REBECCA, MANASSÈS
rebecca, a clle-nii'inc.
ISon, je ne me suis pas trompée... cet homme qui pénétrait furtivement dans ces jardins, c'était Manasses... et cet homme...
MANASSÈS, s'approchant.
Est prés île toi, Rebecca.
REBECCA
Te voilà donc enfin!... Oh! cette foi*, tu ne m'échapperas pas.
MANASSÈS
Point de cris, point de reproches, Rebecca... Un mot seulement... Ton enfant vit-il encore?...
REBECCA
Oui, j'ai du quitter ma tribu et cacher mon fils comme une honte... Mais à présent, tu nie tueras, Manasses, ou tu me diras quel est son père I...
MAÏfABSÉS.
Ou est cet enfant?
REBECCA
Dans un pauvre village distant de quelques heures de celte ville.
MANASSÈS
Bien.
REBECCA
Pour n'avoir pas tenté de me fuir ercore. . pour être, au contraire, venu à moi... tu avais In but... Quel est-il?...
MANASSÈS
Ta porte ou la fortune. Le secret que tu voulais surprendre, que tu brûles de savoir, ce secret, je vais te le dire.
REBECCA
Ah ! je le paierais de mon sang !...
MANASSÈS
Écoute-moi bien, Rebecca... Si je te fais riche, heureuse, puissante... te souviendras-tu de Manasses ?
Oh! je partagerai avec toi richesse, bonheur et puissance.
MANASSÈS
Je te crois, Rebecca... d'ailleurs, le jour où tu manquerais à ton serment...
REBECCA
Pas de vaincs menaces... Achève. Le père de mon enfant est donc , comme me l'ont dit mes rêves, un grand seigneur ?
MANASSÈS
Quels qu'aient été les ré\es, la réalité va les surpasser encore; quoi qu'ait pu souhaiter ton ambition , Rebecca , elle n'a jamais pu s'élever aussi haut.
REBECCA
Oh ! lu veux me rendre folle de joie et d'orgueil. Le père que tu vas rendre à mon fils... MANASSÈS.
C'est le roi !
REBECCA
Le roi !...
MANASSÈS
Chut!... Tu te souviens, toi, du passé... de ces esclaves nubiens, de ces ricins bijoux...
REBECCA
Et de ce palais somptueux ?... oui. Le roi!... Mais comment me présenter à lui?... Me croira t-il lorsque je lui dirai que je suis la mère de son fils?
MANA*-I Si
Il t'attend.
REBECCA
Lui?... le roi ? .
MANASSÈS
Dieu lui a commandé de faire chercher une pauvre jeune tille de la tribu de Benjamin. Salomon de\ra faire asseoir cette pauvre fille sur le trône de Judée et reconnaître son fils pour son successeur. Salomon s'est soumis à la divine srn-
LE TEMPLE DE SALOMON
lence et il m'a chargé de retrouver et de lui amener cette femme et cet enfant. Demain, je te présenterai au roi , demain, lu seras reine!
ÎIKBECCA-
Heine!... Oh! mais, connais-lu seul ce secret? Es-la seul chargé de retrouver la jeune femme ?
HARASSÉS
El pourquoi ?
REBECCA
C'est qu'une autre femme, née dans la même tribu, a les mêmes droits que moi.
HARASSÉS
Oui .. Suzanne, perdue comme moi, Suzanne, qui est mère aussi , Suzanne , qui, douce et résignée , a mis son espoir dans ce Dieu qui l'a prise en pitié et qui lui réservait peul-èlre celte brillante destinée que tu m'offres.
HARASSES
Suzanne a quitté sa tribu, nul ne connaît la retraite qu'elle s'est choisie.
KEBECCA.
On assure qu'elle se cache aux environs de Jérusalem.
HARASSES
Si prés de nous?... Tu as raison, elle pourrait
REBECCA
Après avoirfait briller un pareil avenir à mes yeux, tu ne me rejetteras pas dans mon obscure misère... Oh! si j'étais Mariasses...
Bl A NASSES.
Que l'erais-tu ?
11EBECCA.
Je ne sais... mais, comme la haine, l'ambition est implacable... Si, comme toi, j'étais placé par la falalilé entre deux femmes tyant toutes deux le même droit... mais, si l'une de ces deux femmes me promettait la richesse et la puissance, alors je n'hésiterais plu*.. .Cette femme se présenterait seule devant Salomon... celte femme seule pourrait lui dire : « Roi, vous voyez devant vous » ceux que vous avez fait chercher... Roi, voilà » votre femme : voilà votre fils ! »
HARASSÉS
Eh bien ! va donc chercher ton enfant, et reviens demain au palais!... Tu y seras seulede la tribu de Benjamin.
REBECCA
Seule!...
HARASSES, à part.
Cette nuit, j'aurai retrouvé Suzanne.
REBECCA
A demain, Manassés!
HARASSÉS
A demain, reine d'Israël !
(Manassés sort à droite, Rebecca à gauche.)
s'opposer à l'accomplissement de notre projet. eg8«<g«£Sg®g@@8g8SgS3®8@®8®®®®«®@®®©®@88®®8®8®8®888®®® DEUXIEME TABLEAU. — Les deux Mères.
L'intérieur d'une cabane pauvrement meublée. — Cette cabane^st coupée en deux parties: celle de droite est la plus grande. — Une porte au fond ouvre sur la campagne. — Près de cette porte une grande fenêtre fermée seulement par quelques planches mal jointes. — A gauche de cette chambre, un pilier ; derrière ce pilier, un berceau recouvert d'un burnous. — A droite, et près de la cloison séparant les deux chambres, un lit grossier; au delà, la porte conduisant dans la petite chambre à droite. — Dans celle-ci, une natte jetée au fond et une table sur laquelle est posée une lampe allumée.