SCÈNE ni
Les Mêmes, BONAPARTE, UN AIDE DE CAMP, DAiNTSL.
Bonaparte, entrant, à part. Je n'accepte pas l'armistice que m'a offert l'archiduc... la campagne est à nous... Junot renconirera Joubert, et nous ferons noue jonction au lieu et à l'heure désignés Je
n'attends plus que Hoche et More;iu, qui vont venir à moi par l'Allemagne; alors je marche sur Vienne... derrière nous, l'Italie
soumise, devant nous l'Autriche perdue
O France! que de uloire et de pui sance pour tes armes 1... {Mouvem*nt d'attention au fond du théâtre. Les soldats regardent en dehors. ) Qu'y a-t-il ?
un officier, entrant. Un aide de camp du général KJlmaine.
Bonaparte. Ah ! ah ! des nouvelles de nos frères d'Italie... je les attendais a\cc impatience... Qu'il entre. {L'officier introduit l'aide de camp . — A l'aide de camp. ) Soyez
le bienvenu, capitaine vous êtes porteur
d'un heureux message?
l'aide de camp. Voici mes dépêches.
Bonaparte, prenant la dépêche. Point de lettres de ma femme ?
l'aide de camp. Non, général. ( Bonaparte ouvre la dépêche et lit. )
RAiMOiND, à elboise. Oh 1 oh! regardez donc, son front se rembrunit.
alboise. C'est vrai!... diable!... lui qui ne laisse jamais rien voir sur sa figure.
raimond. Il faut que les nouvelles soient terribles.
Bonaparte. Oh ! je jure que je les vengerai!... ( Aux soldats. ) Éloignez-vous tous ! ( Les soldats se retirent. Il marche avec agitation. ) Vous savez tout, capitaine?
l'aide de camp. Oui, général.
Bonaparte. Massacrés dans une fête , douze cents Français! deux mille égorgés dans 'js rues, dans les nôpitaux... tant de b- av^s so'dats ! le sang de mes meilleurs officiers ! O Pavie ! Pavie ! quel châtiment !. ..
l'aide de camp. La ville est en pleine insurrection ; les Vénitiens se sont joints à ces fanatiques ; des femmes, des enfants sout tombés parmi les victimes.
Bonaparte. Et Joséphine , ma femme bien-aimée!... Vous n'étiez pas à Pavie, capitaine?
l'aide de camp. Non, général, mais voici un témoin oculaire de ces affreux événements.
Bonaparte. Qu'il approche... (Dantel entre; il est pâle et ses vêtements sont en désordre.) C'est vous, Dantel? Eh bien, Joséphine , ma femme , l'avez-vous vue ?
dantel. Non, général.
Bonaparte. A-t-elle pu échapper?
dantel. Je le suppose...
Bonaparte. Comment?
dantel. J'étais là.. J'avais remarqué en ordonnant les préparatifs du bal, une petite porte secrète, et je l'avais décorée par des trophées... Quand l'affreux massacre commença, mon premier mouvement fut de gagner cette porte, d'en laire jouer le ressort, et de me blotir derrière... De là, j'entendais les cris, les coups de feu, le tocsin... j'étais plus mort que vif... Au bout de que'ques
temps je me sentis saisir par la main
l'obscurité était profonde... on m'entraîne, on me fait descendre plus de cent cinquante degrés... puis l'on me fait traverser de longs souterrains... enfin, après 4in quart d'heure de marche, j'aperçois le ciel étoile à travers une grille de fer... Mon guide, c'était une femme masquée, ouvre cette grille et me dit : Te voilà hors des murs de la ville, hâte-toi d'informer par tous les moyens possibles le général Bonaparte que des amis veillent sur sa femme; mais s'il veut que leur dévouement ne soit pas v utile, il faut que les Français rentrent promptement dans Pavie! Elle disparaît... Sans perdre un instanr, | cours à Tolentino. .. j'avertis le général Kilmaine, qui me fait partir avec monsieur. On me place au milieu de l'escorte... je n'avais jamais monté à cheval, n'importe; pendant deux jours et tr"is nuits je galope tant bien que mal... aussi je suis brisé; mais c'est égal, me voilà, et j'ai pu vous dire que probablement votre femme est sauvée.
Bonaparte. Merci, Dantel. (A l'aide de camp. ) Capitaine, allez prendre du repos... vous attendiez mes ordres. (L'aide de camp et Dantel sortent. ) A Pavie ! c'est là que m'appellent la vengeance et la sûreté de Joséphine!... mais partir... me retirer, quand trois jours seulement me séparentdeVienne. Quand Joubert va me rejoindre... quand mes renforts arrivent, quand la victoire ne peut plus m'échapper. .. Non. .. j'ai refusé l'armistice.. . je dois poursuivre... c'est de Vienne que j'écraserai Pavie. ( Entrent Raimond, Alboise, le Tambour et plusieurs Soldats qui $*
uu
HON APARTE
portent à gauche dû théâtre.) Eh bien, qu'est-ce encore?
RAIMOND. Général, c'est un oflicier qui vient à..- ce côté, ot qui fait courir mm cheval comme Le vent.
bo.naparte. Junol, peut-être?
i;aimo.\d. Non, mon général, ce n'est pas lui.
ALiiOist: Mettez donc vos lunettes, si vos yeux ne suffisent pas... c'est le général Augerean.
Bonaparte. Augereau, qui est parti hier pour porter nos drapeaux à Taris? Tu es fou.
alboise. Je suis fou, parce que j'ai raisou? merci, sergent.