit à Trieste, pour être échangé contre des prisonniers français. Portez-lui ces conditions et d te-lui bien qu'il n'en aura pas d'autres, soit qu'il se rende demain, dans uu mois, ou dans six.
liptai. Général, il se rendra demain.
Bonaparte. Je le s vais bien.
LIPTAI. Demain matin, à sept heures, il aura l'honneur de vous remettre les clefs de la citadelle et de déliler devant vous. (Il salue et sort. )
SCEISE m.
Les Mêmes, excepté LIPTAI.
• ". ;,r^. Vngereau, vous prendrez ma
BONAPARTE
place ; cet honneur est dû au vainqueur de Rivoli. (A Junot.) Je n'aime pas à triompher en personne de l'abaissement d'un ennemi.
UN aide DE CAMP, entrant. Des dépêches du Dire toire.
Bonaparte. Nous les lirons tout à l'heure. (// les remet à Junot. A l'Aile de camp.) Faites entrer les en\oyés du saint père, du riucde Modène etde la république de Venise. (En r( le cardinal Malltï, l'envoyé de Modem: cl le sénateur Pesaro, avec leur suite.)
aigE'.fau, à part. Dire que tout ça fait antii hambre chez nous!
Bonaparte, au cardinal. Eh bien, monsieur le cardinal, m'apport^z-^ousdes paroles de pais de U part du saint père ?
t.e cardinal. Général, je suis porteur de pleins pouvoirs de si sainteté, et si vous n'exigez aucun sacrifice qui intéresse la religion...
Bonaparte. Rassurez-vous, monsieur le cardinal : la religion, l'ordre et la propriété n'auront jamais de plus ardent défenseur que Bonapar.e. Ce trait.' que j'ai préparé ne touche qu'au pouvoir temporel du pape... Le voici... Vous en connaissez déjà les clauses?
LE cardinal. Oui, général.
Bonaparte. Je n'tn ajoute qu'une seule, a propos d'un fait que d'abord je m'étais refusé de croire : De ma heureux prêtres français, exilés, errants, loin de leur pats, ont été repousses par vous; aous leur avez fermé vos monastères... Sans asile, sans pin, je ies ai vus ici, aux portes du camp, recevoir de nos so'dais une aumône que vous, prêtres comme eux, vous leur a\iez refusée. Je ne veux plus de ce scandale... Hommes de Dieu, vous accueillerez en frères tous ces enfants de la même Église, jusqu'au jour, prochain je l'espère, où la patrie leur rouvrira ses bras. Telle est ma volonté; promettez-vous d'y souscrire?
le cardinal, s'inclinant. Comme à toutes les autres clauses.
Bonaparte. Mais franchement et sans arrière-pensée, n'esi-cepas? Désormais, plus de menées sourdes, plus d'excitation à la révolte. Vous conna ssez maintenant la force de nos troupes et la valeur de ses chef- ; retournez auprès du saint père, éc!aiiez-le sur s s véritables intérêts, détachez-le des in rigants qui l'entouient et qui le conduiraient à sa perte. Vous m'avez compris? Allez, monsieur le cardinal. ( Le Cardinal salue et se retire avec sa suite.)
AUGEREAU, à Junot, pendant la sortie du Cardinal. En voilà un qui ne me revient pas; je n'aurais pas confiance dans ses prières.
BONAPARTE, à l'Envoyé de Modène. Ah !
c'est vous, monsieur le conseiller du duc de Modène? Venez-vous enfin m'aunoncer l'exécution du livité conclu depuis deux mois ?
l'envoyé. Général, Son Altesse le grandduc est pi et à remette aux délégués delà République L'indemnité pour les frais de la guerre, fixée à six millions en or, ainsi que les ta leaux de maîtr s choisis par vous : seulement, il propose de racheter le s-int Jérôme du Dominicain par un autre million.
augereau. Diable! un million pour une au;;e «Je toile peinte ! je n'hésiterais pas.
Bonaparte. Un mil] on se dissipe et se perd... un chef-d'œuvre dure éternellement... Le salut Jérôme paiera le Louvre. (L En voyé s'inclin t.)
Bonaparte, à Pisaro. Quanta vous, monsieur le procurateur îVsaro, les réclamations de votre ré oblique sont inadmissibles... Venise a nourrie! subyen iônnéles en émis de la Fiance; elle lui doit une réparation.
PESARO. Général, et effort ou-; est impossible ; les coffres de 1 état sont vides.
Bonaparte. Eh bi^n, messieurs, puisez dans eux de votre allié le duc de Modène, dont vous avez recelé les trésors aux dépens de ses su ets, nos amis. [L'Envoyé de Modène veut téc'amer; Honap rie l'arrête par vn geste.) Je suis bi n informé. (.1 Pesaro.) Prenez d'ai leurs les gages -ue vous ont donnés les Anglais, les Autrichiens, tous mes ennemis.
PtSARO. Le sénat délibérera, et je ne doute pas de sa soumission.
Bonaparte. Un mot encore, messieurs...
Je connais la tactique de votre sénat, je sais tout ce dont il e t capable; mais prenez- y garde... La guerre peut m 'engager loin de vos états : si pendaut ce temps il -. ous arri- \ait d'attaquer mes dépôts, d'assassiner mes malades et de menacer ma retraite, vous auriez décidé votre ruine. Votre alliance avec Naples ne m'effrayerait pas; avec six mille hommes pris dms mes dépôts et mes ambulances, je marcher is outre le Lido et j'écraserais le lion valétudtqa re de Saint-Marc. Songc/.-y b en. .. Adieu. (Pesa;o se relire avec sa suite.)