‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 749 sur 1577 · DE BLANGY, GRELU · texte numérisé non relu

DE BLANGY, GRELU

GRELU , sortant. Qu'est-ce qu'il y a?

de rlangy. Quel est ce bruit ?

grelu , gui a remonté. Eh ! c'est une voiture de baladins qui viennent pour la fête... Je vais les interroger.

de rlangy. Les interroger?

grelu. En ma qualité d'adjoint. C'est que, vous comprenez, dans ce moment, il pénètre par nos frontières des tas d'individus suspects, et qui nous sont recommandés. Tenez, j'en ai la liste : Lacour , Margrat , Lavarennes...

de rlangy. Lavareniies, qui a trahi tour a tour et l'armée républicaine et l'armée de Coudé... condamné à mort, en 179/j , pour avoir volé et assassiné le payeur de l'année royaliste.

grelu. Tout juste !

de rlangy". Celui- là , lâchez de le saisir. C'était, dans le temps, le plus adroit et le plus dangereux coquin,.. ( On entend de nouveaux cris. Tous les paysans entrent en scène. )

GRELU, DE BLANGY, PAYSANS, BEL- PHÉGOR, MADELEINE, HENRI, La patiti; fille , GRAIN-D' AMOUR , et

trois Musiciens , vêtus d'habits rouges. (Belphégor , sa famille et leur suite sont dans une vieille berline découverte qui j entre, traînée far un vieux cheval blanc. — La voiture s'arrête au milieu du théâtre, Belphégor se lève et salue.) belphégor , debout. Appelez le monde, monsieur Jacquinet. (Henri donne deux ou ' trois coups de grosse caisse et de cymbales. Les autres jouent de la clarinette. — ■ D'au- I très paysans arrivent en scène). Messieurs J et dames, villageois et villageoises, c'est avec I la permission de monsieur le préfet, de mon- )

sieur le maire et de monsieur le garde champêtre. . . Saluez , monsieur Jacquinet !

HENRI, donnant un coup de cymbales et criant d'une voix perçante. Oui, bourgeois! belphégor. C'est avec la permission de ces respectables autorités, que nous aurons l'honneur d'exécuter devant vous nos inimitables travaux !... Travaux de grâce- d'élégance et d'adresse ; exercices merveilleux , qui ont fait l'admiration de toutes les cours étrangères. . Saluez, monsieur Jacquinet! HENRI, même jeu. Oui, bourgeois!

belphégor. Exercices qui nous ont valu les suffrages de toutes les têtes couronnées. . . exercices , enfin, pour lesquels nous sommes appelés en ce moment devant l'empereur du Maroc. Mais ayant appris que c'est aujourd'hui la fête de ce village , nous avons négligé le Marocain pour les aimables habitants de la commune de LandreGS... Saluez encore, monsieur Jacquinet !

HENRI. Oui, bourgeois!

belphégor. Nous vous offrirons également des séances de ventriloquie, de nécromancie , de chiromancie, de cartomancie, autrement dit bonne aventure ! Nous annonceronsàtoutes les jeunes fillesl'année, le mois, la semaine, le jour, l'heure, la minute de leur prochain mariage ; aux jeunes gens le numéro qu'ils obtiendront à la conscription, et nous prédirons à messieurs les hommes mariés... tout ce qui concerne leur étal. (La musique recommence.) Mais, me direz-vous, qui donc es-tu, toi qui te présentes ici avec tant d'orgueil?... Qui je suis? je suis Paillasse ! Paillasse de grand-père en petit-fils !.. . mon aïeul se nommait Belphégor Ier, il avalait canifs, couteaux, ciseaux et rasoirs! mon père absorbait c-pées, sabres et baïonnettes ! moi, Belphégor III, j'ingurgite des carabines et des (Tombions... [élevant Henri en l'air) et Jacquinet, mon fils, consommera un jour bon nombre de. . . canons ! ! !

henri. Oui, papa !

grain-d'amour , Usant une affiche. Le spectacle commencera à deux heures par une grande représentation des jeux indiens et des douze travaux d'Hercule, de l'inimitable Belphégor, et il sera terminé par votre serviteur l'illustre veau marin, qui, après avoir parlé le chinois, l'arabe, le franc-comtois, le bernois, en un mot trente-quatre langues différentes, se fera un devoir d'avaler la sienne devant l'honorable société.

BELPHÉGOR. Roulez, roulez, la musique!

[Musique générale; les paysans applaudissent. Belphégor descend de voiture, il en fait descendre sa femme et ses enfants, et embrasse chantn d'eux en les mettant à terre.) Grain-d' Amour !

PAILLASSE

grain-d'amour , s approchant. Grand homme !

BBLPHÉGOR. Faite-; dételer mon Mouton, et qu'on ait pour lui tons les égards qui lui sont dus.

grain-d'amour. Oui, grand homme! (// fait signe à tut garçon d'auberge, gui l'aide à déieler le cheval. ,

relphégor. Ayez en biefl soin, mon garçon, (le mon pauvre Mouton !... c'est, après ma femme et mes petits enfants, ce que j'aime le mieux sur la terre*

de rlangy. Monsieur l'adjoint, & s braves gens n'ont lien de suspect?

r.RELU. Oui sait? mon devoir est de les interroger. {A Bêtphfyot mer rudes*..

Approche^ ! ... vos papiers * !

belpiiégor, avec respect. C'est à monsieur le préfet que j'ai 1 honneur de parler?

GRELU, radouci, l'as tout à fait... je , nis l'adjoint de...

relphégor. L'adjoint de monsieur le préfet. .. Salue/., saluez t< uji urs, monsieur Jacquinet.

HENRI. Oui, bourgeois.

GRELU, jlaltc. C'est hien !

BEI.phkgor, h là poli le fille. Et vous aussi, mademoiselle Lagramleur.

LÀ PETITE FILLE, saluant. Oui, bourgeois.

grelu. C'est très-bien... c\ st. très-bien .. <;a me paraît de très-braves gens.

RELPHÉGOR. Ces renseignements doivent suffire à monsieur le ; -ons-préfet.

grelu. Je... oui... oui...

relphégor. Alors je prierai monsieur le sous-préfet, en sa qualité d'adjoint du maire, de me délivrer un p nuis.

grelu. Vous avez votre passe-port?

belphéGOR. Oui, monsieur, le voilà.

grelu. Attendez-moi, imus allons aller à la mairie.

MADELEINE. Pendant te temps, Guiraumc, je vais entrer à l'auberge pour y faire, reposer les enfants.

belphêgor. C'e.i ea, Madeleine, repose les enfants, repose 1. ur bonne mère, et n'oublie pas mon pauvre Mouton, qui a fait ses neuf lieues ce malin.

madeleine. Sois tranquille,

belphégok. Au revoir, femme! {Madeleine et les enfants entrent à C auberge.)

DE BLANGY. Savez -vous, brave homme, qu'elle est très-jolie, voire femme?

relphégor. Et bonne donc, monsieur...

je dirais que c'est la joie de h maison [1 tant) si nous avions une maison, nous autres... Blangy, Grelu, Bélphégor, Henri, Jeanne.

Mais bah !... ça ne nous empêche pas d'être heureux.

m blangy. Heureux.!... vous êtes heureux !

BELPHÉGOR. Tous les jours !

DE BLANGY. Malgré la vie que vous menez?

BELPHÉGOR. A cause de la vie que nous menons, au contraire. Nous sommes quatre, Ce qui fait que chacun de nous en a trois pour l'aimer; quand il y en ;i un qui rit et qui chante, tout le monde chante cl rit sans demander pourquoi... et suis ma toute etite qui est rhétive et pâlotte, nous n'aurions jamais su coque c'est qu'un instant de tristesse. ( Il embrasse la petite Jeanne qui vient lui apporter un verre de vin.

DE BLANGY. Mais 'a fatigue, les voyages...

relphégor. Les voyages! mais c'est là le fond de notre gaieté ! nous ressemblons à une nichée d'oiseaux, qui s'envolent dès que la bise ou l'ennui souille quelque part... et comme nous choisissons pour nous y abattre la fête du saint patron de Chaque village* partout où nous arrivons, nous ne lr< uvuns jamais que des visages joyeak, et dcâ habits de fêle pour nous recevoir !. .. Le soir., quand la recette a été bonne, on soupe gaiement en remerciant le bon Dieu de ce qui est venu aujourd'hui, et quand la recette est mauvaise... on remercie le bon Dieu de celle qui viendra demain.

DE BLANGY, ri'int. Bravo! vous êtes un grand philosophe !

belphéGOR. Moi ! je suis un pauvre paillasse.

grelu. Allons à la mairie.

relphégor. Oui, monsieur le préfet, je suis à vous. (Grelu et Helphégor sortent par le fond à droite.)

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