‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 763 sur 1577 · scène vin · texte numérisé non relu

scène vin

madeleine , puis belphégor.*

madeleine. Oh ! oui, Dieu me comprend ! Dieu m'approuve, j'en suis sûre! mais Jeanne, mais mon enfant... Elle dort, ce repos lui fera du bien, je l'espère... Ah! si ce médecin... mais dix francs! (Elle compte quelques pièces de monnaie.) Cinq, six, ah ! voilà encore vingt sous ! sept francs ! C'est toute notre fortune, et là-bas, chez eux, chez moi... Non, non, je n'y veux pius songer!

belphégor, à part, sans être vu de Madeleine. Tiens., .un homme qui vient de passer devant moi, là, dans l'ombre, et qui a détourné le visage! C'est drôle, j'ai eu comme une sueur froide... Il m'a semblé que c'était.. Je me serai trompé sans doute... oui, certainement. {Jetant violemment ses épées.) Mais si c'était lui !

madeleine. Guillaume, tu m'as fait peur.

belphégor. Ah ! je t'ai fait peur, et pourquoi?

madeleine. Pourquoi?... mais qu'as-tu donc? tu as l'air tout bouleversé.

belphégor. Je n'ai rien.

madeleine. La cueillette n'a peut-être pas été bonne?

belphégor. Si... très-bonne... j'ai trois livres dix sous. [A part.) Je me serai sans doute trompé.

madeleine. Et Henri, où est-il ?

belphégor, distrait. Henri!... (A part.) Je crois que le chevalier est plus grand.

madeleine. Ah ça, Guillaume, me dirastu ce que tu as?

belphégor. Il n'est venu personne pendant que je travaillais-là, bas"?

madeleine, avec embarras. Non ! personne que Catherine avec qui j'ai parlé de ma petite Jeanne.

belphégor, ù part. Elle a l'air troublé, est-ce qu'elle me tromperait?

madeleine, à part. Si je pouvais sans l'inquiéter compléter ma somme pour le médecin.

belphégor. Allons, voilà qu'elle se parle bas à présent. (Haut.) A quoi songes-tu donc?

* Madeleine, Belphégor.

madeleine. Aquoi je songe? Je songe que., je voudrais avoir de l'argent.

belphégor. De l'argent ! (Avec amertume.) Ah! oui, beaucoup d'argent, tout l'argent qu'ils t'auraient donné, ces granJs seigneurs.

madeleine. Guillaume, vous avez tort de me parler de cela.

belphégor. Ah ! bon ! dites-moi vous à présent.

madeleine Vous avez tort surtout de m'en parler maintenant.

belphégor, s' 'animant. Ah ! est-ce qu'à présent vous en êtes aux regrets?

madeleine. Moi... m'avez-vous jamais entendue me plaindre?

belphégor. Oh! on ne se plaint pas tout haut, non, mais on gémit en dedans, on pleure... et puis d'ailleurs, est-ce que vous ne me l'avez pas dit là-bas : je sentais en moi des instincts de coquetterie, des désirs de luxe, de fortune, de bien-être. Mon sang se révoltait contre la misère! Votre sang de duchesse, n'est-ce pas?

madeleine. Ah! vous m'insultez, Guillaume !

belphégor. Imbécile, va ! pauvre homme, va! qu'est-ce que tu peux faire, dis, pour qu'elle oublie sa naissance ? mais cherche donc! cherche! devine, invente, creuse-toi l'âme et l'esprit. Voyons, qu'e>t-ce que tu as trouvé pour que cette princesse-là soit heureuse? As-tu de l'or, des palais, des voitures, des domestiques habillés en tamboursmajors? Non, tu n'as rien, tu n'es qu'un bateleur, un paillasse... tu ne peux, tu ne sais que l'aimer! qu'est-ce que ça lui fait que tu l'aimes ! tu vois bien que tu l'ennuies, qu'elle est là immobile sans le regarder, sans te parler!... Ah! je devine bien! tu veux me quitter, n'est-ce pas ? tu veux me fuir 7 eh bien, pars, va-t'en, laisse moi !

madeleine. Guillaume!

belphégor. Ah ! tiens ! je te tuerai 1

madeleine, reculant épouvantée. Mon •Dieu I

belphégor, après un silence et comme revenant à lui. Madeleine ! Madeleine ! qu'est-ce donc que je t'ai dit ? Oh ! pardon ! ne prends pas garde à tout cela, Madeleine, vois-tu, je suis fou, j'ai des lubies, des idées qui me tourmentent, que sais-jc, moi ? un homme, un inconnu , moins que cela, une ombre passe dans mon chemin, et ça m'inquiète, ça me bouleverse! que veux-tu? Je t'en prie, Madeleine, regarde-moi. Écoute... oh ! je t'aime tant, ce n'est pas contre toi que je nie fâche, c'est contre moi, parce que

pulussi:.

jfl !).• pin\ pas te rendre bearéu le comme Je Le voudrais. .. Oli! si je pouvais, si je sa- \ai> ! mais non, j'ignore tout, je ne peux rien, et je nie dis : cette femme qui est si jeune, si belle, eli bien, elle a' aurait qu'a passer ce seuil pour être marquise, pour èuv. . . je ne sais pas, moi!... p'j$s| que vous [eri<jz une belle marquise, oui dà?

madllli m:, souriant Tu trouves, inuii bon Guillaume?

belphégor. EH. a souri ! Elle m'a dit mon bon Guillaume! Tu me pardonnes! lu me pardonnes, Madeleine.

Madeleine, o.d ! oui !

BELPHÉGOR. Oh! que lu os bonne ! Mais, non, non, ne me pardonne pas encore, laisse-moi comme ça à tes pieds, tes mai s dans les miennes, laisse-moi... laisse-; oi le regarder!... Oh ! dire cpf ori peut lant s'aimer! si on nous voyait... fSé Ibvant. AL! éh bien ! après? l'amotii' de coûté rien! c'est le bon Dieu qui le donne gratis, 1 1 les pauvres gens qui n'ont que ça, dame ils s'en régale:. t.. . (Bas.) Allons, allons, ce n'était pas le chevalier du tout.

madeleine. A la bonne heure, \oilà comme je t'aime.

belphégor, mn. Elle m'aime ! — Dis donc, Madeleine...

MADELEINE Heill ?

belphégor. Voyons! qù'tst-cé que je pourrais bien faire pour que lu sois Contente toute la journée?

.Madeleine. Pour que je suis bien conte nie?

RELPHÉGOK. Oui, et que tu me pardonnes tout a. fait.

MADELEINE. Tout à fait?

BELPHégok, Oui, parle, dis-moi ce que tu veux.

Madel; ine. Eh bien ! donne-moi le., trois francs que lu as gagnés ce malin. (.1 part.) Ça me fera mes dix francs!...

BELPHÉgo::, souriait!. lîum ! lacoquelle! c'est pour t'acheter un bout] t.

MADELEINE. Tu crois?

BELPHÉGOR. Avec des rubans, je ga,j;e, des Qoqteta.

Madeleine, $' efforçant de rire. Dame !

on est marquise OU on de lest pas.

f.elphégor, l'embrasant. C'est vrai! c'est vi ai ! oh ! lims ! tu es trop gentille p >ur un homme seul..: c'est-à-dire.... Eh ! doucement. Allons, tends la main; vite! ( Il lui donne l'argtnt.)

Madeleine, oh! merci, Guillaume, merci.

BEf.PHÉGOH. Eh bien ! où vas-tu donc?

mvdeleine. Moi, je cours chercher mon

bonnet f I j)url.) Je wu\ chercher le médecin.

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