‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 854 sur 1577 · ANDRÉ, MARIE · texte numérisé non relu

ANDRÉ, MARIE

ANDRÉ

Quel bonheur!. . Je craignais que vous n'y fussiez pas.

MARIE

Le dimanche, toujours! les autres jours , c'est différent... je travaille pour gagner ma vie. C.:lui-là est consacré à Dieu, et puis...

ANDRÉ

A qui?

marie , baissant les yeux.

A ma mère !

ANDRÉ

Et moi , Marie , et moi?

MARIE

Vous ! vous êtes mon ami , mon maîlre! celui qui m'instruit, moi, pauvre Sa\oyjrde, si simple, si ignorante!...

ANDItÉ.

Et c'est cette heureuse ignorance, Marie, c'est cette ravissante candeur qui tne charme en vous.

Oh! non , je me connais L'en, je ne sais rien... rien du tout!... Et voilà ce qui me chagrine... ce qui me désole... malgré vos bonnes leçons, je ne fais pas de progrès.

ANDRÉ

Ah ! dam ! une leçon par semaine, c'est si peu !

MARIE

Oh! mais quand je suis seule, je repasse dans ma tète tout ce que rcus m'avez dit... ANDRÉ , avec joie.

Vrai?

marie , vivement.

Sur la leçon... car nous commençons toujours par causer beaucoup d'une foule de choses inu • nies, monsieur.

ANDItÉ.

Au contraire, chère Marie, parlons de...

MARIE

De la leçon, volontiers.

Air de la Pupille 'de I.abarrc).

De la patience!

El j'ai l'espérance Que mon ignoranro Bientôt cessera ;

la grâce nr: DIEU.

Oui , sans plus attendre,

Moi, je veux apprendre

El pouvoir comprendre

Ce qu'on m'écrira.

£b bien ! monsieur, dans quoi donc lirons-nous?

ANDRÉ

Dans ce papier que je tiens devant vous.

HABIB

Dans ce papier !... Ah ! que c'est amusant ! Je pourrai lire une lettre à présent ! ENSEMBLE.

HABIB*

Quoi ! je pourrai lire Ce qu'on va m'écrire!

Vraiment, je m'admire!

Ah! que c'est flatteur!...

Je ne saurais dire Ce que je désire; Mais mon cœur soupire Après ce bonheur.

ANDRÉ , à part.

Oui , le ciel m'inspire !...

Elle pourra lire Le brûlant délire Qui remplit mon cœur.

Ah ! comment lui dire Que je ne soupire , Que je ne respire Qu'après son bonheur !...

MARIE

Voyons, monsieur, (Ils vont s'asseoir tous deux au milieu du théâtre.) commençons, et soyez très sévère!

AN'dué, gravement.

Très sévère!

Pourquoi riez-vous?... c'est très sérieux! lisons. (Lpelant.) «C'est bien malgré moi que mon cœur se déclare. » (Parlé.) Est-ce ça?

ANDRÉ

Parfaitement !

MARIE

« Mais... depuis./, que... je vous connais... »

ANDRÉ

Très bien!

HABIB

« Depuis le jour... où je vous ai (Épelanl.) r-e-n, ren , rencontrée dans la montagne... » ( Parlé.) lîcin! comme je lis couramment! (Elle saute de joie sur sa chaise, et bat des mains.)

ANDRÉ

Comme un ange!

marie, lisant.

«Votre image adorée... » (Parlé , avec étonne— ment.) Pourquoi donc votre main tremble-t-elle ainsi?..,

andré, tremblant.

Mais... je ne sais...

HABIB

Tenez donc mieux ce papier! (Lisant.) « Wtrc image adorée ne me quitte plus!... je m'endors!.. je ('pelant. ) m , apostrophe e , accent aigu rat l'é, m'é... veille., je respire avec elle!...» (Parlé.) Tiens, c'est gentil, ça!... A qui donc est-ce adressé?...

ANDRÉ , vivement.

Continuez, continuez, et vous le saurez bientôt.

marie , lisant.

« Car c'est vous, Marie!... » (Parlé.) Ah! mop Dieu ! vElle se lève et elle écoute.)

ANDRÉ

Qu'avez-vous?

Marie, écoutant et indiquant la porte.

Ecoulez!... l'on monte l'escalier...

andré , a part.

Au diable l'importun !

HABIB

Si c'était Pierrot!

ANDnÉ.

Pierrot !... cyi'cst-ce que c'est que ça? HABIB , avec beaucoup d'embarras.

C'est Pierrot! c'est un pays!... qui ne sait pas... à qui je n'ai pas dit... Oh! qu'il ne vous voie pas!... cachez^ous , cachez-vous!...

ANDRÉ

Mais où donc?

marie , elle montre à gauche un cabinet. Là... dans ce cabinet...

ANDttÉ. à part.

Allons! cédons la place à M. Pierrot!...

(Il entre dans le cabinet à gauche qui se referme.) MARIE, parlant au cabinet.

Un moment... un seul, mon ami!... je vais le renvoyer bien vile... (Elle court ouvrir la porte du fond, et pousse un petit cri.) Ah!... ce n'est pas Pierrot!...

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