‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 801 sur 1577 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Les Mêmes, DURAND , LISETTE , Notables et Jeunes Filles.

CHŒUR

Air de t ouverture de Joconde.

Tout le village Vous rend hommage.

C'est la plus sage Qui r'çoit la fleur.

lisitte , velue en blanc.

Le sort le veut, je suis rosière, D'plaisir je sens battre mon coeur, De votre choix combien j' suis hère !

Pour ma vertu c'est trop d'honneur.

CHŒUR

Tout le village, etc.

JEAN LENOIR, au v paysans. Hein? estelle jolie ma femme , sous la cornette de l'innocence ?

rertr v\d. Eh ! la cornette ne lui va pas mal... mais elle n'a pas l'air de t'aimer beaucoup.

jean lenoir. Laisse donc... devant les autorites, une rosière est forcée de dissimuler... mais une fois qu'elle sera couronnée, tu verras comme elle m'aimera.

DURAND, aux paysans. Ah ça! mes amis, vous savez que c'est aujourd'hui le grand jour... Feu M. le comte de Bre-

LES INFIDÉLITÉS DE LISETTE

vannes , notre honoré seigneur , a laissé, en mourant , un legs aunuel de mille livres , payables sur les revenus du fief, pour servir de dot à la fille du village qui aurait donné les plus grandes preuves de vertu dans le courant de chaque année... \ après un mur examen , ma nièce Lisette, \ îci présente , a obtenu la préférence ; en conséquence elle sera proclamée rosière ce matin même , sur cette place , et en présence de tout le village.

TOUS. Vive Lisette !

JEAN LENOIR. Et ensuite nous partirons pour l'église , où mademoiselle Lisette deviendra Mme Lenoir avec l'autorisation de M. le bailli et la bénédiction de M. le curé. ( A Lisette. ) Dites donc , mamzelle, quel bonheur !... tenez, il me semble déjà vous voir dans notre petit ménage.

Air de Mme Grégoire.

Lorsqu'à mon comptoir, Vous vous plac'rez pimpante et fière,

La foule, chaqu' soir, Viendra voir la bell' cabar'tière ; Verse' de votre main,

L'vin Paraîtra divin ; N'vendriez-vous que d'ia piquette, Eu deux ans not' fortune s'rait faite, Car rViacun voudrait Boire à vot' cabaret.

LISETTE

Même air.

Moi, j'n'ai pas d'orgueil, Et e'sort-là n'a rien qui me plaise.

Dans votre fauteuil J's'r.ii moins à l'aise Que sur un' chaise.

Un mari qu'ait d'I'honneur, •

Et qu' j'aim' , voilà l'honneur.

Qu'import' qu'on habite un' chaumière ?

L'tout c'est d'êtr' bonne femme et bonn' mère, Mieux vaut l'homme qui plaît Qu'un brillant cabaret.

LE BAILLI. Mais , voilà la matinée qui s'avance , il est tems de penser aux préparatifs de la cérémonie 'car mon ancien

ami, !c curé d'Auxerre, à qui j'ai écrit de venir officier à la cérémonie nuptiale, ne peut tarder à arriver... allez prévenir tout le monde.

JE YM LENOIR. C'est ça. ( Bas h Durand.) Et vous , monsieur le bailli , pendant ce lems là, parlez à Lisette en ma faveur.

REPRISE DU CHŒUR

Tout le village, etc.

0oeeo9eoQOoeeaaeoe«eeo9fcg6€.-afc'egG3eesQ8O8oeg

sce^se m.

DURAjN'D, LISETTE.

r,\ r.'.m». Eli bien ! mon enfant, comme le voilà pensive !... est-ce que tu n'es pas enchantée de voir tout le village rendre

hommage à ta sagesse à ta vertu?

ir pour une jeune fille.

ï ISETTÉ. Oui, mon oncle, cependant je ne sa i i j m quoi., cet honneur que tant de jeunes filles envieraient me cause presque du chagrin à moi... car je ne peux obtenir la dot et la couronne qu'à la condition d'épouser M. Jean Lenoir ... et

j'aurais mieux aimé rester fille toute ma vie que d'être la femme d'un homme que je n aime pas.

dlrand. Y penses-tu ? le plus riche garçon du pays.

Lisette. Est-ce que j'ai jamais pensé à

être riche quand une fille est jeune et

gentille, elle a toujours le tems de le devenir au lieu qu'une fois enchaînée à

un mari , il ne lui est plus permis d'en aimer un autre.

durand. Oui-dà ! mamzelle , est-ce

que vous auriez commencé par là ?

Lisette. Oh ! non, mon oncle, je n'aime

personne seulement je sens que j'ai

besoin d'aimer quelqu'un... Quand je suis

seule, et que je consulte mon cœur j'ai

presqu 'envie de pleurer en pensant qu'il

n'appartient encore à personne il me

semble qu'il y a du vide autour de moi... et je ne serai toul-à-fait heureuse que quand ce cœur si vif et si tendre appartiendra à celui que je dois aimer toute ma vie..... car une fois que j'aimerai, ce sera pour la vie.

dukaad. Eh bien! que celui-là soit Jean Lenoir ou tout autre peu importe.

Lisette. Au contraire, mon oncle, c'est très4mporl toi quand on est à mon âge... et je me rappelle encore la chanson que ma grand'maman Micheline me chantait toujours pendant sa longue maladie.

dlua\d. Eh hitii. que disait la chanson de ta grand'mère?

LISETTE. Ecoutez, mon oncle, c'est elle qui parie.

Air : En revenant Je Baie en Suisse.

Cette rciiin i ne dé ro

Comm' toi, je l'obtins autrefois ,

ja m jomiens que ton grand-pere En s'crcl m'cuurlisait d'puLs sis mois.

Profitez, fillettes, De votre priutems,

Les jourf d'amourettes Durent si peu de teros.

Même Air.

Il faut aimer qui sait nous plaire ; Crois- en mes conseils, mon enfant, C'est comm' ça qu'a fait ma grand'mcre, Ma p'tit' ni!' peut en faire autant.

Profiter, fillettes, etc.

durand. Joli refrain, vraiment !.... ah ! si j'avais su cela!

DURAND. Vous voyez bien que dans son teins elle a été rosière aussi, et pourtant elle aimait en secret grand-papa depuis-

six mois. .

Lisette. Taisez-vous, mademoiselle, elle n'en était que plus coupable... D'ailleurs , elle n'était pas comme vous orpheline et à la charge de son oncle...-. Ainsi décidez-vous à être Mœe Jean Lenoir aujourd'hui même , ou à perdre ma bienveillance et à sortir de ma maison.

LISETTE. O ciel ! mon oncle et que

deviendrais-je sans vous ?

DURAND. C'est pour cela qu'il faut obéir, et vous apprêter à partir pour l'église aussitôt que la cérémonie du couronnement sera terminée.

LISETTE , pleurant. Epouser un homme qu'on déteste.... c'est pourtant bien désagréable \...(A part.)0 ma bonne mèregrand ! pourquoi n'êtes vous plus là., vous auriez pitié de mes larmes , vous !

(Elle va s'asseoir en pleurant sur le banc qui est devant la maison de Durand.

Page 1