‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 737 sur 1577 · SCÈNE LU · texte numérisé non relu

SCÈNE LU

Les Mêmes, LAUBARDEMONT.

LAUBardemont. Salut, mes pères; bonjour, messieurs. Huissier, lisez la commission de Sa Majesté, afin que personne n'ignore de mon pouvoir.

la foule En voilà un b°au juge! c'est le père de la supérieure du couvent des Ursulines; bon, c'est la fille qui accuse et le père qui juge.

l'huissier, au pied de l'estrade. Silence messieurs! ( Lisant. ) « Le sieur Laubardemont, conseiller du roi en ses conseils d'état, se rendra immédiatement à Loudun pour informer diligemment contre Grandier sur tous les faits dont il a été ci-devant accusé et autres qui lui seront de nouveau mis à sus, touchant la possession des religieuses des Ursulines de Loudun et autres personnes que l'on dit être aussi possédées et tourmentées des démons par les m délices dudit Grandier; décréter, faire et parfaire son procès sans avoir égard au renvoi qui pourrait être demandé par lui.

» En noir-; palais o auidoisc, ce 5 décembre 1633. Signé Louis. »

LAUBARDEMONT. OÙ CSl l'aCCUSé?

grandier. Me voilà, messire. {Les deux hommes se regardent. )

laurardemont. Vos noms?

grandier. Urbain Grandier.

LAUBARDEMONT. Votre âge?

grandir. Trente-cinq ans.

LAUBardemont. Votre qualité?

grandier. Supérieur des Frères de la Merci de Loudun.

LAUBardemont. Vous êtes accusé d'avoir par magie et sortilèges, et en vertu des pactes passés avec le démon, livré à l'ennemi du

URBAIN GRANDIES

genre humain la supérieure do couvent des l rsol m s el plusiei ra de ses n ligk d a

(,i;am>iii:. Je soi» accusé He ce crime, \r.ii ; mais avec l';*i<l - de Dieu, j'opère tiioni, lur de i' ii citation.

LAI BABOI mont. Soit : mais jusqu'à présenl du moins, les apparences sont contre nm.

grandier. Notre Seigneur adit : Ne croyez pas aux appa<ences.

lalbardemont. Nous allons examiner les faits.

grandier. Je su is prêt à les réfuter.

Lalrardi mont. Quatre pactes ont été rouvés chez les religieuses.

grandier. Je nie qu'ils y soient de mon ou de ma participation.

mignon. C'est bien facile de nier.

LAunARDEMONT. Les voici revêtus de votre signature ei de celle de Satan.

grandier. Je ne sais si la signature de Satan est vraie, mais je sais que ma signature est fausse.

mignon. Alors, vous nous accusez d'avoir voulu tromper monseigneur.

grandier. Je n'accuse personne, je craindrais trop d'accuser injustement,

lalbardemont. Cependant les re^iemes ont reconnu les pactes en vertu desquels eilcs sont possédées.

grandier. C'est à- dire qu'elles ont déclaré les icconnaître.

mignon. Alors elles ont menti.

grandier. Dieu leur pardonne si c'est à mauvaise intention.

LAUBAIîdemont. D'où vient, si les n ;igieuses ne sont pas n'ellement possédées, d'où vient qu'elles voient à distance, et que l'une d'elles, la sœur Louise des An^es, «êtes a vu de sa cellule, causant avec le bailli à l'hôtel de ville?

grandier. Quel jour a-t-ellevu cela?

lalbardemont. Avant-hier, dit le procèsverbal.

MIGNON. LIlc l'a vu comme je vous vois. grandier. want-liier !

mignon. Oui!

grandier. C'est bien avant-hier que vous iites?

mignon. Sans doute!

grandier. M. le bailli est là, qu'il ré-

loncle.

LE bailli. J'affirme sur l'honneur n'nvcir u Grandier avant-hier nue dan i sa ceHutë ; affirme fut rboanenr n awirpas* l'hôiel de \ ihY depnis huit jours, [ffturmuesda-Hs In joule. )

L'HUISSIER. Silence, messieurs!

grandier. D'aillcu s. je I ■ répéta, ledro't de la eue, boa premier droit, son droit le plus sacré, c'est d'être confronté avec <>n accusateur. .Mon principal a cusa^eur, c'est la su|>érienre des Lirsuliues; je demande à être confronté avec Jeanne de Laubardemont.

lalbardemont. C'est bien, on la feiadescendie dans ta prison.

grandier. Non pas dans ma prison, car on falsifierait encore ce pmcès-verbal comme on a falsifié les autres. (Murmure*. ) Pas dans ma prison ; i< i, dans celte église, e* présence des hommes, en face de Dieu, et cela non pas ce soir, non pas demain, mais à l'instant même.

lalbardemont. Cela ne se peut pis (Murmures. )

grandier. Pourquoi cela ne se peut-il pas?

voix. Oui, oui, il a raison ! la confrontation, la confrontation! la supérieure, la supérieure!

lalbardemont. La supérieure est enfermée dans sa celiule avec deux saints hommes qui prient Dieu de la délivrer du démon que cet homme a mis en elle. (Murmures... Ah!)

GRANDIER, à Grillau. Mon pire, quelque chose me dit qne si j'appelais cette femme, fût-ce malgré elle, elle viendrait.

grillau. Appelle, alors, appelle.

Grandi er. Crojez-vous que j'aie ce droit?

grillau. Oui!

grandier. Que ce ne soit pas un péché que de forcer la volonté d'une créature humaine?

grillau. Si c'est un peené, je le prends sur moi. Appelle, appelle!

grandier. Messire Jacques de Laubardemont, vous refusez à moi, Urbain Grandier, accusé de magie et de sortilège par la supérieure des Lrsulines de Londtfh, de me confronter avec Jeanne de Laubardemont mon accusatrice!

lalbardemont. Je refuse de la déranger dans ses prières.

grandier. Prenez garde, moi aussi je puis prier Dieu, et Dieu peut m'exaucer.

lalbardemont. Et que lui demanderastu, à Dieu ?

GRANDIER. Je lui demanderai d'amener ici Jea n n ; de Laubai demoni, malgré les deux religieux qui ('assistent, malgré vous, nulgré elle- n ;<

lâcha rdemont. Demande.

GRANDIER. Encore une f<is, vous refusez?

laubardemont. Je refuse !

GRAMiiL». Au non du Dieu vivant, qui

URBAIN GRA3ND1ER

lit dans nos cœurs et qui juge nos intentions, Jeanne de Laubardeofont,jfe t'adjure de quitter la cellule et d^ venir ' 'renouveler en face de moi les accusations que tu as portées en mon absence ; Dieu me donne le pouvoir d'ordonner en son nom, Viens, Jeanne, viens, viens, viens 1 (// reste le bras étendu; chacun se retourne et attend. — Murmure qui annonce J eanw. — Mouvement. — On la voit paraître; elle marche d'un pas lent et solennel. — Rumeur parmi les assistans.)

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