‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 703 sur 1577 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DANIEL, GRANDIER, GRILLAU.

DANitL. Oh! je sais bien pourquoi tu me gardes, va! Je sais bien de qui tu veux parler.

grandier. Ah! tu sais cela, toi?

Daniel Tu veux me parler de la demoiselle de Sablé; tu me gardes parce que je t'ai raconté que je l'avais vue hier.

grandier. Eh bien ! oui; que t'a t-elle dit, cher enfant?

daniel. Elle m'a demandé de tes nouvelles, elle m'a dit que je le ressemb'ais, et elle m'a embrassé au fronî.

grandier, l'embrassant au même endroit. C'est tout?

daniel Puis, elle m'a montré ses fleurs, ses oiseaux, le château, le parc, et elle m'a dit : Tu sais que tout cela est à lui ?

grandier. Chère Ursule ! Alors elle m'aime toujours.

daniel. Oh! cela, elle ne me l'a pas dit; non ! mais je l'ai vu.

grandier. Alors tu connais le parc ?

DANIEL. Oui.

grandier. Le château?

DANIEL. Oui.

grandier. Les appartements?

DANIEL Oui.

URBAIN GRANDIER

grandier. Par- conséquent, tu peux me dire où elle est en ce moment-ci.

DANIEL. Moi?

grandier. Oui; ce qu'elle fait.

daniel. Comment veux-lu que je te dise cela ?

grandier. Ce à quoi elle pense, enfin.

Daniel. Ah ça, mais, je ne suis pas sorcier! J'ai de bons yeux, c'est vrai, mais enfin, je ne puis voir d'ici à Sablé, moi...

grandier. Ah! si je voulais bien...

daniel. Comment, si lu voulais,, toi, je verrais, moi, à une lieue d'ici?

grandier. Oui.

DANIEL. Oh !

grandier. Et tu me dirais ce que fait Ursule.

DANIEL. Oh! oh!

grandier. Et même ce qu'elle pense.

daniel. Allons donc ! tu te moques de moi, frère.

grandier. Non, donne-moi tes mains.

daniel. Les voilà.

Grandier. Regarde-moi .

daniel. Je te regarde.

grandier. C'est bien.

daniel O Grandier... je me rappelle; Grandier, c'est comme lorsque j'étais enfant, et que je pleurais, et que tu me consolais eu m'endormant... Ah! {Il ferme les yeux. )

grandier. Tenez, mon père, voilà qu'il dort.

■ GRILLAU. C'est, ma foi, vrai. ( La figure de l'enfant, d'animée et souriante quelle était , devient calme.)

grandier. Daniel?

Daniel, avec un autre accent que lorsqu'il était éveillé. Frère?

grandier. Devine ce que je veux.

Daniel. Oui, puisque je lis dans ta pensée; tu veux que je te donne des nouvelles de la demoiselle de Sablé, n'est-ce pas?

grandier. Oui; vois tu?

DANIEL. Ouvre-moi les yeux, frère ?

GRANDIER. Attends. ( Il passe la main devant les yeux de l'enfant qui se fixent comme en extase. )

DANIEL. Je Vois.

grandier. Regarde; vois-tu Ursule?

daniel. Non, pas encore, je la cherche. grandier. Crois-tu que tu ia trouveras?

daniel. Certainement, je vais aller partout où j'ai été ;tvcc elle hier. Ah! me voilà dans le parc d'abord.

grandier. Y est- elle?

daniel. Non, elle n'y est pas.

GRANDiEn. Entre au ebâleau alors.

daniel. C'est ce que je fais, je monte le perron... Ah! mon Dieu!

GRANDIER. Quoi?

daniel. xMais on dirait qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire au château !

grandier. Et que s'y passe-t-il ? Voyons, regarde.

daniel. Les domestiques courent, ils pleurent, les cloches de la chapelle sonnent.

grandier. Oh! Daniel, tu te trompes...

regarde bien, écoute bien.

• daniel. Oh ! je ne me trompe pas.

grandier. Mais Ursule, la vois-tu?

daniel. Non, non, je ne la vois pas.

grandier. Ni dans le parc, ni au château... Mais où donc est-elle?

daniel. Attends, attends, je vais les suivre.

GRANDIER. Qui?

daniel. Les prêtres.

grandier. Les prêtres!

daniel. Oui, les voilà qui entrent au château.

grandier. Que viennent-ils y faire?

daniel. Attends! attends! il montent l'escalier; ils ouvrent une porte, c'est la porte de sa chambre. Ah! pauvre Urbain ! je la vois, je la vois 1

grandier. Mon Dieu ! mon Dieu ! que lui arrive-t-il? que fait-elle?

daniel. Elle se soulève sur son lit, elle veut parler, elle retombe, elle se meurt... elle est morte.

grandier, s" élançant hors de lachambre.

Oh ! Ursule ! Ursule !

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