‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 941 sur 1577 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SUZANNE, MIZAEL.

SIZIN.NE.

Mizaël!... loi!... Ah! je savais iiien que lu viendrais.»

Suzanne! .. toi ici... dans celle affreuse solitude et dans ce désordre?... Pourquoi as-lu quitté mon père et noire tribu?

SUZANNE

Moi?... Je suis sortie de ma demeure pour aller à ta rencontre... Mais je l'ai bien parée pour te recevoir, mon Mizaél, mon bien-aimé ; n'y veux-tu pas rentrer avec moi ?

MIZAEL, s'apercevant de son délire.

Oh ! mon Dieu !

SUZANNE

Viens... viens donc...

(Elle va s'asseoir sur une pierre à gauche.— Mizaël la suit et se met à genoux près d'elle.)

MIZAEL.

Suzanne!... pauvre Suzanne!... le malheur avait usé ton énergie, et tu t'es trouvée sans force pour le bonheur... Dans son égarement, elle aura fui la tribu pendant la nuit ; mais Dieu l'a guidée de ce côté, pour qu'elle y rencontrât Mizaël.

SUZANNE

Pourquoi as-tu des larmes dans les yeux?... Vois, je ne pleure plus, moi... Tout à l'heure les saints lévites viendront nous prendre, et c'est au pied de l'autel que tu me donneras l'anneau consacré... Ecoute... (L'orchestre joue en sourdine le chœur qui précède les stances dans le tableau de la tente.) la cérémonie commence... A genoux, mon fiancé, à genoux, et prions Dieu de me faire cesser de vivre, le jour où tu cesseras de m'aimer. (Elle se lève, prend la main de Mizaël, l'amène au

milieu du théâtre, puis s'agenouille comme si elle

était au temple.)

MIZAEL.

Je subirai la cruelle épreuve que tu m'imposes, Seigneur; et toi, ma Suzanne, comme je t'aimais orpheline et pauvre, je l'aimerai folle et martyre... et pour gage de ma foi, reçois, ô ma fiancée, cet anneau qui nous unit à jamais et sur terre et dans le ciel.

SUZANNE

Oui... ton anneau!... Mais j'en ai déjà un.,, et c'est toi, n'est-ce pas, qui me l'as donné?...

MIZAEL.

Moi!

SUZANNE

Oui, c'est loi !... (Puis, comme se souvenant tout à coup.) Ah! je me souviens...

(Elle passe devant Mitaël.)

MI/ Al I .

Suzanne !

-i / VNNE.

Maudis-moi... chasse-moi... comme ils m'ont maudite... chassée...

MIZAEL.

Oue dis-tu ?

SUZANNE

Pour Suzanne, l'anathémc... le désert... la mort...

Encore cet affreux délire...

SUZANNE

Du délire !... Si lu me vois désespérée, c'est que la raison m'est revenue... Cet anneau, Mizaël, c'est la trace de ma flétrissure.

MIZAEL.

De la flétrissure !

SUZANNE

Oui... ta fiancée, Mizaël... n'est plus digne de toi.

MIZAEL.

Déshonorée !... toi ! oh!.. .L'auteur de ta honte, nomme-le-moi?

SUZANNE

Hélas!... je ne le connais pas. Tiens, prends cet anneau... prends aussi ce poignard... qu'il me frappe d'abord... puis après qu'il me venge... Tu hésites? A défaut de ton bras, Dieu m'otera celte vie, qui n'est plus qu'un opprobre... Mizaël !... Je ne t'entends plus, mon frère... pardonne-moi... venge-moi...

(Elle tombe sans connaissance aux pieds de Mizaël, au milieu de la scène.)

mizaël, hors de lui.

Suzanne!... Oh! elle n'est qu'évanouie... De l'eau... de l'eau... Ah! une source... (Il y court, l'eau de la fontaine ne coule plus.) Malheur !... ce vent qui dévore tout sur son passage, l'a tarie déjà. (A ce moment, le vent brise un arbre qui est à gauche et auquel était attaché le débris de tente. Des nuages de poussière et de sable, envahissent tout le fond de la scène, Mizaël revient à Suzanne.) Le simoun !... le simoun !... Ce sable brûle et meurtrit son visage... (Il la touche.) Oh ! elle est morte... morte!... Suzanne!... Ah! que ce sable brûlant nous ensevelisse tous les deux!"... Mourir!... mais le dernier cri deSuzannefutuncride vengeance... Suzanne veut que je vive jusqu'au jour où j'aurai trouvé, puni l'infâme... Oui... Cet anneau... ce poignard... (Se levant.) Seigneur, faites de moi l'instrument de votre justice... et toi, Suzanne, ange du ciel à présent... Guide mon bras et soutiens mon courage... [Il est euveloppé par les nuages de sable, et disparait. On l'entend crier : ) Adieu , Suzanne, adieu !

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