‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 692 sur 1577 · URBAIN CRAIS'MI-R · texte numérisé non relu

URBAIN CRAIS'MI-R

LE CARDINAL. Ih-puis longtemps?

OLIVIER. Depuis que je me connais moimême,

le cardinal. Etes-vous du même pays que lui?

olivier. Je suis de la Flèche, monseigneur, et nous avons été au collège ensemble. C'est moi qui L'ai engagé.

LE cardinal. Qu'en dites-vous?

OLIVIER. Au collège, c'était un de nos meilleurs élèves; à l'armée c'est un de nos meilleurs soldats.

le CARDINAL. I -st — il aussi savant qu'on le dit?

olivier. Plus, probablement, monseigneur.

le CARDINAL. Pourquoi, étant si savant , s'est-il fait soldat au lieu de se faire clerc?

olivier, s' approchant ihi cardinal. Je crois le pauvre gaiçon amoureux d'une ûile de noblesse, monseigneur, et il aura espéré faire son chemin par l'épée.

le cardinal. Alors, c'est un hommequ'on peut avancer?

olivier. Ce sera justice.

le cardinal. Vous me répondez de lui?

olivier. Comme de moi-même, monseigneur.

le cardinal. C'est bien. [Si retournant près d'un homme en noir qui a pris des notes.) Vous avez entendu ?

LE secrétaire. C'est écrit, monseigneur.

le cardinal. Vous entendrez parler de moi, Grandie!1.

orandier. J'attendrai humblement les ordres de Votre Eminence. (Olivier de Sourdes et le Secrétaire font trois pas en arrière. En se retournant, le cardinal se trouve en face de la comtesse et de Maurizio.)

le cardinal. Ah ! c'est vous, notre gracieuse hôtesse?

la comtesse. Son Eminence permet-elle que je lui présente mon f\U, le comte Maurizio d'Egli Albizzi ?

le cardinal. Vous m'avez déjà parlé de ce jeune homme, il me semble ?

la COMTESSE. Oui, monseigneur, et même Son Eminence a daigné promettre pour lui sa haute protection.

le cardinal. Vous aimez ardemment votre 01s, comtesse?

i\ COMTESSE. Ardemment, oui, monseigneur.

le cardinal. Vous l'armez au point de lui sacrifier sa sieur Biaoca?

la comtesse. Au point de lui sacrifier ma vie.

le cardinal. Vous êtes au duc de Mantouc, comte?

maurizio. Je suis son secrétaire intime , monseigneur.

LE cardinal. Il vous a envoyé en Piémont?

maurizio. Pour avoir des nouvelles de Casai, oui, monseigneur.

le cardinal. Vous désirez retourner près de lui avec une puissante recommandation ?

maurizio. Je me regarderais comme un homme trop heureux si j'avais celle de Votre Eminence.

le cardinal. Prenez les clefs de la ville que je viens de lui reconquérir, et portezles-lui de mi part. C'est, je crois, la meilleure recommandation que je puisse vous donner.

MAURIZIO. Oh! monseigneur!

le cardinal. Ce n'est point tout. Ecoutez bien ceci : Je désire avoir de temps en temps des nouvelles de Son Altesse , que j'aime et estime fort. L'intérêt que je lui porte est même si grand, que je ne suis indifférent à rien de ce qui lui arrive, à rien de ce qu'il fait, à rien même de ce qu'il pense. Je vous autorise à m'écrire directement, une fois par semaine, comte Maurizio.

maurizio. Monseigneur 1

le cardinal. Allez, monsieur, à partir de ce moment, votre fortune est entre vos mains.

olivier , qui a entendu. Ah ! pauvre Bianca, voilà qui m'explique pourquoi il t'a condamnée.

maurizio, embrassant la comtesse. Adieu.

ma mère, adieu. (Bas.) Je vous recommande ma sœur. (// sort.)

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