SCENE PREMIERE
A VICOMTESSE, (l'abord seule ^ ensuite EUGENE.
f..\ VICOMTESSE , à plusieurs domestiques . Allez , et n'oubliez rien de ce que j'ai dit. . . Ij'ennuyeuse chose qu'une soirée pour une maîtresse de maison qui est seule ; à peine ai-je eu le tems d'achever ma toilette, et si cet excellent Eugène ne m'avait aidée dans mes invitations et mes préparatifs, je
ne sais comment je m'en serais tirée
mais il avait promis d'être ici le premier.
Uiv DOMESTIQUE, annonçant. M. Eugène d'Hervilly.
LA VICOMTESSE , saluant. Monsieur...
^HGt^ï.., lui rendant son s alut.M.diàdiU\Q... (Le domestique sort.)
L\ VICOMTESSE , changeant de manières.
Ah ! vous voilà... {Se coiffant d'une main et donnant Vautre à baiser.) Vous êtes charmant et d'une exactitude qui ferait honneur à un algcbriste ; c'est beau pour un poète.
EUGÈNE. Il y a des circonstances où r exactitude n'est pas une vertu bien surpicnante.
LA VICOMTESSE, Vrai?... tant mieux...
Ma toilette est-elle de votre goût ?
EUGÈNE. Charmante!
LA VICOMTESSE. Flatteur !... Recounaissez-vous cette robe ?
EUGÈNE. Cette robe?...
LA VICOMTESSE. Oublieux!... c'est celle que j'avais la première fois que je vous vis...
EUGÈNE. Ah! oui, chez...
([1 ch-rche.)
LA VICOMTESSE , aoec impatience. Chez
jy|mc Amédce de Vais il n'y a que les
femmes pour avoir ce genre de inéinoire. . . ce devrait être le beau jour, le grand jour de votre existence... Vous rappelez-vous celte dame qui ne nous a pas quittes des yeux ?
KiJGÈNK.Oui, madame de Camps... cotte prude... dont on heuite toujours le pied»
et qui , lorsqu'on lui fait des excuses , fait semblant de ne pas comprendre, et répond : Oui , nonsieur , pour la première contredanse.
LA VICOMTESSE. A propos , je l'ai vnc depuis que vous m'avez quittée , et je' li'.c suis disputée avec elle , oh ! mais dispnlée à m'enrouer.
EUGÈNE. Ah! bon Dieu! et sur quoi donc?
LA VICOMTESSE. Sur la littérature.....
Vous savez que je ne parle plus que lidératme... c'est vraiment à me compromettre... C'est votre faute cependant... Si vou me rendiez en amour ce que je risque pou vous , au moins . . .
EUGÈNE, Comment? est-ce que je n vous aimerais pas comme vous voulez êtr aimée ?
LA VICOMTESSE. Il le demande!
Quand j'ai vu un poète s'occuper de moi , j'ai été enchantée ; je me suis dit : Oh ! je vais trouver mie ame ardente, une tête passionnée, des émotions nouvelles et profondes. Pas du tout , vous m'avez aimée
comme aurait fait mi agent de change
Voulez-vous me dire où vous prenez ccm scènes de feu qui vous ont fait réussir au théâtre? car, vous avez beau dire , c'est là qu'est le succès de vos pièces , et non dans l'historique , les mœurs , la couleur locale que sais-je moi? Oh! je vous eu
veux mortellement de m'avoir trompée...
et de rire encore.
EUGÈNE . Ecoutez. . , moi aussi, madame, j'ai cherché partout cet amour délirant dont vous parlez moi aussi je l'ai demandé à toutes les femmes,.. Dix fois j'ai été sur le point de l'obtenir d'elles... mais pour les unes je ne faisais pas assez bien le nœud de ma cravate ; pour les auti'es , je sautais trop en dansant et pas assez en valsant,., une dernière allait m'aimer à l'adoration, lorsqu'elle s'est aperçue que je ne dansais pas le galop... bref, il m'a toujours échappé au moment où je croyai être sûr de l'avoir inspiré... C'est le rév I de l'ame tant qu'elle est jeune et naivc .. » ! Tout le monde a fait ce rêve
s-cvanouir lentement ; j'ai commencé ainsi que les autres , et fini comme eux ; j'ai accepté de la vie ce qu'elle donne , et l'ai tenue quitte de ce qu'elle promet ; j'ai usé cinq ou six ans à chercher cet amour idéal au milieu de notre société élégante et rieuse , et j'ai terminé ma recherche par le mot impossible.
LA VICOMTESSE. Impossible ! Voyez
comme aime Antony... voilà comme j'aurais voulu être aimée..
EUGÈNE. Oh I c'est autre chose ; prenez-y garde , madame ; un jmiour comme celui d'Antony vous tuerait du moment où vous ne le tiouveriez pas ridicule ; vous n'êtes pas , comme madame d'Hervey, une femme au teint pâle , au yeux tristes , à la bouche
sévère Votre teint est rosé, vos yeux
sont pétillans , votre bouche est rieuse... de violentes passions détruiraient tout cela, et ce serait dommage ; vous , bâtie de fleurs et de gaze , vous voulez aimer et être aimée d'amour ; ali ! prenez-y garde , madame !
LA VICOMTESSE. Mais VOUS m'effrayez!. ..
u fait, peut-êti e cela vaut-il mieux comme ela est.
EUGÈNE , aoec gaîlé. Eh ! sans doute ; vous commandez une robe , vous me dites que vous m'aimez, vous allez au bal , vous revenez avec la migraine ; le tems se passe, votre cœur reste libre , votre tête est folle ; et, si vous avez à vous plaindre d'une chose, c'est de ce que la vie est si courte et les jours si longs.
LA VICOMTESSE. Silence, fou que vous êtes, voilà du monde qui nous arrive.
LE DOMESTIQUE. M""^ de Camps.
LA VICOMTESSE. Votre antipathie.
EUGÈNE. Jel'avoue... méchante et prude.
LA VICOMTESSE. Chut! {A M"^^ de
Camps. ) Ah I venez doue...