‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 80 sur 1577 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes , NAPOLÉON , LES AMBASSA- DEURS D'AUTRICHE et de TURQUIE, puis, LE COMTE REAL.

NAPOLÉON, à l'ambassadeur d'Autriche.

Oui, Monsieur, oui... c'est bien déridé; la guerre!.. L'Autriche n'a pas tenu compte de mes justes réclamations... je n'en parle plus, ou, si j'en parle encore, ce ne sera qu'à Vienne... J'ai résolu d'y aller faire une visite à votre Empereur... av«e une escorte de cent mille pom-

mes.., (A l'ambassadeur de Turquie.) Vous enten" dez?.. vous pouvez annoncer au sultan, mon lidèle allié, que je vais devenir son voisin... Nos victoires lui feront un rempart de granit contre ces puissances du nord qui rèventioujoursConstantinople! .. (Les Ambassadeurs saluent et se retirent. Aux autres personnages.) Bonjour, Messieurs, bonjour !.. Ah! vous voilà, Dubois?., notre célèbre chirurgien!.. Vous ne nous suivrez donc jamais dans nos campagnes, comme vos confrères Yvan et Larrev ?..

DUBOIS

Sire, j'ai mes malades à Paris..

NAPOLÉON

Oui... De quel pays étes-vous, Dubois?..

DUBOIS

Sire, je suis du département du Lot.

NAPOLÉON

Comme Bessière* et Murât... mais vous n'avez pas encore tué autant de monde que vos deux compatriotes?..

DUBOIS

Sire, c'est qu'ils s'attaquent aux ennemis de votre Majesté, et je ne suis chirurgien que de vos fidèles sujets...

NAPOLÉON

Ah ! ah ! David !.. votre tableau du couronnement sera un bel ouvrage... Egoïsme à part, je le préfère à celui que vous aviez commencé autrefois sur la séance du jeu de paume; je n'aimais pas votre idée de la foudre que vous faisiez tomber dans le lointain sur le palais de Versailles!..

DAVID

Alors, Sire, l'orage était autour de nous, et il grondait surtout au dessus de la demeure des rois! Mais, vous avez ramené le calme, et, si j'ai à peindre la puissance, c'est dans sa force et dans sa splendeur!..

NAPOLÉON

Oui, puisqu'elle réprésente la France!.. Ah! nous la ferons grande!.. Si elle m'a remis le sceptre, c'est pour que je fasse d'elle la souveraine des nations!.. (Le Comte Real sort du cabinet de l'Empereur, un portefeuille sous le bras.) Eh bien! Real, est-ce fini?..

REAL

Oui, Sire...

NAPOLÉON

Savez-vous que nous avons bien travaillé, la nuit dernière et ce matin ?..

REAL

Oui, sire, je dois en savoir quelque chose...

NAPOLÉON

Je vous donne congé jusqu'à ce soir, mais, ne vous éloignez pas trop; j'aime assez à avoir tout mon inonde sous la main : je puis avoir besoin de vous... A propos! avez-vous uue campagne?..

REAL

Sire, j'en ai une à cinq lieues de Paris.

NAPOLLON.

C'est trop loin... on ne peut pas vous aller chercher à cinq lieues d'ici... Il faut que vous en achetiez une autre beaucoup plus rapprochée, et cela tout de suite... demain !..

REAL

Sire, il faut d'abord que je vende l'ancienne.

NAPOLÉON

Nous ne nous entendons pas, mon cher ; je ne vous dis pas de vendre votre maison, je vous dis au contraire d'en acheter une autre... On doit en trouver...

REAL

Sans doute ; ce ne sont pas les maisons de campagne à acheter qui manquent, ce sont les acheteurs...

NAPOLÉON

Le mot est nouveau!.. Allons!., allons!., après avoir travaillé avec moi comme vous l'avez fait aujourd'hui, vous avez besoin de repos, de distraction... (Allant à une table et écrivant.) Mais, je ne veux que vous alliez trop loin... Tenez! vous remettrez ceci au comte Estève ; ce sont des achetoirs...

(Il lui remet un papier.)

REAL

Sire...

NAPOLÉON

Je crois quej'aifaim... Eh! pardieu, j'y songe!., cet appétit remonte à la nuit dernière... J'ai voulu souper, à trois heures du matin ; mais, c'est qu'il le fallait absolument!.. Je demande à Roustan, mon poulet de réserve, mon en cas, ainsi que disait Louis XIV... Pas de poulet!.. Roustan a fini par avouer qu'il s'en était emparé ; il avait cru sans doute qu'il y avait prescription; j'étais en retard!.. Eh bien! M. Lenoir, comment vont les travaux de vos fabriques?..

LENOIR

Sire, c'est toujours la même activité...

NAPOLÉON

J'irai vous visiter un de ces jours... je veux voir vos ateliers en mouvement... Je suis sûr de trouver là quelques anciennes connaissances, quelques vieux soldats ; vous vous empressez de leur donner de l'ouvrage, et je vous en remercie.., M. Lei oir, vous honorez l'industrie, et, pour certains produits, la France vous doit d'avoir surpassé l'étranger...

LENOIR

Sire, il faut tâcher de vaincre ses ennemis de toutes les manières...

NAPOLÉON

Approchez, M. Lcnoir... (Bas.) si les évènemens, si des malheurs- imprévus jetaient le trouble ou la gêne <!;ins ces vastes opérations que nous dirigez, je veux, vous ëntémlez,je veux que vous vous adressiez à moi, comme à un ami!..

LENOIR. s'incinant.

Sire...

NAPOLÉON, à Mathieu, qui est à la porte d'entrée. Etbien?..

MATHIEU

Sire, plusieurs personnes attendent, pour en» trer, le bon plaisir de Votre Majesté...

NAPOLÉON

Qui est là?..

MATniEU.

Quelques officiers généraux... M. le duc de Bâville...

NAPOLÉON

Diable ! Une conquête sur le faubourg Saint- Germain !..

MATHIEU

M. Talma...

NAPOLÉON

Talma!.. faites entrer !.. C'est un roi; il ne doit pas attendre...

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