W VI TON
\ lions, lu es fou.
NEWGATE
WILFRID
C'est toi qui es fou, avec tes scrupules. Des scrupules ! crois-moi , défais-toi de ce bagage incommode, si tu veux parvenir.
W ALTON
Mais enfin, ce moyen serait-il donc le seul pour obtenir la main de Lucy? Penses-tu que mon amour pour ta sœur, et les sentimens que, j'ose le dire, elle a pour moi, ne parviendraient pas à toucher ta tante?
WILFRID
Oui, va ingénument déclarer à la comtesse de Kilbrin que monsieur Walton , fils d'un pauvre artisan de Londres, fait à la fille du noble baron, son frère, l'honneur de solliciter sa main... Et je veux être perdu de réputation, si dans une demiheure on ne t'a pas mis à la porte du château.
W ALTON
Mais considère un peu la ruse que tu me proposes, et les conséquences qu'elle entraîne.
WILFRID
Eh bien, la ruse, la voici; elle est bien inno* cente : changer de nom. Qu'est-ce qu'un nom, quand il n'appartient à personne? un assemblage de syllabes insignifiantes , une propriété nationale. Si je te disais : Sois un Oxford, un Essex, un Mansfield , un grand homme , ce serait une folie ; mais non , je te fais marquis de Clancare, voilà tout; le grand nom dans les fastes de la monarchie! le dernier rejeton de cette famille, connue à peine dans un coin de l'Irlande, est mort en France; le peu de biens qu'il possédait est changé de nature; il n'en reste qu'une liasse de papiers et de titres que j'enrageais d'avoir sauvée des flammes, sans prévoir qu'un jour elle me serait aussi utile. Le château de Clancare est entièrement brûlé, à l'exception d'une tourelle qui sert de colombier au percepteur du canton. Qu'est-ce que tu voles en ramassant ce nom? rien; ou tout au plus, s'il t'arrivait d'aller à Clancare, le salut d'un vieux paysan qui se souviendrait de son seigneur.
walton.
Eh bien, ce salut me ferait rougir.
WILFRII).
Et pour prix de ta ruse , tu épouses une femme charmante, dont la dot est considérable.
Il s'agit bien de la dot !
WILFRID
Tu acquiers une vieille tante qui va L'adorer, et te laisser son héritage.
WALTON
Que m'importe?
WILFRID
Ce n'est pas là ce que tu ambitionnes, je le sais: enfin, une dernière considération, à l'exception de Lucy, la famille de Kilbrin n'a pas d'héritiers.
WALTON
Mais toi ?
WILFRID
Moi!... Ah! oui, sans doute, si nous avions
vécu en Turquie , si mon père avait pu épouser deux femmes, je serais héritier de la baronnie; mais comme dans les royaumes unis de la Grande- Bretagne, tu le sais, la polygamie... je n'ai rien à prétendre. Dans mon intérêt donc, puisque tu m'en parles, il est important que le mari de ma sœur me veuille du bien, car je dépends eniièrement d'elle et de lui; c'est pour cela (pie je t'ai distingué au premier coup d'oeil ; je me suis dit : Nous avons servi ensemble; Walton se souviendra de son ami; il n'oubliera pas que, surr-ris sans congé dans sa famille, poursuivi comme dé<serteur, coupable aux yeux de la loi, il doit à l'asile que, sous le nom de Ilowart, il a trouvé dans ce château, la sûreté de sa personne, et le bonheur d'avoir su gagner le cœur de Lucy. Wallon, songe à l'état de ma fortu::e : j'ai dissipé le peu que j'avais, il ne tient qu'à toi de réparer les désordres de ma jeunesse; me refuseras-tu ton appui ?
wàlt'ôn.
Ce motif est le seul qui fhé ferait balancer encore...
wn.FHiP.
Eh bien, il n'est plus question d'hériter : la comtesse sait tout.
W ALTON
Quoi! tout! Tu lui as dit que jetais déserteur ?
WILFRID
Non. Mais depuis huit jours lu es pour elle le marquis de Clancare, jacobite rei :
séquent en péril; par eenséqwe* i in-
téressante, dont elle se fait un devoir de réparer la noble infortune.
WALTON
Tu as osé sans mon consentement...
WILFRIO.
Faire ton bonheur : voyez le grand crime! JMais voici la Comtesse elle-même; elle va te confirmer ce que j'avance.
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SCÈ.NK VTIT.
Les Mêmes, LA COBflffiSSÊ, l ICY.
wii.irid.
Venez, madame , venez rassurer mon ami j i! est si timide, si modeste, qu'il n'os paroles; je ne puis lui persuader que vous exaucez ses vœux, que l'aimable Lucj est a lui,
WALTON
Lucy est a moi !
LA COMTESSE
Un moment, messieurs, un moment.
WILFRID
Hein!
LA I
Vous ne m'avie/ pas tout dit. Wilfrïd.