LA VICOMTESSE, MADAME DE CAMPS, EUGENE
MADAME DE CAMPS. J'arrive de bonne heure , chère Marie ; il est si embarrassant pour une veuve de se présenter seule au milieu d'un bal ; on sent tous les regards Be fixer sur soi.
LA VICOMTESSE. Mais il me semble que c'est lin malheur que moins que tout autre vous devez craindre.
MADAME DR CAMPS. Vous me flattez , est<« que TOUS m'en voulez encore de notre
petite querelle littéraire?.... {A Eugène.) C'est vous qui la rendez romantique , monsiem- ; c'est un péché duquel vous répondrez au jour du jugement dernier.
EUGÈNE. Je ne sais trop, madame, par quelle influence je pourrais...
MADAME DE CAMPS . Oh ! ni moi non plus , mais le fait est qu'elle ne dit plus un mol de médecine , et que Bicliat , Broussais , Gall et M. Dclaunay sont complétemenl abandonnés pour Shakespeare , Schiller , Goethe et ^ous.
LA VICOMTESSE. Mais , méchante que
vous êtes, vous feriez croire à des choses. . .
MADAME DE CAMPS. Oh ! ce n'est qu'une
plaisanterie... Et qui aurons-nous à noti'e
belle soirée?... tout Paris?...
LA VICOMTESSE. D'abord puis nos
amis habituels , quelques présentations de jeunes gens qui dansent ; c'est précieux , l'espèce en devient de jour en jour plus
rare Ah! Adèle d'Hervey , qui rentre
dans le monde.
MADAME DE CAMPS. Oui, qu'elle a quitté sous prétexte de mauvaise santé, depuis trois mois, depuis son départ , depuis sou aventure dans une auberge... que sais-je moi!... Comment, chère Marie, vous recevez cette femme ?... Eh bien ! vous avez tort . . vous ne savez donc pas ?. . .
LA VICOMTESSE. Je sais qu'on dit mill;' choses dont pas une n'est vraie pc-ut-êlre. . Mais Adèle est une ancienne aniio à moi. MVDAME DE CAMPS. Oh! ce n'est point
non plus un reproche que je vous fais
vous êtes si bonne , vous n'aurez vu dans cette invitation qu'un moyen de la réliabiliter ; mais ce serait à elle à comptendre qu'elle est déplacée dans un certain monde, et , si elle ne le comprend pas , ce serait charité que de le lui faire sentir. Si son aventure n'avait pas fait tant d'éclat encore.... Mais pourquoi sa sœur se presset-elle de dire qu'elle est partie pour rejoindre son mari , puis , quelques jours après , on la voit revenir ? M. Antony , absent avec elle , revient en même tems
qu'elle Vous l'avez sans doute invite
aussi M. Antony?
LA VICOMTESSE. Certes !
MADAME DE CAMPS. Je Serai enchantée de le voir M. Antony ; j'aime beaucoup les problèmes.
L\ VICOMTESSE. Comment?
MADAME DE CAMPS. Sans doute ; n'est- ce
point un problème vivant au milieu
de la société qu'un homme riche , dont on ne connaît ni la famille ni l'état? Quanta moi , je ne connais qu'un métier qui dispense d'un état et d'une famille
ANTON r.
EUGÈNE. Ah ! madame !
MADAME DE CAMPS. Sansdoute ! rien n'est dramatique comme le mystérieux au théâtre ou dans un roman... niais dans le monde !
LE DOMESTIQUE , annonçant. Monsiemle baron de Marsanne , monsieur Frédéric de Lussan , monsieur Darcey.
{Puis quelques autres personnes qu'on ne nomme
LA VICOMTESSE, M»- DE CAMPS, EUGÈNE, FRÉDÉRIC, le Baron de