‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 531 sur 1577 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les MÊMES, AUGEREAU, desrendant de cheval.

AUGEHEAU. Bonjour, les enfants; ayez bien soin de mon cheval; s'il en réchappe il aura du bmheur. .. Salut, général.

Bonaparte. Salut, Augereau ; je ne reviens pas de ma surprise, je vous croyais sur la route de Paris.

AUGEREAU. Oui, mais j'ai rebroussé chemin au pius vite, car j'en ai appris de belles ce matin.

Bonaparte. Comment?

augereau. Tu ne sais rien ? Je m'en doutais, c'est pour cela que j'ai passé sur le ventre à deux b dailions ennemis pour revenir à bride abattue, en sauvant tous mes drapeaux.

BONAPARTE. Explique-toi.

augereau. Tu es ici avec deux mille homim s tout au plus.

Bonaparte. C'est vrai, mais qu'importe?

j'ai balayé les troupes de l'archidiic, hier à

Heumack , avant-hier à MurzL.eim les

fuyards encombraient les deux routes...

augereau. Et les fuyards se son' rejoinis au camp du générai Kerpen... le hasard a tenu lieu de tactiqne et de courage, les voilà ralliés contre nous.

Bonaparte. Eh! qu'importe? Junot est allé porter mes ordres à Joubcrt, et si Joubert les exécute...

augereau. Autre malheur! Joubert ne les a pas attendus... il a poursuivi Kerpuu, et Kerpen, changeant de direction, marche sur toi avec sa division à peine entamée; il est résolu à rejoindre l'archiduc, et ses dix mille hommes vout envelopper ton faible corps d'armée.

Bonaparte. Est ce vrai, cela?

augereau. Ah! tu en doutes, eh bien, demande à Junot, que voici.

Tes Mêmes, JUNOT, la tête envelopper.

bon aparté. Avec un seul cavalier? lu es bl<'s.->é.

JUNOT. Ce n'est rien {Aux soldats.) '£rcis de vos camarades sont restés en chemin, et vous ne les reverrez plus... ils son; >. pour me défendre, et je n'ai pas pu h s \ nger! (.1 Bonaparte.) Impossible d'arriver jusqu'à Joubert ; je suis tombé au milieu des tirailleurs de Ke.pen, que je ne devais pas supposer dans celle direction; je suis retourné sur mes pas. Que ton génie non vienne en aide... Kerpen s'approche, et toi. à l'heure, j'ai vu un parlementaire se présenter aux avant-postes.

Bonaparte, à part. 0 fortune! me trahirais-tu ? avoir conquis l'Italie avec une poignée d'hommes! franchi les Alpes Juliennes sur trois pieds de neige et de glace ! tenir l'Autriche dans ma main ! et ne p uvo r avancer ni rétrograder! ni Vienne! ni Pavie!

JUNOT, qui a été au fond, revenant omet un exprès. Général, général! un envoyé du Directoire... Voici sa dépêche.

Bonaparte. Ah ! ce soiit mes renforts qui arrivent, tont est sauvé. [Après avoir lu.) Non... Hoche et 3Ioreau ne viendront pas.

augereau. Et quelles raison, morbleu?

(Bonaparte lui tend la lettre.) La trésorerie est trop pauvre pour faire les frais de la campagne. — Ah ça, qu'ont-ils donc fait de tuus les millions que tu leur as envoyés? Il y a de l'intrigue là-dessous, 01 veut perdre l'armée d'Italie. Ah! mille tonnerres! Us y ont réussi!... Eh bien, général?

Bonaparte. Eh bien, le hasard m'a fait une situation imprévue, terrible... Seuls, abandonnés ici, un coup de main peut arrêter le cours de nos victoires, anéantir nos projets, tout renverser, tout détruire ; regardez-moi, cependant, vous ne me verrez pas désespérer.

augereau. Je sais bien que tu n'as jamais peur, mais la partie est perdue, vois-tu? Kerpen va dous prendre omme dans on filet... Mais, mille tonnerres, si nous sommes enterrés, ce sera sous des milliers de kaiser lichs... Allons, donne tes ordres, et en avant.

Bonaparte. Non. .. Ce que vouspropo cz là, c'e^t un acte d'héroïsme; ce n'est pas 1 : salut de mes soldais, ce n'est pas le triomphe de mes projets! Une trompette sonne ■ la coulisse) Le parlementaire!... (Il réfléchit.)

junot. Il vient nous sommer de nous rendre.

BO-N aparté. Que toute la troupe s'échelonne en silence sur ces hauteurs. .. Auge-

BONAPARTE

reau, placez vous au milieu, et, lorsque je lèverai ma main vers vous, faites battre les tambours, sonner les trompettes et que votre voix retentisse au loin comme si 20,000 hommes attendaient votre commandement

JUNOT. Ah ! je commence a comprendre...

augereau. Je ferai ce qu'il vient de dire; mais «i au lieu de courir à Kerpen, il l'attend ici, c'est vouloir se faire prendre au traquenard. . . [Augereau va se placer au milieu du théâtre, au fond et sur une élévation. — Les soldats se rangent en silence. — Le parlementaire entre les yeux bandés.)

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