SCÈNE VII
HENRI, le Baron de LUZ.
HENRI
Vous le voyez, Monsieur, bien que ceux qui vous envoient ici aient peu de droits à mon estime et à ma confiance, je ne crains pas de rester seul et désarmé avec vous. Je vous sais mon ennemi pourtant , mon ennemi irréconciliable... Mais je vous sais gentilhomme aussi , jusqu'à ce jour brave et loyal, et je crois que jamais vous ne voudriez flétrir le nom de vos aïeux par une action indigne d'eux et de vous.
LE BARON
Sire...
* HENRI
Approchez maintenant, et remeltez-moi votre message... Approchez donc... Mais qu'avez-vous ? On dirait que vous tremblez.
LE baron , s'approchant.
Sire... (S'arrêtant.) Oh ! non, c'est impossible... infâme!...
HENRI
Que signifie?
LE BARON, avec entraînement.
Accablez-moi de votre mépris , de votre indignation, Sire , car je ne suis pas venu ici comme un brave soldat, un loyal gentilhomme... J'y suis venu pour vous tuer lâchement, comme un vil assassin !
Je le savais, monsieur.
LE BARON
Vous le saviez ?...
HENRI
Oui; mais j'étais bien sûr que le cœur vous manquerait pour cette infamie... Malheureux, accepter pareille œuvre, vous!... Un baron de Luz devenir un Jacques Clément!...
LE BARON
J'étais fou, désespéré !... Vous savez qui j'avais juré de venger!...
HENRI
Oui, et un autre serment vous liait encore, et le sort vous a désigné, et les dignes chefs de la sainte Ligue vous ont mis en main un fer empoisonné, que vous tenez caché là, sous votre pourpoint... J'étais bien informé, n'est-ce pas ?... Remettez-moi cette arme. (De Luz donne le poignard à Henri, qui le jette au loin.) Et, maintenant, que croyez-vous que je doive faire?
LE BARON
Vous venger, Sire , et ordonner ma mort.
HENRI
C'est donc là ce que vous feriez à ma place? Eh bien! moi, j'entends autrement la justice... Vous fûtes bien coupable, sans doute, en acceptant l'odieux mandat qui vous fut donné; mais vous avez reculé vous-même devant le crime; votre aveu spontané et complet, voire repentir sincère, ont racheté votre faule... Vous vivrez donc. Mais je me vengerai pourtant... je me vengerai, en vous donnant, à mon tour, une mission.
LE BARON
Une mission?
HENRI
Oui; chacun a sa manière de se servir des gens de cœur. La Ligue vous demandait un crime, je vous demanderai, moi, une belle et généreuse action. Ce sera moins difficile pour vous.
LE BARON
Ah! sire, vous m'accablez !...
HENRI
Non , monsieur , je vous juge et je vous comprends... Vous étiez fou, vous ne l'êtes plus, voilà tout... Holà! qulqu'un!
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