SCÈNE X
CATHERINE, puis MADELEINE, LE ME- DECIN.
Catherine, seule. C'est drôle, il me fait de la peine ce pauvre homme ! mais bah ! cVst pour le bonheur de M.ide'eine, le chevalier de Rollac nie l'a dit !..Où est-elle, donc, Madeleine? Tiens, elle est remontée, la voilà près de 'a petite avec le médecin ! elle l'amène ici.
madeleine. Éh bijn, monsieur le docteur?
le docteur. Pauvre femme ! un taudis!
quelle misère ! il n'y a pas de ressource *.
Madeleine, Vous ne me répondez pas.
LE docteur. Vous êtes la femme de ce bateleur qui fait des tours sur la place ?
madeleine. Oui, monsieur. Oh! mais, pardon,- mo: sieur le docteur, je puis..,, perineltéz-moi de vous offrir. (Elle lui tend sa monnaie )
le docteur. Gardez, gardez, mon enfant.
Madeleine. Oh ! c'est que, voyez-tous, monsieur, je désire que vous vous intéressiez à ma petite tille, que vous ne l'abandonniez pas. Y a-l-il cjuel.jue remède à faire ? ditesmoi ?
le docteur. Oh ! mon Dieu, non !
madeleine. Comment rien ! àh ! elle est perdue !
le docteur. Je ne dis pas cela, mais...
MADELEINE. G and Dieu ! achevez 1
le docteur. Qu«i âge a-t-elle?
madeleine. Eile aura sept ans, monsieur, à la Saint-Jean qui \ient.
LE docteur. Un âge quelquefois dangereux.
madeleine. Oh ! vous me faites trembler!
•LE docteuiî. Rassurez-vous, pauvre femme: la science juge, apprécie; mais c'est Dieu qui condamne ou qui sauve.
Catherine. Mais enfin, monsieur le docteur, que fau aait-il donc faire à cet enfaat !
LE docteur. îiélas ! mes bo:. nés femmes, que voulez-vous que je vous réponde? Votre petite (ille n'est peut-être pas faite pour l'existence qu»' ie sort lui impose... 11 faudrait... mais il ne vous appartient pas de changer sa vie, elle est née dans la pauvreté, dans le besoin...
madeleine. Elle y est née et elle en mourra... ah ! je comprends !
LE DOCTEUR. Non, \ous exagérez le sens de mes paroles.
Catherine. Mais cependant, monsieur le
* Madeleine, le Médecin, Catlifiine,
docteur, supposez que cette petite qui est ce que vous dites , c'est vrai , eût inspiré de l'intérêt à des personnes très à leur aise.
le docteur. A quoi bon supposer cela ?
Catherine. N'importe, dites toujours, on ne sait pas !
le docteur. Eh bien, cela ne suffirait pas encore.
Madeleine. Mon Dieu !
le docteur. Ce ne sont pas des protecteurs étrangers qu'il lui faudrait, c'est une mère qui, outre son cœur, eût encore la possibilité... mais nous n'en sommes pas là !
Catherine. Peul-êt?e! car enfin si elle l'avait, cette mère... si madame..
le docteur. Que dites- vous ?
madeleine, ilien ! ne l'écoutez pas, monsieur l
Catherine. Si, elle l'a ! elle l'a, vous disje! Pariez-nous, monsieur le docteur, comme si ce que je vous dis était vrai.
LE docteur. Quoi! vous m'affirmez...
Catherine. Que cette petite appartient à des gens très-riches, de grands seigneurs, tout ce qu'il y a de plus illustre et de plus noble, et qui ne la laisseront pas mourir. Ainsi donnez-nous sans crainte votre ordonnance.
le docteur. Mon ordonnance.. . mais elle est bien simple; c'est de se hâter, c'est de ne pas perdre une minute. Prévenez les parent! qu'ils arrachent cette enfant à l'existence futaie que vous lui faites mener, qu'ils lu: donnent l'air pur, i'espace, la liberté dam le bien-être, le repos dans l'opulence , que rien ne soit épargné, qu'on veille sur elle le jour, la nuit, qu'on suive pas à pas cette jeune vie qui chancelle. Oui, oui, puisque vous le pouvez, eh bien ! des soins de chaque heure, de chaque instant; une mère qui, s'il le faut , n'hésite pas à aller chercher pam sa fille la science à Péris, les eaux dans les Py renées, le soleil en Italie, et alors...
MADELEINE. Alors?...
le docteur. Alors peut-être que cet enfant vivra.
Madeleine. Mon Dieu ! et autrement 1 le docteur. Je la crdis perdue. [À Ca thertne.) Mais vous m'avtz dit que la famille de l'enfant est riche.