‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 762 sur 1577 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les MÊMES, LE CHliVALIER DE ROLLAC.

le chevalier , à Catherine. Laissez nous! (A Madeleine.) Oui, c'est moi, madame, qui viens saluer une seconde fois l'héritière d'un des plus grands noms de France! la fille du marquis de Montbazon.

madeleine. Vous! vous, ici, Monsieur!

Oh! si Guillaume revenait!

le chevalier. Avant de suivre vos traces j'avais écrit à M. le duc, votre aïeul... La joie était rentrée dans son cœur, en apprenant que vous existiez, que je vous avais trouvée. Plus tard, il a fallu lui dire votre fuite, votre arrivée ici; mais en même temps, je prenais sur moi de l'assurer que tout ispoir n'était pas perdu... il vous attend, madame!

madeleine. Non, non, je ne peux pas!

je ne veux pas !

le chevalier. Par l'ordre du duc, un de ses plus proches parents, le comte de Caslel-Blangy est arrivé ici en toute hâte pour vous accompagner, une voiture et des gens sont là à deux pas, toujours prêts, attendant un mot de vous... Socgez-y, madame; une famille tout entière vous, tend les br^s; pour elle c'est un deuil qui cesse, une espérance perdue qu'un miracle fait renaître. Pour vous C;'esl la richesse, c'est le bonheur!

madeleine. El Guillaume?

le chevalier. On assurera son sort

madeleine. Oui, mais on le repousse, on l'exile, on veut qu'il parte, que je ne le revoie plus!

le chevalier. Vous l'oublierez!

madeleine. Oublier mon mari !

le chevalier. Votre mari... allons donc!

madeleine. Vous en doutez, il Test devant la loi comme devant Dieu, il l'est par notre amour et par notre misère. Oui, je suis sa femme, car le prêtre m'a dit : Madeleine, jurez-vous de vivre avec cet homme dans la prospérité comme dans le malheur, dans la santé comme dans la souffrance, et de ne jamais l'abandonner, jurez-vous cela, Madeleine? J'ai répondu^ je le jure? Vous voyez bien que Guillaume est mon mari.

le chevalier. Mais le marquis de Montbazon fut votre père, et vous appartenez à son nom, à sa mémoire, avant d'appartenir à ce honteux vagabond.

madeleine. Insulter le père de mes enfants, mais c'est m'insulter moi-même!

LE chevalier. Pardon , madame ; votre famille est prévenue, elle vous attend, elle vous appelle.

madeleine. Elle ira pas besoin de moi, tandis que Guillaume...

le chevalier. Elle a besoin de vous, madame, pour que le vieux duc, de retour de l'exil, retrouve au moins la fille de son fils, et que ses derniers jours en soient un peu consolés... Et si elle a besoin de vous, cette famille, n'avez-vous pas besoin d'elle? n'avezvous pas un cœur de mère, un cœur rempli d'anxiété et de tendresse pour vos enfa nis?

madeleine. .Mon Dieu !

le chevalier. Oui, vos enfants que la misère pâlit, que le travail brise et qu'en arrachant à cet homme , vous arrachez peutêtre à la mort.

madeleine. Ah ! c'en est trop !... mes enfants!... Mon Dieu, soutenez-moi! {Onentend un bruit éloigné de tambour et de trompette. Elle court à la fenêtre et regarde sur la p lace .) Les voilà ! Guillaume ! Henri ! oh ! ces horribles exercices! Guillaume, mais tu vas me tuer mon enfant! non, non, il se joue du péril, il l'a reçu dans ses bras, il lui sourit, il f embrassa. . tous deux lèvent les yeux vers moi, ils m'envoient des baisers... Ah! je vous aime, je vous aime ! [Se retournant vers le Chevalier.) Retirez-vous, monsieur ; vos paroles ont pu un instant faire chanceler mon cœur, mais le vertige a cessé. Je suis Madeleine, fille du pauvre journalier ; Madeleine à qui Guillaume a donné du pain. Je ne suis pas la fille de ces ducs oublieux qui

PAILLASSE

ne se souviennent de moi que parce qu'il manque un nom à leur race et une goutte à leur sang... Allez !

le chevalier, à part. Sortir! oui, mais pour revenir bienlôt avec du renfort. (Haut avec un profond salut.) Mademoiselle de Montbazon, dans une heure, je reviendrai. (A part.) Allons chercher M. de Blangy.

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