‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 579 sur 1577 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, CATHERINE.

CATHERINE, à paît.

Encore!... (Descendant la scène.) Je vois avec bonheur, mon fils, que vous avez bien compris tout ce que notre sœur de Navarre mérite d'affection et d'estime!

JEANNE

Je suis touchée comme je dois l'être, madame, de l'amitié que le roi daigne me montrer, parce que j'y trouve la preuve que rien ne pourra désormais troubler la paix et l'union que vous avez si heureusement ramenées dans nos deux royaumes.

C'est le plus cher de mes vœux!... Et c'est ce que le roi vous disait aussi, sans doute ?

CHARLES

Je disais à Sa Majesté qu'elle a maintenant deux bons fils, madame!

HENRI

Comme je pourrais dire, moi, que j'ai aujourd'hui deux bonnes mères !

CATHERINE

Assurément... et vous seriez aussi bien dans le vrai l'un que l'autre.

CHAULES.

J'ajoutais que la reine de Navarre et vous seriez à l'avenir mes seuls guides... Et quel roi aura jamais été mieux conseillé? D'un côté la force, l'énergie, l'audace au besoin; de l'autre, le calme, la prudence, la douceur ; de tous deux, l'expérience, la droiture, l'affection... Eh bien, acceptez-vous ce partage, ma mère?

CATHERINE

Pourquoi non, s'il doit, en effet, assurer le bonheur du royaume et le vôtre.

CHARLES

Ah! je vous remercie de celte déférence!... A propos, on nous a dit que noire brave cousin, l'amiral Coligny, n'avait pas été convié à nos fêtes... C'est une erreur, n'est-ce pas?

CATHERINE

M.deCoMsny ne se présente jamais nu Louvre sans une suite nombreuse et armée, el nous devons voir là une oITcnse à la majesté du trône.

CHARLES

Mais non... c'est une précaution, rien de plus... Que voulez-vous? ce n'est pas précisément d; la confiance que nous avons pu lui inspirer jusqu'à ce jour. . mais j'espère que cela viendra.

JEASM-.

Oui, Sire, persistez noblement dans la voie où vous êtes entré, et il ne restera bientôt plus trace de nos divisions. Je suis venue à vous, moi, désarmée et sans défiance, sur la seule foi de votre parole ; je vous ai amené en otage ce que j'ai de plus précieux au monde, mon fils, l'amour et l'espoir de la Navarre. Avec nous se sont rangés à l'abri de votre trône nos chefs les p'.us illustres. Et pourtant, s'il fallait croire les Lruits sinistres qui nous arrivent, le mariage qui va s'achever aujourd'hui ne serait qu'une odieuse comédie, un piége infernal, qui devrait avoir pour dénoue- ■ ment l'extermination de tout notre parti !

CHARLES

Que dites-vous ?

JEANNE

Mais non, cela n'est pas, c'est impossible, je ne veux pas le croire; car il faudrait, pour méditer pareille trahison, une àme... que vous n'avez pas, que vous n'aurez jamais... Et ceux qui tenteraient de faire servir votre autorité royale à préparer de semblables horreurs seraient traîtres envers vou-, plus encore qu'envers nous-mêmes, puisqu'ils souilleraintà jamais votre nom.et briseraient peutêtre votre couronne. (A Catherine.) Ne le pensezvous pas comme moi, madame?

CATHERINE

C'est moi qui ai conseillé au roi l'alliance de nos deux familles, c'est moi qui vous ai appelée ici en son nom, madame... je n'ai rien de plus à répondre.

CHARLES

Sans doute, sans doute... Ainsi Coligny sera des nôtres... Comme qu'il se présente, armé ou désarmé, avec ou sans suite, je veux qu'il vienne, entendez-vous, ma mère, je le veux !

CATHERINE, à part.

Je le veux !... jamais il n'avait dit ce mot défaut moi... Oh ! patience!

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