‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 887 sur 1577 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MARIE , puis CHONCHON.

MARIE

Cher Arthur, comme je l'aime !... Oh ! chaque jour davantage!... mais je ne le lui dis pas ; car je serais faible alors, pour résister à ses douces paroles!... Oh! ma mère! ma mère! pour le fuir, j'ai eu bien souvent recours à ce précieux talisman, que tu m'as donné !... Mais quel est ce bruit?

(On entend un grand bruit au dehors, et Chonchon paraît à la porte d'entrée, suivie de deux domestiques, auxquels elle donne deux soufflets dans la coulisse.)

CHONCHON

Tenez, voilà qui vous fera souvenir de mon nom!... Je m'appelle Ophélia, premier sujet du ballet de l'Opéra, et j'entre parlout, entendezvous ?

MARIE, courant à elle.

Chonchon !

CHONCHON

Marie ! (Elles s'embrassent *

MARIE

Que je suis heureuse de te revoir I

CIIOXCIION.

Et moi, donc !... Ne voulaient-ils pas m'empécber d'arriver jusqu'à toi ! (Aux valets.) Eh bien ! est-ce que vous attendez que je vous complète à chacun la paire? (Les valets se sauvent. ) Ah! comme tes gens sont mal éduqués , ma chère... (Elle cherche.) Comment l'appelles-lu a présent? HABIB.

A présent?... mais comme toujours!... Marie! tu le sais bien.

CHONCHON

Toujours Marie!... Oh! que c'est villageois et monotone 1 Mol . je me nomme Ophélia !.. c'est

LA GRACE D!<; DIEU

plus sonnant , et nous autres, a l'Opéra, nous aimons ce qui sonne.

HABIB

Mais, encfTet, comme te voilà changée I...

CHONCHON , très vile.

Oh ! ce n'est rien que ce que tu vois... J'ai des apparlcmens, des boudoirs, des salons, des antichambres ; j'ai quatre laquais, trois caméristes, un petit nègre et deux épagnculs...

marie:, riant.

En vérité!

cnoNcnoN.

Et Je ne reçois que des gens de très comme il faut !... Le matin, je collationnc avec des chevalier! , je déjeune avec des barons , je goûte avec des comtes, je dîne avec des marquis... et je soupe...

MARIE

Tu soupes?...

CHONCHON

Et je soupe toute seule, mademoiselle.

MARiE , naïvement.

Tu es heureuse, tant mieux !... Mais pour que ta fortune ait été si rapide à l'Opéra, il fallait que tu eusses de bien grandes dispositions pour la danse.

CHONCHON

Pour la danse?. . Oui, oui, j'avais toutes sortes de dispositions : c'est du moins ce que me disait un jeune hidalgo espagnol... avec qui j'ai eu quelques relations... diplomatiques, et qui m'a appris l'Espagnol.

MARIE

Tu parles l'Espagnol?

chonchon, avec volubilité.

Et un peu d'anglais, que m'a enseigné un autre jeune seigneur de ce pays, avec qui j'eusse aussi quelques relations... toujours diplomatiques... je comprends tout si facilement, moi, je suis organisée comme une vielle !... Quant au français, je compris qu'il ne fallait plus que je parlasse comme autrefois... c'était bon Jans nos montagnes !... Il me fallait un maître ; je le chercha, je le trouva, je l'arrêta, et maintenant, je parle... comme tu vois...

marie, avec bonté.

Quel que soit ton langage, ma bonne Chonchon, j'aurai toujours du plaisir à t'entendre.

CHONCHON

Tu n'es pas dégoûtée!. . A l'Opéra , on me trouve très spirituelle... tout le monde se met à rire, dés que j'ouvre la bouche.

MARIE

Je te crois.

CHONCHON

Ah ça, et toi... et toi? Sais-tu que te voilà logée comme la reintl De belles toilettes! une maison élégante !... Ah ! le petit marquis se ruine pour toi ! c'est bien, c'est très bien !..

HAHIE.

Le marquis !... mais je n'ai rien qui me vienno de lui... c'est de sa mère que je tiens tout cela... De sa mère qui consentira bientôt, peut-être, à me nommer sa fille.

CHONCHON, riant à gorge déployée.

Ah! ah! ah! sa mère!... sa mère!... ah I

qu'elle est amusante ! Ah ça , voyons , ma petite

Marie, sojons franches, et, pour commencer, je

vais te dire comment j'ai découvert ta demeure...

marie, naïvement.

En t'adressant à la marquise , ou à son fils.

CHONCHON

Allons donc! la marquise?... nous ne nous voyons pas !... elle est de trop petite noblesse!... et puis, elle m'aurait mise à la porte... Quant au fils, il avait disparu de l'Opéra, en même temps que la jolie Perle de Savoie avait disparu de sa petite chambre, au cinquième étage!... Je m'adressa donc à un jeune commis de II. de Sarlines, à qui j'ordonna de ne pas se présenter chez moi, sans qu il me procurât une liste générale des petites maisons de ces messieurs...

MARIE

Grand Dieu !... que veux-tu dire?...

CHONCHON

Le petit commis me l'apporta... Je posa tout de suite le doigt sur celle du marquis de Sivry... je m'écria : C'est là qu'est mon amie !... Je déjeuna !... je m'habilla... et me voilà !

Mais tu te trompes, Chonchon.

chonciion, la reprenant.

Ophélia!...

marie , très agitée.

Je te jure que le marquis... Ob ! mon Dieu !... est-ce qu'il m'aurait abusée à ce point ?... chonchon, à pari.

Ali ça, mais, est-ce qu'elle serait de bonne foi ?

MARIE, allant à sa toilette.

Oh ! je veux éclaircir ce mystère; je veux lui écrire à l'instant... à l'instant même.

CHONCHON

Soit, écris-lui; pendant ce temps-là, je vais visiter ton appartement... Ah ! et puis, tu me feras servir quelque chose... l'émotion, la juie de le revoir... ça m'a beaucoup creusée... j'ai l'estomac dans les jarrets. (Elle enlre à droite.)

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