ACTE IV, SCENE V
MARIE
Que me veut-on ?
LE DOMESTIQUE
M. !c marquis a ordonné de laisser entrer les pauvres gens qui se présenteraient.
MARIE
Un malheureux !... Tenez , donnez-lui ceci... (Mlle fouille dans sa bourse.)
LE DOMESTIQUE
Pardon , mademoiselle , mais comme j'ai cru reconnaître que celui-là était de la Savoie... marie, lui donnant la bourse.
De la Savoie !... tenez. . donnez-lui tout, alors.
LE DOMESTIQUE
Oh ! ce n'est pas l'aumône qu'il demande , il désire parler à M. le marquis, pour lui demander, m'a-t-il dit, des renseignement... sur une personne... une jeune fille , qu'il cherche depuis long-temps.
MARIE, vivement.
Pierrot!... ce doit être lui!... qu'il entre!... qu'il entre vile. (Le domestique sort.) Mon bon Pierrot!... oui, c'est lui que je chargerai de ma lettre... c'est lui qui m'aidera, s'il le faut, à fuir cette maison, si Arthur... On vient... je l'entends... (Elle va s'élancer vers la porte, et se trouve en face de son père, qui se présente le chapeau à la main et la tête humblement courbée. A part, d'une voix étouffée.) Ciel! mon... mon père... (Elle tombe dans un fauteuil.) Oh ! après ce que je viens d'ap prendre, je n'oserai jamais ! jamais lui dire !... LOUSTALOT, très bas.
Excusez un pauvre vieillard, ma belle dame... mais, un domestique qui a eu pitié de mes larmes, m'a dit, chez Mme la marquise, que c'était ici que je trouverais son fils... et je vous demande bien pardon de vous déranger.
MARIE, à part et vivement émue.
Mon père!... Oh! comme il semble accablé!... comme il a dû souffrir, mon Dieu!... La misère, peut-être...
LOUSTALOT
Vous êtes sa femme, sans doute?... Vous le prierez pour moi, n'est-ce pas? et Dieu vous bénira !...
marie , timidement.
Et... que venez-vous donc lui demander?
LOUSTALOT
Sa protection... son aide pour découvrir ma fille , car, moi , je suis seul à Paris... seul et bien pauvre...
MARIE
Pauvre!... Oh!... (Elle lui tend sa bourse.) Tenez . prenez...
LOUSTALOT
Oui , de l'argent !... car il en faut pour vivre à Paris... et j'y suis depuis si long-temps pour retrouver mon enfant... ( S'essuvant les yeux avec son mouchoir.) Ma petite Marie!... dont nous
n'avons pas reçu de nouvelles, depuis troismois !.. Oui , oui , pour ça, j'accepterai une aumône!... (Il lui baise la main.) Car, savez-vous ce qu'on dit au pays, madame?... (S'animanl. ) On dit qu'elle est déshonorée . la maîtresse d'un grand seigneur...
marie, à part.
Oh ciel 1
LOUSTALOT , s'animanl.
Et il faut que je la reconduise au pays toujours vertueuse, voyez-vous, comme je suis bien sûr qu'elle n'a pas cessé del'ètre; je veux la ramener avec ses pauvres habits de nos montagnes!... marie , regardant sa toilette.
Oh !... oh !... mon Dieu !...
LOUSTALOT
Pour prouver que l'argent quelle nous envoyait... ce n'était pas le fruit de sa honte... MARIE, vivement.
Oh ! non... non..
LOUSTALOT
Pour prouver que nous pouvions recevoir, sans roug'r, cet argent... qui a servi à soigner sa vieille mère!. . malade!...
marie, à part.
Malade !
LOUSTALOT
11 faut que je la ramène enfin , pour qu'elle la console, la pauvre femme!... s'il en est encore temps !... ou pour qu'elle pleure sur sa tombe, si nous venions trop tard!... (Il pleure.) marie , s'oubliant.
Grand Dieu!...
LOUSTALOT
Car, depuis huit jours, elle se meurt, ma bonne dame!... elle se meurt!...
MARIE, jetant un cri Elle se meurt... ma mère!...
lol'stalot, relevant la tête.
Oh ! ciel... celte voix !. . ces traits!...
MARIE, à genoux.
Oui, c'est moi, mon père... c'est Marie!... c'est votre enfant que vous cherchez...
LOUSTALOT , dont la colère s'accroît.
Marie! dans cette maison!... Marie couverte de bijoux!... Marie! ( Silwice. ) Ce n'est pas vrai!... vous mentez! vous n'êtes pas Marie!... vous n'êtes pas ma fille!...
MARIE
Mon père, écoutez-moi , je ne suis pas coupable...
LOUSTALOT , d'une voix tonnante.
Vous mentez, vous di<-je !.. Celle que je viens chercher dans Paris est un enfant bien pauvre !.. mais brave et honnête !... Vous n'êtes pas m fille!... ma fille .ne peut (tasse trouver dans l'hôtel d'un marquis... ma fille ne peut pas avoir de valets et un carrosse... ma fille ne peut pas faire 1 aumône à son aère !... (Il jette la bourse avec horreur.)