‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 802 sur 1577 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, CYPRIEN.

CYPRIEN. // est vêtu simplement; habit et culotte foncées, les cheveux coupés en jeune séminariste. On m'a dit que c'était là la maison de M. le bailli , et que je le trouverais devant sa porte.... (Apercevant Durand. ) Justement, voilà une tète à perruque. . . ça doit être ça. (// le salue.) Monsieur Durand.

DURAND. C'est moi.

CYPRIEN. Enchanté de faire votre connaissance... Moi, je suis Cyprien... j'arrive par la patache.. vous me remettez, n'est-ce

pas?

DURAND. Pas précisément.

cyprien. Comment, vous ne reconnaissez pas le petit Cyprien d'Auxerre.... avec qui vous avez dîne chez M. le curé... c'©st moi qui servais.

durand. Ah! vous avez servi?

cyprien. Oui, je servais la messe quelque

fois quand il la disait ce qui, par

parenthèse, ne m'amusait pas trop... Mais que voulez-vous , ma tante qui est grosse marchande de toiles à Auxerre , et qui a jugé à propos de se faire dévote... depuis qu'elle est vieille... a cru qu'elle calmerait comme ça l'ardeur de mes passions... car elle me répétait toujours que j'avais la

tête ardente et les passions trop vives

Alors, moi, je me suis laissé faire, d'autant plus qu'elle me donnait pour ça des tartines de confiture , et que j'ai toujours eu un faible pour les sucreries.

DURAND. J'en suis fort aise... mais vous n'arrivez pas par la patache tout exprès pour ni'apprcndre cette nouvelle ?

cyprien. Ah! c'est vrai... je ne pensais plus à la lettre que j'ai à vous remettre. DURAND. Une lettre pour moi?

cyprien. Oui , parce qu'il faut que vous sachiez que ce bon curé m'a pris en affection depuis quelque tems... il m'a appris le latin , le grec , le ... enfin , un tas de choses dont je me serais bien passé...

Voilà donc que , ce matin , je m'apprêtais à partir pour Paris , où ma tante veut absolument me faire entrer comme novice dans le couvent des bénédictins... ce qui , entre nous , me semble absurde... car je ne suis pas plus fait pour être bénédictin

que vous pour être grenadier du roi

Bref , ma valise était prête , quand , il y a deux heures, M. le curé me fait venir au chevet de son lit , et me dit : Cyprien , » tu vas passer par le village de Brevannes » qui n'est qu'à trois lieues d'Auxerre. — » Oui, monsieur le curé. Remets pour moi » cette lettre au bailli de l'endroit. — Oui, » monsieur le curé. — Il y a une noce à » laquelle il t'invitera , sans doute. — Oui, » monsieur le curé. » A cette idée je l'ai embrassé , je suis monté sur-le-champ en patache avec le sacristain qui m'a conduit jusqu'à cette place , où je vous ai reconnu tout de suite à votre figure respectable et à votre belle perruque.

DURAND , prenant la lettre. Voyons donc ce qu'il m'écrit — ( Après avoir lu. ) Que vois-je? il m'annonce qu'il est retenu dans son lit par la goutte, et qu'il ne pourra venir, ce matin , marier ma nièce.

LISETTE, se levant. Il ne viendra pas... quel bonheur !

cyprien, /'apercevant. Oh! saperlotte!.

la jolie demoiselle !

(Il la salue d'un air galant, Lisette re'ponil à sor salut sans o er te retourner.)

DURAND. Me voilà bien.... quand loul était prêt... quand on n'attendait plus que lui... Allons, la cérémonie sera retardée.

LES INFIDELITES DE USETÏE.

CYPRIEN. Comment , il n'y aura pas de I

noces ?

LISETTE. Oli ! tant mieux !

CYPRIEN. Tant pis , au contraire.

DURAND. Rassurez- vous... Il me reste encore une heure environ... c'est tout ce qu'il me faut pour aller chercher le curé du village voisin , et l'amener ici en carriole.

CYPRIEN. C'est ça , en carriole.. . et, s'il le faut , pour que le repas arrive plus vite, c'est moi qui -jervirai la messe — vous verrez comme je ferai marcher ça !

DURAND, à Lisette. Toi , mon enfant , jusqu'à mon retour , tu tiendras compagnie à M. Cyprien.... tu causeras avec lui... tu le feras rafraîchir.

Cyprien. Ah ! voilà une bonne idée ; monsieur le bailli , vous êtes un bon enfant... Je l'aurais parié tout de suite, rien çu'en voyant votre figure vénérable et votre belle perruque.

DURAND, à Cyprien.

Air : Je reconnais ce militaire.

Adieu, mon ami, je vous quitte, Car j'ai bien peu de tcms, je croi, Mais au repas je vous invite.

CYPRIEN

Oh ! pour cela comptez sur moi.

{A part.)

Puisqu'on me voue au sacerdoce.

Il faut d'avance, en attendant, Me rattraper à cette noce De tous les jeûnes du couvent, {bis)

ENSEMBLE

Monsieur le bailli, partez ^ite, Car le tems vous presse, je croi, Et sachez que quand on m'invite, On peut toujours compter sur moi.

DURAND

Adieu, mon ami, je vous quitte, Car j'ai bien peu de tems, je croi, Mais au repas je vous invite, Et vous pourrez compter sur moi.

"^Çq>reW«»9W9eSttTftB8tt8SaO00ro0000000CO0000

Page 1