SCENE PREMIERE
COURGEMONT, puis ROI-LAC.
COURGEMONT, aux gardien* qui pansent dans le fond. Prévenez M le greffier de la Coar prévôtale qu'il attende ici, dans la citadelle, M. le second {résident et MM. les juges-coin mis aires. ;Vh ! à propos, ce grand escogriffe à barbe rousse que j'ai donné ordre de garder à vue!... lîon, le voici. (.4 Rollac qui paraît.) Approche.
ROLLAC, il est affublé d'une perruque et de favoris rou*. A part. Allons, de l'aplomb.
courgemont. Tu as été arrêté hier comme tu essayais de prendre passage su;- un caboteur, qui allait faire voile pour la côte de Portugal. Tu avais un passe-port contestable, sans visa, d'un signalement équivoque; on t'a conduit vers moi, et j'allais t'envoyer au dépôt, lorsque tu m'as dit un mot qui a piqué ma curiosité.
ROLLAC. Je vous ai dit que vous aviez peut-être tort de chagriner un homme qui vous avait été utile et qui pouvait vous l'être encore.
courgemont. Oui, tu préu nds être celui qui nous a fait parvenir une lettre le matin de l'arresta ion de Lavarennes.
ROfJ.Ar.. C'est la vérité, et la preuve c'est que voici le contenu de la lettre : Je vous écrivais que Lavarennes, caché effectivement sous le nom de Rollac, ainsi que l'avis vous en avait été donné par la police de Paris, se présenterait ce malin-là eln-z le duc de Montbazon ; je vous prévenais de plus, qu'outre le nom de Rollac, le misérable avait longtemps porté ceux de Paillasse, de Guillaume et de Belphé.;or. .
courgemont. C'est parbleu vrai! . ..
rollac. J'ai fait plus ensuite, je vous ai fait découvrir le taudis où le drôle avait
TAILLASSE.
passé la nuit, la veille du jour où, FOUS le nom de Rollac, il se présentait chez le duc. Et non -seulement vous avez trouvé dans cette chambre les guenilles de] baladin, qu'il avait quittées pour prendre le costume d'un homme du inonde; mais encore, vous a- ez découvert, en fouillant sous ses matelas, des pièces précieuses.
courgemont. Entre autres la missive, en date du quinze novembre dix sept cent quatre-vingt quatorze, par laquelle on promettait di\ mille livres à Lavarennes en échange du plan d'attaque de M. le prince de Coudé; j'ai trouvé cela, moi!
rollac, à part. Je crois bien, je l'y avais mis.
courgemont. C'est un fait acquis au procès.
rollac Eh bien! monsieur le substitut, vous voyez que je vous ai été fort utile et que vous devez me laisser partir.
courgemont. Au contraire! Tu m'as été trop utile pour que je ne te garde pas.
rollac. Mais...
courgemont. Pas de mais! Tu seras nourri, chauffé, logé, payé et... gardé à vue. Tu resteras à mon service particulier. Continue d'avoir de l'œil et du flair, et je te rendrai la liberté.
rollac. Quand ça?
courgemont. Quand je serai ministre!
(Il remonte.)
rollac, à part. Allons! c'est l'arrêt de Belphégor qu'il vient de prononcer.
courgemont. Va-t'en, voilà le prisonnier qui sort pour aller subir son dernier interrogatoire. — Ecoute, je te donne ma confiance... mais je te mets sous la surveillance de la haute police... Va!
rollac. Je me soumets, monsieur le substitut. (A part.) Du moins ce n'est pas dans ce château-fort qu'on me poursuivra.
courgemont , d Belphégor qui entre.
Condamné Lavarennes, messieurs de la Cour prévôlalc ont bien voulu se transporter dans celle citadelle pour écouler vos réclamations, si vous eu avez à faire, touchant le jugement rendu contre vous il y a vingt ans, et que vous allez subir aujourd'hui. (Aux gardes.) Conduisez le condamné dans la salle d'audience.
rollac, d part en sortant. Allons! Lavarennes mort, on ne cherchera plus Lavarennts. (Il sort.)