SCÈNE XI
Les Mêmes, LE CHEVALIER, BLANGY. *
le chevalier. Oui, monsieur, et l'eufau sera sauvé !
madeleine. Lui !
le chevalier. Vous n'avez plusledroi d'hésiter, madame, car ce n'est plus entre
* Catherine , Madeleine, Hollac, Blangy, le Médecin.
PAILLAS8E.
la misère et la richesse, mais entre le salut et la perle de votre fille que vous avez à choisir !
Catherine. Voyons, ma bonne Madeleine, un peu de raison.
MADELEINE. Ah ! c'est horrible de placer ainsi une mère entre ses devoirs d'épouse et ses devoirs de mère! entre la vie et la mort de son enfant ! entre la malédiction de son mari et la malédiction du ciel !
de BLANGY. Songez-y, madame, tout ce qu'a prescrit monsieur le docteur, la science, les soins, le bien-être, tout cela attend là-bas la pauvre petite malade. Hâtons-nous de ranimer ce sou'fle qui va s'éteindre.
MADELEINE. Docteur, vousmejurez devant Dieu...
LE docteur. Je jure, madame, que j'ai dit la vérité et que vous seule... (Catherine indique nu chevalier la chambre ouest l'enfant, il yentre et disparaît.)
Madeleine. O vous qui lisez dans mon âme, Seigneur ! Seigneur ! guidez moi, inspirez-moi.
blangy. Il n'est plus temps d'hésiter, madame, voyez...
madeleine. O ciel! on emporte ma fille 1 blangy. Oui, nous la sauverons, fût-ce malgré vous-même.
^madeleine. Ma fille! ah ! je ne la quitte pas ! je ne la quitte pas !
blangy. Alors, venez, venez, madame.
madeleine. Catherine, ah ! vous le verrez ; vous lui direz... Mon Dieu! qu'est-ce que vous lui direz?... que ce n'est pas pour longtemps... qu'il me pardonne... que je l'aime !... je l'aime toujours... Mais je ne pouvais ni laisser mourir , ni abandonner mon enfant ! (Sortie générale.)
SCÈJNE XII.
BELPHÉGOR, HENRI, puis CATHERINE.
belphégor, un châle de laine rouge et bleu sur son bras. Il n'y a personne ! tant mieux; va-t-elle êlre heureuse, ma bonne Madeleine!
HENRI, soufflant dans une trompette. Et la petite Jeanne~qui adore les mirlitons! En v'ià un, et un ménage, et une poupée, et un grand bonhomme de pain d'épice.
belphégor. Ah ça, monsieur Henri, vous aviez donc des fonds secrets?
henri. C'est que j'ai recommencé une petite quête pour la petite sœur quand t'as été parti.
belphégor. Avons-nous fait des folies !
henri. Tout y a passé ; ah ! bah ! tant pis!...
belphégor. Attends! formons un bazar, étalons nos marchandises pour que ça ait de
l'œil!... Hein! quelle joie, quand elles vont voir tout ça... A présent, va les chercher... (Catherine parait.)
HENRI. Ah! Catherine 1 je vas chercher maman ; vous allez voir!
CATHERINE, à part. Partie!
belphégor. Venez donc! venez donc!
qu'on vous fasse voir un peu si on a du goût, hein ? est-ce assez joli ? bleu et ronge avec du vert! toutes les couleurs de l'arc-enciel ! (ette bonne Madeleine va-t-elle être belle là-dedans! elle aura l'air d'être habillée avec un morceau du paradis. C'est fichtre bien ie moins; c'est mon ange, à moi, que .Madeleine !
Catherine, à part. Sa joie me fait mal!
HENRI, reparaissant. Père?
belphégor. Qu'est-ce qu'il y a?
henbi. Mon père! la petite...
belphégor. Eh bien?
henri. La p'titc Jeanne n'est pas dans son berceau, on l'a emmenée !
belphégor. Comment ?
HENRI. Et puis le bahut est ouvert
tout en désordre, ça me fait peur !
belphégor. Allonsdonc! quel enfantillage. (Il entre.)