‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 70 sur 1577 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, LUCIENNE, les deux Dames d'honneur , puis MARGUERITE , VALENTIN et RAIMBAUT.

eugène. Ma mère, regardez ! je suis là, près de vous avec Hortense!

Joséphine. Oui, mais malgré moi mes yeux se ferment, et je vous aperçois à peine. Votre main, mes enfants! Venez, venez sur mon cœur!, ..Ah! combien je vous aimais!... Et l'Empereur, l'Empereur!...

eugène. Venez, mes amis, venez!... Ma mère, tous ceux qui vous entourent vous aiment et vous vénèrent... Vivez pour leur bonheur comme pour le nôtre !

Joséphine. Ah! oui, Raimbaut, le vieux soldat, celui qui le sauva à Saint-Cloud; il a été des victoires de cet empire que j'ai vu finir. Ditesmoi, vous vous les rappelez ces jours de gloire et de splendeur, n'est-ce pas?

eugène. Oui, ma mère, et tout ce peuple qui garde votre souvenir avec religion, avec amour!

Joséphine. Le sacre! Notre-Dame resplendissante, et Napoléon posant la couronne sur ce front qui brûlait comme en ce moment; mais alors, c'était du bonheur, du délire!... Et puis, la foule qui accourait, les Tuileries où les rois venaient le saluer et s'incliner devant sa toutepuissance! et puis... Ah! malheureuse! c'est alors qu'on me fit au cœur cette blessure dont je dois mourir!

eugène et hortense. Ma mère!

Joséphine. Mes enfants, mes enfants, c'est là haut qu'il faut se retrouver... là haut l'impératrice répudiée reprendra sa place à côté de celui qui s'éloigna d'elle. 11 m'aimait pourtant! il m'aimait!... Et moi, que j'étais fière de lui, de vous, de la France!... Eh bien, j'oublie tout cela, je veux... je veux vivre encore, pour vous, pour mes enfants!...

Elle se lève.

eugène, la soutenant. Oh! que Dieu vous garde, ma mère!

Joséphine, retombant assise. Oui, je voudrais me reprendre à la vie... mais tout s'efface et s'éteint... mes souvenirs eux-mêmes se perdent dans les ténèbres qui m'enveloppent... je ne vous vois plus! Êtes-vous la? Mon fils, ma fille!

hortense, à genoux. Seigneur, Seigneur !

Joséphine. Venez , venez , on nous attend à Notre-Dame!... Voyez-vous ces draperies, ces prêtres, ces dignitaires de l'Empire?... Napoléon, il est la, lui!... Sa couronne, c'est pour vous, mes enfants! pour vous!... A Noire Dame!... à Notre-Dame!...

Les Personnages tombent agenouillés, ainsi que Uargneguerite, qui -e tenait à une porte latérale. Un voile noir vient couvrir cette Mène funèbre. Bientôt il se relève, et laisse voir la cérémonie du sacre.

Le théâtre change, et représente la mise en scène de la ballade du poète allemand Seidlilz :

A minuit César sort du tombeau , et passe sa revue aux Champs-Elysées, etc., etc.

L'arc de triomphe se détache sur les ténèbres de la nuit, que dissipe faiblement la pâle lumière de la lune. Aux sons d'une musique religieuse et guerrière, des ombres fantastiques s'animent, et défilent devant Napoléon, qui les domine du haut de l'arc de triomphe; ce sont les soldats de la vieille garde des divers corps de l'armée, accourus pour passer cette revue du maître, qui les

rappelle du tombeau. La scène est étrange et en harmonie avec la pensée du poète. Ces ombres ont conservé l'amour de la guerre, qui les précipite au-devant de l'Empereur ; elles passent, comme à ces jours de grandes revues, où nos soldats se présentaient avec orgueil; mais.au mouvement rapide de leur marche, à ce silence qui les environne, à l'a«pect bizarre qu'ils oirrent aux regards, au caractère fantastique du mouvement qui les entraîne, on reconnaît une de ces conceptions qui se servent du merveilleux pour rappeler les souvenirs d'une réalité perdue.

i ce tableau succède un riche palais dont les arcades se perdent dans l'immensité ; il est rempli de personnages au milieu desquels on voit sur une estrade, Napoléon entre Eugène et Joséphine.

FIN

IMPRIMERIE DB MADAME VEUVE DOYDEY-DCPRÉ , Hoe Saint-Louis, 46, au Marais.

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