SCENE xn
Les Mêmes, LE CHEVALIER . le chevaiier. Me voilà.
belphégor. C'est lui; ce sont les preuves qu'il apporte.
MADELEINE, VOVOIIS, VOVOI1S* !
LE CHEVALIER. Attendez, madame, et écoutez-moi : Le pauvre diable qui vous a élevée, Pierre Valin, enfin, vous a reçue des mains
Henri, Belphégor, Roliac, Madeleine, Jeanne.
d'un inconnu... or, ce dernier, malgré les baillons dont il était co nert , éta't un noble dont la tête était mise à piix, et qui fuyait déguisé !...
MADELEINE. Mo'.' ; èfe !
BELPHÉGOR. Après, monsieur V
je chevalieh. il fut forcé de rejoindre l'armée de Coudé sans avoir pu vous récla-*
mer. i; ad.ime, parce, n. 'ai ni. e ; épublicaine était venue se placer entre vous el lui . .
BELPHÉGOR. Kt le nom de ce Monsieur?
madeleine. Oui, !e nom de mon père?
le (UIEY ALLER. Vous le saurez tout à l'heure. Quelques jours s'écoulèrent et ou livra bataillé... Le marquis, car il était marquis !
belphégor, montrant Henri. C'est un petit marquis, ça... Allons, saute, marquis!
le ciievalieb. Le marquis était au premier rang, il tomba un des premiers... mais un ami s/ trouvai; près de lui... le chevalier de Roliac... ei ce chevalier, c'était moi !
madeleine. Vous, l'ami de mon père!
LE chevalier. 11 le r; çut.. . c'est-à-dire... je le reçus dans mes bras, et le marquis, avant de mourir, put tracer ces quelques lignes, (Dépliant un papier qu il lit.) « L'en- » faut resté entre le 'eain- de Pierre Valin, » journalier à Chaumont, prèi Saint-Brieuc, » lui a été confié par moi, et je déclare en » mourant que cet enfant est ma fille! Je » lègue au chevalier de Roliac le soin de la » retrouver. Signé, marquis de... »
BELPHÉGOR. De?
le chevalier. Vous le saurez plus tard.
belphégor, s agitant. Oh! nous ne sommes pas presses. {Avec joie.) Saperiotte. (.1 Henri.) Tenez-vous donc droit, marquis!
madeleine. Et ma mère, monsieur?
le chevalier. Le marquis l'avait perdue peu de jours après votre naissance.
belphégor. Mais comment se fait-il que ce soit maintenant seulement ..
le chevalier. Que ces recherches s'opèrent? c'est tout simple... De la famille de votre père, madame, il ne rc- tait en ligne directe qu'un vieillard, votre aïeul... auprès de lui quelques collatéraux, une vieille sœur et, je crois, un petit-neveu. Tous, ils étaient en fuite, dus l'exil. ..tous, ils ignoraient en quelles mains le marquis avait laissé son enfant... Le chevalier de Roliac le savait seul, c'est-à-dire que je le savais seul; et le soir même de cette sanglante bataille, afin de sauver ma tête, je m'embarquai pour l'Amérique... là, j'eus un duel, je fus blessé presque mortellement par un nommé... Lavarennesl
PAILLASSE
Et le secret de votre naissance ferait enseveli avec moi, si...
belphégor. Si vous n'aviez été rendu à la vie.
le chevalier. Oui, précisément... Enfin, après bien des traverses et des aventures j'ai pu revenir en France il y a un mois, et je bénis le hasard qui, après ce peu de temps de recherches, m'a permis de vous rencontrer. MainU nant. pensez;- vous encore que je vous aie trompés?...
BELPHÉGOR. Oh 1 non, non , nous vous croyons...
le chevalie. En ce cas posons les bases de notre marché, arrêtons nos conditions.
belphégor, étonné. Notre marché?
madeleine. Que signifie?...
belphégor. Nos conditions ! Ah je comprends, c'est-à-dire... pardon, monsieur, mais je ne saisis-pas bien.
le chevalier. Il s'agit cependant d'une affaire bien simple. Ainsi queje vous l'ai dit, la famille de madame est riche, immensément riche... et l'une des premières de France en noblesse... Comment supposezvous donc qu'elle puisse agir?
belphégor. Moi, je ne suppose rien...
Nous avons, dites-vous, un vieillard qui serait heureux de retrouver la iille de son fils... Nous avons après ça le mari qui ne sera pas moins heureux de la lui ramener... Conduisez-nous près de lui, monsieur, et s'il a le cœur d'un père, vous verrez que nous nous entendrons.
le chevalier. Près de lui... mais vous n'y songez pas.
madeleine. Comment?
belphégor. Que voulez-vous dire?
le chevalier. Est-ce qu'il peut présenter dans le monde la femme du Paillasse Belphégor? les enfants du Paillasse Belphégor?
madeleine. Monsieur...
belphégor. Femme ! éloigne les enfants; ils n'ont pas encore appris à rougir de leur père. {Madeleine les éloigne et revient.) madeleine. Oh ! mon Dieu !
belphégor. Voyons, monsieur, expliquezvous clairement, et surtout expliquez-vous vite...
le chevalier. Eh bien, mo;i cher, voilà ce que je crois pouvoir vous offrir au nom de l'aïeul de madame... Comme il faut qu'aucune souillure ne tache le blason de celte illustre famille, madame... (souriant) qui no peut pas rester madame Paillasse , sera présentée dans le monde comme la veuve de quelque noble gentilhomme mort à l'étranger.
madeleine, avec force. Veuve l moi 1
belphégor, se contenant. Continuez...
continuez donc, monsieur...
le chevalier. Elle pourra, si son cœur l'exige, emmener l'un de ses enfante.
madeleine. L'un de mes enfants!
relphégor. Continuez, continuez !
le chevalier. On assurera le sort de l'autre, et...
belphégor, froidement. Et le mari ? nous ne nous occupons pas du mari.
le chevalier. Quelles que soient vos prétentions, elles seront respectées; c'est vous-même, mon cher, qui fixerez la somme.
belphégor, éclatant. La somme!., il s'agit donc d'argent ! ïaisez-vous, taisez-vous, monsieur; ce n'est pas en plein jour et à la face de Dieu que l'on propose à un père de vendre sa femme et ses enfants.
le chevalier. Songericz-vous à refuser ?
belphégor. Entends-tu , Madeleine , il demande si j'y songe !
le chevalier. Mais réfléchi sez donc, la loi sera pour nous.
belphégor. La loi réprouve votre marché.
le chevalier, à part. Ah! tu viens le jeter à travers raec projets !..„ (Haut.) Votre volonté ne sera pas la seule que l'on consultera.
belphégor. Mais , dis-lui donc la tienne, Madeleine !
mvdelfine. Monsieur, cette famille que je ne connais pas nous adoptera tous, ou elle n'adoptera personne (te nous.
belphégor. Bien ! Oh ! je ne doutais pas de toi, va...
le chevalier. Monsieur, un mariage comme le vôtre ne lie pas.
belphégor. Ou'osez-vous dire ?
le chevalier. Je dis qu'une famille a le droit de protester contre les liens contractés par une mineure sans le consentement de cette famille; je dis enfin que si vous n'acceptez pas la fortune qu'on vous offre, les magistrats sauront bien vous obliger à rendre une femme qui ne vous appartient pas. Nous nousrcvetro s bientôt, monsieur. (Il sort.)
SCÈJNE XIII.
Les Mêmes, moins LE CHEVALIER.
I'.elpiiégor. Une femme qui ne m'appartient pas ! Est-ce que c'est vrai, ça, Madeleine ? est-ce que les lois peuvent nous sé- Qaref ?
mvuelelne. Oh ! n'aie pas peur, Guillaume... je ne conseil tinii jamais à te quitter.
il i.phégor. Non, tu ne consentiras pas,
PAILLASSE
toi... Mais les magistrats... Mais les lois, comme il dit... cea lois dont il me metiac , je neles connais pas, moi, pauvre homme, ei j'ai peur.
MADBLEINE. Allons , rassure-toi , mon ami !
BELPHÉGOR. Que je me rassure. ..Tiens, dis-moi (pi'ils vont venir, là, dix, vingt, me tuer devant toi, sous les yeux, et je resterai calme... mais ils veulent vous emmener, vous emmener tous... toi! Henri et ma petite Jeanne! Oh! celte pensée-là me rend lâche ! J'ai peur, Madeleine, j'ai peur !
MADELEINE. Mais que veux-tu faire ?
relphégor, pleurant. Ce que je veux?
je veux... je veux te garder... je veux te garder... je veux. (Eclatant.) Est-ce que je sais ce que je veux !.. je ne veux pas qu'on me vole ma famille.
madeleine. Eh bien, soyons calmes et cherchons, cherchons ensemble.
belphégor. Il n'y a pas besoin de chercher, j'ai trouvé, moi ; nous allons partir.
MADELEINE. Partir !
belphégor. Tout de suite, à l'instant.
(Allant à l'hôtel et appelant.) Grain-d' Amour !
gbain-d' amour, paraissant. Patron ?
belphégob. Mon cheval, vite, mon cheval 1
grain-d'amour, efonné. Mais il fait comme moi, il mange. ( Guillaume fait un geste, Grain-d' Amour obéit. )
belphégor, appelant. Henri ! Jeanne !
henbi. Nous voilà, père !
belphégor. Nous partons, mes enfants, nous partons; ne perdons pas une minute... Allons, les costumes, la caisse, le^ tapis, tout, tout, dans la voiture. [En 'Usant cela il jette dans la voiture tout ce qu'on en avait descendu , la petite fille elle-même
apporte un paquet, tandis que Henri et Grain-d' Amour atlèlent la jument; Belphégor lès aide.) Mon pauvre Mouton, c'est loi qui dois nous sauver aujourd'hui. (4 Grain-d' Amour. )Viens ici, toi... Les autres, les artistes sont là, n'est-ce pas ?
GBAIn-d'amolr. Oui, oui ; mais qu'est-ce qu'y a? qu'est-ce qu'y a?
belphégor. Ils nous retarderaient, nous partons sans eux! seulement, je ne suis pas de ces directeurs qui congédient leur troupe en faisant faillite... Tiens, distribue-leur ceci, l'or de ce chevalier.
grain- d'amour. De l'or 1
belphégob. Va!.. (Grain-d' Amour sort.) A nous deux, mon garçon.
LE GABÇON. Voilà.
belphégor, amenant le garçon sur le devant. Dis-moi, mon ami, il n'y a pas de chevaux à la poste?
le garçon. Pas pour le moment.
belphégor, donnant le reste delà bourse. Tiens, pi ends cela; c'est de la part d'un prince,, tu entends, d'un grand prince, qui relient et paye tous les chevaux qui reviendront pendant trois jours , pendant trois jours? lu entends?
le garçon. C'est dit.
belphégob. Tiens, mon garçon, voilà pour toi. (Il lui donne une pièce d or.)
le GABÇON, s en allant. Soyez tranquille, monsieur ; il viendrait cent chveaux, que pas un ne repartirait.
belphégor. A présent, tous à vos places. (Madeleine et les enfants, montent en voiture.) Trois jours... trois jours de gagnés et je connais le pays. (Il monte dans la voiture et Grain-d' Amour derrière.) .le sais tous les chemins de traverse. Partons... (Debout tenant les rennes.) Gardez votre fortune, monsieur le duc ; moi, j'emporte mon trésor 1 !