SCÈNE II
Les Mêmes, Moissonneurs, puis AZARIAS.
(Les jeunes filles rcmpl ssent de nouveau leurs cruches. Pendant ce temps, les moissonneurs arrivent et se rangent à droite. Plusieurs s'asseoient. Ils jettent leurs faucilles et paraissent accablés par la fatigue et la chaleur. — Les jeunes filles traversent la scène et leur donnent à boire. Rebecca a comme les autres empli sa cruche. Elle veut offrir à boire aux moissonneurs, mais elle ne peut soulever le vase et reste appuyée près du bassin de la fontaine.)
sbzanne, effrayée.
Rebecca... ma sœur... qu'as-tu donc?
Moi ?... rien...
Elle rassemble ses forces et va marcher, lorsqu'elle est arrêtée par l'arrivée d'Azarias, venant de la gauche et suivi d'un serviteur, qui porte une cassette.)
REBECCA
Azarias !
SUZANNE
Le père de Mi/.-él.
UN MOISSONNEUR
Salut à toi, sage Azarias, digne chef de la tribu de Benjamin.
AZARIAS
Je m'étonne de ne pas voir au milieu de vous mon (ils, Mizuël.
UN MOISSONNEUR
Mizaêla voulu guider ceux d'entre nous que Su as désignés pour aller abattre les cèdres du Liban, qui , transportés ensuite à Jérusalem , doivent servir à la construction du temple magnifique que notre roi Salomon élève à l'Eternel.
AZARIAS
Mizaél csl parti avant le jour et devrait être ici.
UN MOISSONNEUR
Veux-tu que nous allions presser son retour ?
AZARIAS
Non, mes amis... le labeur de celle journée sera pour vous assez pénible. Il faut que toutes vjs gerbes soient rentrées avant la nuit... mais dînant l'heure où le soleil embrase la plaine de «es plus chauds rayons, allez sous mu tente réparer vos forces. Par mus soins, un repas vous y a élë préparé... Allez, mes amis, j'irai bienlùt vous rejoindre.
(Les moissonneurs s'inclinent et sortent. Les femmes
de la tribu vont pour lc3 suivre; d'un geste, AzariaS
les arrête.)
AZARIAS
Demeurez toutes... je le veux.
SUZANNE
Vois donc comme son regard et son accent sont tout à coup devenus sévères.
AZARIAS
Si j'ai tout à l'heure éloigné ces hommes de la tribu, qui sont ou vos fiancés ou vos ficus, c'ett que je n'ai pas voulu 1rs forcer à rougir de leurs sœurs ou de leurs fiancées. C'est quej'ui dû savoir d'abord... si j'avais une imprudente à sauver ou une coupable à punir.
TOUTES
Une coupable!
AZARIAS
Noire tribu est pauvre, et le luxe des villes
n'était jamais entré sous nos tentes. Pourtant", ce
matin, et sous un amas de pierres que le hasard
m'a fait renverser, j'ai trouvé ce coffre d'ebéne.
rebecca, a part.
0 mon Dieu !
AZARIAS
Et dans ce coffre, un bracelet d'or et un collier de perles.
TOUTES
Un bracelet!... un collier!...
AZARIAS
IV'ul parmi nous n'est assez riche pour faire un pareil présent soit à sa fille, soit à sa sœur. Ce présent, caché d'ailleurs avec tant de soin, n'a pu être fait à l'une de vous que par un étranger. Il y a donc eu, je le répèle, imprudence, ou faute... Filles de Benjamin, à qui apparlienneat ce bracelet... ce collier ?
(A un gesîe d'Aîarias, le serviteur passe devant toutes les Je mes files en montrant le coffret ouvert cl en commençant par la ligne à droite. Arrivé à l'avant-scène, il traverse le théâtre et va droit à Rebecca, qui est en tète de la ligne à gauche, puis a Suzanne, et remonte ainsi jusqu'au fond.— Chaque jeune fille a fait, en regardant les bijoux, un geste négatif.)
rebecca, à part, regardant les bijoux.
Ah!...
AZARIAS
Vous vous taisez... Il y a donc parmi vous une coupable?... Mais la honte la retient peutêtre. Elle n'ose devant ses compagnes faire l'aveu qne je lui demande... Eh bien, qu'elle vienne seule sous ma tente. Si, arrivée sur le bord de l'abîme, elle peut encore être sauvée, elle trouvera en moi un prolecteur, un guide. Si elle a succombé, avtc la prière d'un vieillard, son repentir montera peut-être jusqu'à Dieu... Mais, si elle garde un lâche et obstiné silence, si elle laisse jusqu'à demain répandre sur ses sœurs une honte qui doit tout entière peser sur elle, alors, plus de pitié, alors pour elle l'anathème et l'exil... Au-