LA COU : I
J'ai fait prendre des informations...
walton, bas à Wilfrid.
Eh bien, ta ruse...
wilfrid, bas à Walton.
Attends donc. (A la Comtesse. ) Et vous avez appris...
LA COMTESSE
Que la famille de Clancare était beaucoup plus connue que je ne pensais.
WILFRID
Ah! ah! ( A part. ) Peut-être plus que je ne voulais.
LA COMTESSE
On m'assurait d'abord que le dernier marquis de Clancare était mort sans enfant.
wilfrid, riant.
Ah! c'est plaisant... ( A Walton. ) Dis donc, ton père qui est mort sans enfant.
walton, bas à Wilfrid.
Oui, applaudis-toi.
LA COMTESSE
Mais d'autres personnes m'ont dit qu'il était possible...
WILFRTD.
Gomment, possible!... Ah! j'y suis ! ( A Walton. C'est ta campagne d'Amérique. (A la Comtesse. ) Je vais vous expliquer cela, madame la comtesse. ( A Walton. ) Écoute ton histoire. {A la Comtesse. ) Le jeune Leslie de Clancare , je le dis devant lui, a eu des torts. ( A Walton. ) Tu as eu des torts. [A la Comtesse. ) Une tête de vingt ans, un cœur ardent, les idées nouvelles, le prestige de la gloire, le nom de Washington... Il s'embarqua, se couvrit de lauriers ; mais son père, inflexible sur les principes, le déshérita, et ne voulut jamais qu'on prononçât en sa préence le nom de son fils. Voila ce qui a pu faire dire.... Mais vous le voyez aujourd'hui désabusé de ces illusions , et absous de ses erreurs par la bénédiction d'un père dont il a fermé les yeux. (A Wolton.) Ton mouchoir donc!...
LUCY
Pauvre jeune hom me !
WILFRID
Ah! oui, ma sœur, c'est là le seul héritage qu'il ait pu recueillir.
LA COMTESSE
Nous réparerons ces injustices du sort. Dans ces temps malheureux, c'est un devoir pour nous autres de nous prêter un mutuel appui; d'ail— leurs je connais votre amour pour ma nièce; je suis qu'elle n'y est pas insensible : plus franche que vous, marquis, elle m'a ouvert son cœur. Je m'abstiendrai des reproches que mérite votre dissimulation avec nous ; votre position fait passer par-dessus bien des convenances, et, malgré la rigueur de l'étiquette, je crois devoir céder à la nécessité, et me décider sur-le-champ. Je consens à votre union avec ma nièce.
EUe lui présente la main de Lucy.
WALTON
Vous consentez !-...
WILFRID
Prends donc, marquis, prends donc cette main... Bien, couvrc-l.i de baisera... Kh bien, tu n'as rien à dire à ta fiancée? Qu'est détenu ton esprit ?
LA COSTRS8B.
\ oulez-vous qu'il s'abandonne à des transport» bourgeois? Quel bon ton! quelle grâce dans ce désordre, dans ce silence!
WALTON
Madame... Lucy... Je ne mérite pas...
WILFRID
Laisse donc là ton mérite, et parlons raison.
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Les Mêmes, AUBREY, s' avançant avec embarras.
WILFRID
Entrez, monsieur Aubrey, entrez, vous n'êtes pas de trop ; nous avons besoin d'un témoin. Monsieur Aubrey, homme discret, honnête, nous en servira.
AUBREY
Pour un duel ?
WILFRID
Non. Pour un mariage.
AUBREY
Très-volontiers, messieurs. ( A part. ) Un mariage ! il faudra des tulles et des broderies.
LA COMTESSE
Est-ce que monsieur serait aussi une des nobles victimes?...
AUBREY
Non, madame, je n'ai pas cet honneur ; je suis tout bonnement Josias Aubrey, commis-voyageur de Manchester.
WILFRID
Le notaire va venir; je lui ai remis les titres ; le contrat sera tout dressé, {à la Comtesse ) comme nous en étions convenus ; il n'y manque que les noms et la dot.
walton, à Wilfrid, bas.
Wilfrid !
Oui, la dot. Dame, mon cher, c'est une humiliation qu'il faut subir; mademoiselle subit bien celle de s'unir à plus noble qu'elle. Vous comprenez sans peine que, mariés ce matin, il faut avoir quitté l'Irlande ce soir même. La nécessité de mettre des valets dans la confidence nous expose, lui surtout, aux plus grands dangers. L'é— tat-major d'un régiment anglais est logé dans le village. Bref, le mariage célébré, nous nous séparons...
LUCY
Comment?
WILFRID
Pour trois ou quatre heures seulement. Le ré-" gisseur des propriétés belges de madame la comtesse a rcu des ordres ■ il l'attend a sa terre, près
d'Oudenarde. Madame de Kilbrin et madame la marquise de Clancare vont s'embarquer directement à Cork : des dames n'ont rien à craindre dans une capitale. Toi, qui as tout à redouter, tu prends avec moi par les chemins de traverse, et tu rejoins ces dames. En attendant, nous allons déjeuner ; et M. Aubrey nous montrera ses riches et légers tissus.
LA COMTESSE
C'est juste; il nous faut un voile. Wilfrid pense à tout. ( A part. ) Jeune homme charmant ! c'est dommage qu'il ne soit qu'à demi noble.
WILFRID
Et sans doute, je pense à tout. {Montrant Aubrey. ) J'ai fait venir monsieur au château précisément pour cela. ( A part. ) Et pour lui gagner quelques guinées.
walton, bas à Lucy.
Mademoiselle, il faut absolument que je vous parle.
lucy, bas.
A moi?
walton, bas.
Mais... seule. Daignez m'accorder cet entretien.
lucy, bas.
Attendez-moi, je reviens.
wilfrid, pendant qu Aubrey s'éloigne avec la Comtesse, et Walton avec Lucy , à part. J'en suis venu à bout : j'avais bien raison de compter sur les préjugés de la tante et sur la faiblesse du cher ami. Lui donner les biens de ma famille, c'est à coup sûr rentrer dans ma propriété. {Il court après Walton, qui donne la main à Lucy, et dit en les séparant.) Ah! tu n'es pas encore marié !
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