‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 68 sur 1577 · JOSÉPHINE, HORTENSE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE, HORTENSE

Joséphine. Ainsi donc, ma fille, point de nouvelles d'Eugène?..

hortense. Non, ma mère, et croyez-moi, e'est là ce qui me fait espérer que nous le reverrons bientôt.

Joséphine. Rientôt, dis-tu ?.. oui; je l'espère aussi, nous le reverrons!..

hortense. Il est si loin d'ici?...

Joséphine. Sans doute... Et puis, on s'oppo-

' sera peut-être... car enfin, pour lui permettre de

Venir en France, il faudrait une grave circon-

stance , il faudrait qu'un me regardât comme bien malade! .

hortense. Oh! non, ma mère!.. Après avoir noblement déposé les armes, mon frère a dû rester éloigné de la France; mais partout il inspire un respect, une affection qui doivent adoucir les sévères résolutions de la politique.

Joséphine. Oui, son noble cœur, sa conduite si pure, sa renommée sans tache ont désarmé la haine des partis!... L'empire a disparu; de nouveaux souverains commandent à la France, et les chefs illustres de notre armée se sont vus dispersés... Eugène pouvait subir une cruelle proscription... La Bavière l'a adopté avec un sentiment d'orgueil, et son nom est entouré d'un éclat que rien n'a pu ternir!..

Elle s'est levée.

hortense. Vous allez vous fatiguer, ma mère.

Joséphine. Non... je ne me lasse pas de revoir, de toucher de la main tous ces objets qui me rappellent un passé si loin de nous, hélas!... A part.) Au moment de les quitter pour toujours, ils me deviennent plus chers!.. {Haut, en sasseyant.) Tiens, Horiense, c'est là sur cette table, que souvent furent décidées les destinées de l'Europe et les destinées de notre famille!... C'est sur ce fauteuil qu'il s'asseyait, et que, abîmé dans ses pensées profondes, il passait de longues heures à écouter les inspirations de son génie!... Que de fois je le surprenais rêvant ses projets gigantesques!.. Alors, il descendait des hauteurs de son intelligence, et souriait aux distractions que je lui apportais!... Oh! pourquoi laissa-t-il ces joies domestiques, pour s'isoler dans ces régions solitaires d'où il est tombé foudroyé!... Chacun de nous aurait gardé longtemps la part de bonheur que le ciel lui avait donnée!... Que voulait-il de plus?... Je l'aimais tant!... Ma pensée, ma vie, mes joies et mes douleurs, tout me venait de lui, et je ne voulais pas de bornes à cette tendresse, qui m'a tuée dès qu'il a fallu la renfermer dans mon âme!

noRTENSE. Ne voulez-vous pas rentrer dans votre chambre, ma mère?... Vous me semblez plus faible! (A part.) Mon Dieu! comme elle est pâle!...

Joséphine, à part. Je suis donc impuissante à renfermer en moi-même ces douleurs où ma vie se consume et va s'éteindre? (Haut.) Mon fils, mon fils! que je voudrais le revoir!... {A part.) Et pourtant, quand je le reverrai, ce sera pour lui dire un éternel adieu!. . Ainsi le veut ma destinée!... Ainsi l'a prédit Marguerite! (Haut.) N'entemls-je pas le bruit d'une voiture qui accourt rapidement?

hortense. Oui, ma mère.

Joséphine. Mon fils, mon fils! qui vient à moi!...

hortense. Calmez -vous, ma mère; cette émotion...

Joséphine. C'est lui, te dis-je; je le devine aux battements de mon cœur.

LE PRliNCE EUGÈNE ET L'IMPERATRICE JOSEPHINE.

VVVWi'VV\X^A.\\VVVVVVArtAlVVVVVVVVVVV\VVVV\V\.\XVV'VVVV\\VVVVVVWW

Page 1