URBAIN GRANDIER, OLIVIER DE SOURDIS
olivier , allant à Urbain Grandier.
Urbain?
grandier. Mon capitaine...
olivjeh. Nous sommes de vieux amis, n'est-ce pas?
grandier. C'est-à-dire qu'il y a déjà longtemps (pie vous me. faites l'honneur d'avoir de l'amitié pour moi.
olivier. Tu m'as quelquefois parlé de ta reconnaissance pour les petits services que j'ai eu le bonheur do. te rendre.
grandier. Dix fois je vous ai dit que le jour où vous me demanderiez ma vie, ma vie serait à vous.
olivier. Eh bien! si lu crois me devoir quelque chuse, Grandier, l'heure est venue de t'acquittcr envers moi, et bien au delà.
gr vn.dier. J7 coule.
olivier. Grandier, tu tiens ma joie, mon bonheur, ma vie entre tes mains.
GRANDIER. Ordonnez, monsi;urde Sourdis.
olivier. Ecoute, Grandier. J'aime. Tu sa;sce que c'est d'aimer, loi aussi. Eh bien! j'aime Bianca comme tu aimes Ursule.
grandier. Alors, vous l'aimez grandement et saintement, mon capitaine.
olivier. Si l'on t'enlevait Ursule, que ferais-tu ?
grandier. Je tuerais celui qui me l'enlèverait.
olivier. Oui, mais si tu ne pouvais pns le tuer? si celui cpii te l'enlève était son frère?
grandier. Son frère!
olivier. Et si on le l'enlevait pour la donner à Dieu malgré elle?
grandier. Est-ce donc pour la faire religieuse qu'on vous la prend?
olivier. Oui.
grandier. On la donne à Dieu malgré elle, et elle a une mère?
olivier. Oh ! c'est celte mère qui est sans piiié, sans entrailles. C'est cette mère qui la sacrifie à la fortune de son fils.
grandier. Pourquoi ne vous adressezvous point au cardinal, qui a de l'amitié pour vous, monsieur de Sourdis?
olivier. Parce que les intérêts du cardinal passent avant ses amitiés, parce qu'il a acheté l'âme du frère en lui promenant que sa sœur serait religieuse, parce qu'il avait besoin d'un espion auprès du duc de Maritouc, et que Maurizio d'Egli Albizzi sera cet espion, et cela à la condition que l'on enterrera sa sœur vivante, sa sœur! qui, étant d'un autre lit que lui, possède toute la fortune.
grandier. Et quand la conduit-on au couvent?
olivier. Demain.
grandier. Vous aime- t-elic, monsieur de Sourdis?
olivier. Comme je l'aime, Urbain.
grandier. De sorte qu'elle est décidée à fuir?
olivier. Elle n'attend que le signal.
GRANDIE». Il faut l'enlever, alors.
OLIVIER. Oh ! mon ami, tu m'aideras donc?
grandier. Ne vous ai-jc pas dit que ma vie était à vous? Après ma garde, disposez de moi, mons'cur de Sourdis.
olivier. Non, non , tu n'as pas besoin de quitter ton poste; au contraire.
grandies. Comment cela?
olivier. Elle est là, dans ce pavillon, enfermée dans sa chambre; mais j'ai la ciel de
MiïUIN r.RAMMF.n.
la jalousie, que j'ai fait faire d'après une empreinte en cire qu'elle m'a jetée.
giumuer, devenant grave. .Mors dépêchez-vous de l'enlever avant Vive Maria, mon capitaine.
OLIVIER. Avant YÂve Mariai
GRANDIER. Oui.
olivier. Impossible! YAps ÈÊjatia va sonner dans dix minutes.
grandier. C'est qu'après YAve Maria, c*est plus impossible encore, monsieur de Sourdis.
olivier. Je ne comprends pas, expliquetoi.
G ranimer. Il faut qu'elle descende par cette fenêtre, n'est-ce pas?
olivier. Oui.
GRANDIER. Il faut qu'elle passe par cet escalier?
OLIVIER. Oui.
GRandier. Eh bien 1 mon capitaine, après le dernier coup de Y Ave Maria, nul ne peut sortir du château s'il n'est porteur d'un ordre ou d'un laissez-passer du cardinal, c'est la consigne.
olivier. Mais, puisque c'est toi qui es de garde jusqu'à neuf heures...
grandier, tristement. Oui, mon capitaine; et c'est justement parce que c'est moi qui suis de garde que vous ne passerez pas.
olivier. Grandier?
grandier. La consigne, mon capitaine.
olivier. Grandier, ta mémoire est bien courte, et ton dévouement bien scrupuleux.
grandier. Vous êtes officier, monsieur de Sourdis, et par conséquent vous savez ce que c'est qu'une consigne. Monsieur de Sourdis, pardonnez-moi.
olivier. Eh bien, comme votre officier, je vous ordonne de me laisser passer, entendezvous?
grandier. Mofl capitaine, je vous ai offert ma vie, tuez-moi ; je ne donnerai pas l'alarme, je ne crierai pas qui vive? je ne me défendrai pas; tuez-moi, je vous le conseille, car, vivant, non, sur mou honneur, je ne vous laisserai point passer.
olivier. O mon Dieu! mon Dieu! quand tout était prêt, quand je touche au bonheur, quand il est là! Grau lier, au nom du ciel! Tiens, tiens, voici Y Ave Maria qui sonne.
grandier. Prenez garde ! ou vient.
olivier. Que faire, mon Di< u ! que (airef
grandier. C'est une femme; sa a peut-être. Eloignez-vous.
olivier, se ^précipitant dans les degrés.
Oh ! Gradier, Cran lier ! n'est-ce pas que tu te laisseras fléchir?