SCÈNE IV
Les Mêmes, MARINO.
marino. Pardon, prince, mais toutes mes forces m'ont abandonné !
1 1 m \e. Et le maréchal?... tu ne dis rien, tu ne réponds pas ! le maréchal?...
uarinii. Perdu !...
rois. Malheur! malheur!...
EOGENB. Ne laissez pas approcher les soldats!... Perdu . .is-tu du?... mort ! car on n'a pu le faire prisonnier! c'est un de ces hommes qu'on ne prend pas vivants! ,
marino. Nous suivions depuis trois jours cette route que vous avez suivie; pour nous guider, ça et la quelques tralneurs que le maréchal recevait parmi ses soldats et faisait rentrer sous la discipline : partout de sinistres vestiges de votre passage; la neige rouge de sang, parsemée d'armes en pièces et de cadavres mutilés. Les moris marquaient encore les rangs, les places de bataille , et la terre était couverte de shakos, de cuirasses, de casques, trop éloquents débris qui nous disaient le sort de chaque régiment. Le maréchal nous entraînait rapidement par-dessus toutes ces ruines, et nous avancions toujours côtoyés par l'armée russe, qui semblait craindre de se heurter contre lui!... Ce matin, tandis que sa troupe reposait, i! m'a fait venir: « Prends les devants, m'a-t-il dit; tu annonceras au prince mon arrivée prochaine auprès de lui. » Je suis parti... Je gravissais des collines élevées... tout à coup, j'ai senti la terre trembler sous mes pas; l'air a retenti d'une détonation immense, prolongée!... Je me suis retourné, et j'ai vu les hauteurs que j'avais quiaéessemblabies à des volcans en éruption.. L'armée russe tout entière attaquait le maréchal et ses deux mille soldats surpris dans un ravin!... Deux cents canons vomissaient la mitraille sur cette poignée d'hommes dont la plupart manquaient de fusils pour répondre à cette formidable artillerie!... Tout à coup, le maréchal, avec sa troupe, est monté de front à l'assaut du ravin. Tous l'ont suivi, ils ont abordé, renversé la première ligne russe ; et, sans s'arrêter, ils se précipitaient sur la seconde, mais une pluie de fer et de plomb est venue les assaillir. J'ai vu la colonne chanceler, reculer et entraîner le maréchal dans ce ravin dont les Russes ont fait un tombeau. Alors, j'ai détourné mes regards, et j'ai repris mon chemin, priant Dieu pour ces enfants de la Fiance que j'avais vus affronter une armée de quatre-vingt mille hommes!...
eugène. C'est une des gloires de la patrie qui vient de s'éteindre !... ( Coups de canon au lointain.) Voici l'ennemi!... Messieurs, le maréchal nous a donné un exemple que nous saurons imiter!... Nous pouvons être plus heureux que lui; ou notre mort peut être glorieuse comme la sienne!... Aux armes! soldats, à vos rangs! Nouveaux coups de canon.
RAiiiBAUT. C'est une drôle de manière de tirer le canon!... ce n'est pas comme ça que l'ennemi nous attaque !
eugène. 11 a raison : on croirait plutôt enteo.
LE PRINCE EUGÈNE ET L'IMPERATRICE JOSEPHINE
dre un signal de détresse !.. Attendez! (Il monte sur une élévation.) Soldats laissons approcher ; serrez vos rangs; vous me sui\rez, et nous nous ouvrirons un passage!... {A haute voix,) Qui vive?
le maréchal. France!...
eugène. Cette voix!... le maréchal Ney.
tous. Le maréchal Ney !
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