‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 752 sur 1577 · Y LIER DE ROLLAC, BELPHÉGOR · texte numérisé non relu

Y LIER DE ROLLAC, BELPHÉGOR

GRELU, Paysans

madeleine. Qu'y a-t-il donc ?... Tout ce monde ! ou dirait une querelle ; et Guillaume, mon mari , au milieu de tous es hommes... mon Dieu ! (Poussant un cri.) Ah! (Tout le monde entre.)

grelu, aux paysans. Allons! allons! pas de rassemblement où je vous fais tous empoigner par le garde champêtre. (A Belphégor.) Vous vous êtes bien conduit, et voilà votre permis, courageux Belphégor *.

le chevalier. Belphégor !

belphégor. Merci , mon magistrat.

le chevalier. Belphégor , mais c'est lui que je cherche! (// parle bas à Grelu.)

madeleine. Guilhumc, mais qu'esl-il donc arrivé?

belphégor. Ma foi, ça n'a pas été long; mais je ne me croyais pas aussi fort.

de blangy. Mon Dieu ! madame , c'est votre mari qui vient de prendre bravement notre, défense.

le chevalier. Le fait est qu'il nous est venu en aide fort à propos.

Guillaume. Tu ne sais pas femme; je suis fort comme un bœuf; je viens dem'apercevoir de ça tout à l'heure.

madeleine. Mais, enfin?...

de blangy. Voici le fait Montrant te rhrrnVer) : Monsieur se querellait avec des paysans, ils étaient quatre contre lui seul, j'étais tombé sur les quatre à coups de cravache.

* Rollac, Grelu, Blangy, Belphégor, Madeleine.

PAILLASSE

relphêgor. Ce qui fait qu'à mou arrivée vous en aviez huit contre vous deux !... huit armés de hâtons et de fourches et qui parlaient de vous tuer!... vous un "brave monsieur, qui veniez de me traiter avec honte, de vous intéressera nous... Ma foi, comme vous étiez tomhé sur les quatre, je tombai résolument sur les huit... Mais ligure -toi, Madeleine, que le plus drôle, c'est qu'à chaque coup que je donnais, ils tombaient comme des capucins de cartes!... Si bien qu'au bout de cinq minutes, mes huit hommes étaient assis par terre, qui me regardaient comme une merveille, un phénomène. Et le plus étonné de tous, c'était moi; moi qui venais pour la première fois , à mon âge, de me découvrir une vigueur de taureau, une force de lion!... Dis donc, femme, mais je n'oserai plus te serrer dans mes bras à présent!...

madeleine. Mon bon Guillaume ! Mais tu n'es pas blessé ?

belphégor. C'est que je me croyais comme tout le monde , moi qui n'avais jamais eu de querelle avec personne... Ah! mon Dieu ! et les enfants, je leur faisais peutêtre mal quand, pour les assouplir, je ployais leurs pauvres petits membres. (Tremblant.) Et ma toute petite , c'est peut-être bien moi qui l'ai rendue si chétive, si malingre... Oh 1 si je le croyais, Madeleine!

de blangy, à part. Brave homme !

madeleine. Mais non, non, tu sais bien qu'en unissant elle était toute faible; lu sais bien qu'alors...

belphégor. Alors... Oui, c'est vrai , je ne la prenais dans mes bras que pour approcher de mes lèvres sa jolie figure blanche... Ah! c'est égal, je n'oserai plus loucher les enfants, j'aurai toujours peur de les casser.

madeleine. Sois tranquille, je réponds de toi.

belphégor. Ah ça ! j'ai mon permis, préparons la baraque. (Belphégor et Madeleine se dirigent vers la charrette, ils descendent la grosse caisse et différents objets.)

LE chevalier. Il ne me reste plus qu'à remercier de son aide monsieur le comte de Çastel Blangy.

de blangy. El à me dire, monsieur, à qui j'ai l'honneur de parler.

le chevalier. Je me nomme le chevalier de Rollac.

de blangy. Le chevalier de Rollac!...

N'anivcz-vous pas d'Amérique ?

le chevalier. En effet!

de blangy. N'est-ce pas entre vos bras que mourut, en Allemagne, le marquis de Monlbazon ?

le chevalier, arec un peu d'embarras.

Oui, oui, entre mes bras... c'est vrai.

De BLANGY. Mais je vousai vu jadis, monsieur...

le chevalier, avec un mouvement. Gomment I vous m'avez...

de BLANGY. Vous étiez tout jeune alors, presque un enfant, quand vous arriviez à l'armée de Condé.

le chevalier. En vérité ?

de blangy. Il y a plus de vingt ans de cela... J'avoue que je ne vous aurais jamais reconnu.

le chevalier. Cela se comprend... les années, et puis un si long séjour en Amérique...

de blangy. Les Monlbazon seront heureux de vous connaître, chevalier... je suis de la famille, beau-frère du marquis, et nous .avons là dans cette auberge mademoiselle de Vermandois, sa tante, et le petit vicomte de Montbazon,son neveu.

le chevalieb. Vous êtes, me dites-vous, parent des Montbazon ?

le comte. Oui, monsieur.

le chevalier. Ah ' je suis heureux de vous rencontrer. Dites-moi, vous savez que ce pauvre marquis de Montbazon, mort dans mes bras, a laissé un enfant, une fdle.

le comte. Une fdle, en effet, qui disparut tout enfant, pendant la révolution, et que depuis nous avons vainement cherchée.

le chevalier. Je crois avoir retrouvé ses traces.

le comte. Il se pourrait !

le crevalier. Oui, monsieur. Où ètesvous descendu?

le comte. Ici, au Soleil-d'Or.

le chevalier. Eh bien ! allez m'attendre chez vous, j'irai vous y rejoindre dans un instant, et je vous dirai tout ce que je sais sur cet enfant J'ai une importante affaire à terminer ici. A bientôt, monsieur le comte, à bientôt.

le comte. A bientôt , monsieur le chevalier. (Il rentre à l'auberge.)

LE chevalier , seul. Allons , courage , Lavarennes, te voilà reçu, accepté sous le nom de Rollac. Le vrai Rollac est mort là-bas en Amérique, et la mer ne rendra pas son cadavre. Il était le dernier des Rollac , tous ses papiers de famille , lu les possèdes , et parmi eux tu as découvert un écrit qui peut faire ta fortune. Oui, oui, que je rende aux Montbazon celte fille que, grâce à cet écrit, j'ai retrouvée, moi ; et je n'ai plus rien

PAILLASSE

à redouter de la justice. Allons, sois adroit, et ton avenir est assuré.

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