‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 61 sur 1577 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

RA1MBAUT, Soldats, Généraux, Colonels, Officiers de divers grades composant le bataillon sacre'.

m soldat, prés d'un feu qui s'éteint. Fini!... Il n'y aurait pas de quoi allumer une pipe.

raimbaut. Eh bien! tant mieux, puisqu'il ne faut pas s'approcher du feu de trop près. On y crève comme les papillons autour d'une chandelle.

le soldat. J'aimerais encore mieux mourir de chaud que de froid.

raimbaut. Des bêtises!... 11 s'agit de tenir bon et de rentrer en France. Et nous pouvons l'espérer, puisque le prince Eugène nous commande. Sans lui, nous y passions tous dans cette retraite que le diable confonde!

le soldat. Oui, mais depuis que nous avons perdu le maréchal du côté de Wiazma, sans qu'on sache ce qu'il est devenu, nous pouvons être pinces à chaque minute par Ouwaroff et les cosaques.

raimbaut. Alors, ça sera en bonne compagnie; nous brûlerons nos dernières cartouches avec le bataillon sacré que voilà ; des généraux, des colonels qui ont pris un fusil et se sont faits simples soldats!...

le général, commandant le bataillon. Messieurs, je suis inquiet de ne pas voir revenir le prince au bivouac. Cette reconnaissance qu'il a voulu faire lui-même, il l'aura poussée trop loin peut-être. La disparition du maréchal nous place dans un danger imminent dont nous ne pouvons sortir que par un miracle. Réunis à la troupe si peu nombreuse, mais si déterminée, qu'il commande, nous aurions pu faire une trouée dans le corps d'OuYvaroff. Cet espoir est perdu, et le prince, qui s'oublie lui-même pour nous toust peut nous être enlevé dans une de ces excursions dont il ne veut laisser le soin à personne.

rawbatjt, qui s'est approché. Pardon et excuse, mou général; voulez-vous que jailleen avant avec quelques hommes?

le générai.. Merci, mon brave; chacun son tour ; depuis Krasnoë ces messieurs sont devenus soldats; c'est un métier qu'ils n'avaient pas ou blié et qu'ils ont fait dans la retraite, autour de l'Empereur. Un peloton et un sergent!...

un colonel, s'avançant. Voilà, commandant.

le général. Allez au-devant du prince ; il doit être du côté du fleuve. Le Colonel s'éloigne avec quelques officiers qu'il' Commande.) Caporal, relevez les factionnaires!

Un Chef de bataillon exécute cet ordre.

raimbaut, retournant au groupe qu'il avait quitte. Eh bien, trente mille diables, c'est ça qui •me fend le cœur! C'est beau, mais ça me tape là à faire sauter le coffre!... Les Russes, la faim, la neige, ce gredin de fruid qui redouble, je leur crache a la ligure ! Moia voir ces généraux, ces

LE PRINCE EUGÈNE ET L'IMPERATRICE JOSEPHINE. Si

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colonels et autres faire faction comme moi, allons, c'est trop dur, c'est la fin du monde.

Alexandre, à raimbaut. Le prince ne revient pas?

raimbaut. Tout à l'heure.

Alexandre. Bonsoir, Raimbaut.

Il va pour s'étendre.

raimbaut. Pas là!... Ici, sur la cendre.

Alexandre. Vous avez raison.

raimbaut, le regardant. Je ne te laisserai pas dormir longtemps, tu ne te réveillerais plus! Le prince m'a dit d'y veiller, il est malade, et il tient bon, il n'en dit rien! Un enfant!... C'est sa mère qui doit en avoir du chagrin !... Savoir encore si elle le reverra jamais!... (Le couvrant de son «umfeaw.)ÇaalapeaupIus tendre que la mienne. Et dire que c'est un cousin de cette bonne impératrice Joséphine! Allons, le malheur insulte tout le monde depuis Moscou ! J'ai vu l'Empereur marcher à pied, un bâton à la main, comme un mendiant!... Qui vient là?

rigobert. Deux Français gelés ..

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