SCENE IV
Les Mêmes, UNE FEMME VOILÉE.
(Elle passe devant la sentinelle, qu'elle regarde attentivement à travers son voile, salue la comtesse et va s'appuyer à une des arcades. — En ce monent, tout ce qui est en scène indique que le Cardinal approche. Les serviteurs descendent l'escalier, entrent par la porte latérale et se groupent sur la terrasse et sur la galerie. — Des trompettes précèdent le Cardinal.
Hommes et ïnstrunients sont aux armes deFrance. Pui* vient la bannière du Cardinal sur le même rang que la bannière de France. Puis paraît un officier portant les clefs de Casai; puis le Cardinal, cuirassé, Cépée au côté : seulement un page porte son casque; il a la calotte rouge. — Puis viennent le maréchal, de Schomberg, le maréchal de la Force, le maréchal de iVarilhac, Olivier de Sourdis, Baracé, Nogaret et autres gentilshommes et capitaines.)
LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG. Son Emi-
nence a désiré voir le Soldat qui, hier, a été assez heureux pour venir à son aide.
le cardinal. Dites pour ine sauver la Vie, maréchal. Où est-il?
le maréchal. Ce t lui qui présente les armes à Votre Eminence.
le cardinal. Ah! ah! en effet, je le connais. (A la sentinelle.) Comment t'appclles-tu?
la sentinelle. Urbain Grandier, monseigneur.
le cardinal. Où es-tu né?
la sentinelle. Au bourg dé Rovère, près de Sablé, dans le bas Maine.
le cardinal. A quel régiment îppaflicns-tu?
urbain grandier. Au régiment de Poitou.
le cardinal. Depuis combien de temps cs-tu soldat?
urbain grandier. Depuis trois ans.
le cardinal. Est-ce la première fois que tu le trouves sous mes ordres ?
urbain grandier. J'étais au siège de la Rochelle, à l'attaque du Pas-de-Suze, à la prise de Privas.
le cardinal. D'où vient que tu n'es pas encore officier, étant si brave?
urrain grandier. C'est que pour devenir officier, monseigneur, ce n'est point assez d'être brave, il faut encore être noble.
le cardinal. Et tu ne l'es pas?
urrain grandier. Je l'ai dit à monseigneur. Je suis un pauvre paysan.
le cardinal. Sais-tu lire?
grandier, souriant. Oui, monseigneur.
LE cardinal. Pourquoi souris-tu ?
grandier. J'ai eu tort. L'orgueil est un des sept péchés mortels.
le cardinal, se retournant vers Schomberg. Que dit-il, maréchal ?
schomberg. 11 dit, monseigneur, — ou plutôt il ne dit pas. — Mais je vais le dire pour lui, moi.
grandier. Monsieur le maréchal!..
schomberg. Allons donc! pas de fausse, ou plutôt pas de sotte modestie , Grandier. L'occasion ne se retrouvera peut-être jamais pareille à celle-ci. Ce que ne vous dit pas cet honnête garçon, monseigneur, c'est qu'étant neveu d'un homme très -savant qu'on appelait Claude Grandier, il a étude l'astrologie et l'alchimie avec son oncle. C'est qu'ayant été élevé au collège des Jésuites de Bordeaux, il a appris les langues anciennes, de sorte qu'il parle latin comme Mathurin Régnier, et grec comme M. Conraid.et cela sans compter l'anglais et l'allemand. En outre, il est peintre, musicien, algébriste... que sais-je, moi ?
le cardinal. Oh! oh ! voilà bien de la science pour un seul homme! (A Grandier.) Quel est voire capitaine, mon ami ?
grandier. M. Olivier de Sourdis.
le cardinal. Neveu de M. d'Escoubleau de Sourdis , archevêque de Bordeaux ?
SCiiOMBiRG. Lui-même.
le cardinal. M. Olivier de Sourdis estil là ?
olivier de sourdis, sortant delà foule.
Me voici; monseigneur.
LE cardinal. Vous connaisses cet homme, monsieur de Sourdis?
olivier. Oui, monseigneur.