‹ [Magasin théâtralChapitre 1080 sur 1545 · SCENE PKEMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PKEMIERE

M™» VALLERAY, DESILLES.

]\]iiip Valleray arrivi' du jardin , D(silles la suit. M"** VALLERAY.

Eh bien 1 monsieur Dcsilles, vous lu; conliiuicz pas votre promenade ?

DESILLES

Puisque vous avez interrompu ia vôtre.

M"* VALLERAY.

Vous n'allez pas rejoindre mon mari?

Je craindrais de déranger Valleray dans sa coirespondance. Mais vraiment, madame, je commence à me croire indiscret en prolongeant une conversation qui n'est un plaisir que pour moi seul.

.AIAC.ASl.N TIIEATH \l.

M""' VALLEli.W.

Je VOUS demande parrion, je la trouve fori |>iluante, et la nouveauté de vos théories suffirait pour me divertir : je ne dis pas pour me plaire.

DESILLES

Qu'ont-ellcs pourtant de si étrange? Je répèle, après beaucoup d'autres, que celte sympathie mutuelle, dont on fait tant de bruit dans les livres, n'existe guère dans le monde, et que c'est tout simplement un concours de circonstances favoraliles qui fait naître et qui développe nos seniiniens. «En quelque lieu que vous fussiez, mon » coeur eût volé au-devant du vôtre!» Propos d'amans qui s'abusent! L'habitude de se voir, la facilité de se rencontrer, l'occasion enfin les a rais en rapport, et comme ils n'avaient rien qui les éloignât l'un de l'autre, ils se sont crus nés l'un pour l'autre. Voilà l'histoire de presque toutes les sympathies. Aussi, selon moi, madame, les plus habiles en amour sont ceux qui savent dominer les circonstances et ménager les occasions. Le grand art de réussir, c'est la patience. M"* valleray.

Vous appartenez, je le vois .. à celte école de moralistes qui affectent de ne pas croire à la sagesse des femmes.

DESII.I.ES.

Pardonnez-moi, j'y crois... comme à celli; des hommes. Je crois aux représailles légitimes et aux circonstances.

M""" VALLERAY.

Toujours les circonstances!

DESILLES

Toujours.

m"^ vallékay.

C'est aussi faire une trop belle part à ces hommes riches et oisifs qui, comme vous, n'ont d'autre soin que de se rendre aimables. 11 est tel d'entre eux dont l'idée fixe est de nous tendre des f>iéges et de méditer notre perte.

DESILLES

Ah! plutôt me perdre moi-même.

m"'* VALLERAY.

Monsieur!

DESILLES

Kxcusez <;e cri de révolte contre une supposition.

M""» VALLERAY,

Il suffit : laissons cela.

DESILI.es.

Quels sonl, pour ce matin, vos projets et vos ordres, madame ?

J'altemis M. Fermont, le nouveau maire dn Scnlis. Il a promis de venir rendre compte à mon mari des chances de sa candidature.

DESILLES

J'espère bien que; ce cher Valleray sera nommé Ceux des élccli;urs que j'ai vii.s m'ont assuri- d<! leurs bonnes dispositions.

M""' VAI.LERAY.

Mon mari vous .s:mra gré de ces drnianhfs : elles pioiivciit toute Mille aiiiilié pour lui

df.sili.es.

Il ne fallait pas moins que ce molif pour me priver si long-temps du plaisir de vous voir. Invité par Valleray à passer la belle saison dans cette maison de campagne, après un séjour de quelques semaines seulement, j'ai perdu près d'un mois, adroite et à gauche, en courses et en visites, mais toujours occupé de vous, madame, toujours et partout publiant votre éloge. Enfin, depuis hier au soir, me voilà de retour près de vous : il me semble que je respire l'air natal. Je vous ai retrouvés les mêmes : vous toujours belle; lui toujours bon camarade. Seulement j'ai été f'-appé d'un changement survenu pendant mon absence : n'ai-je pas aperçu tout-à-l'heure, sur la pelouse du parc...

M™e valleray.

Une petite fille.

DESILLES

Qui parait avoir deux ans à peine.

M™« VALLERAY.

Comment la trouvez-vous?

Fort jolie, autant que j'ai pu distinguer.

M™'^ VALLERAY.

N'est-ce pas? Comme elle est gracieuse ! quels traits fins et délicats! et si caressante ! si douce!

DESILLES

Mais quelle est-elle? et comment se trouvct-elle ici ?

M™e VALLERAY.

Ah! voilà justement ce que vous ne saurez qu'un peu plus lard : c'est un grand myslen- , un vrai roman. Peut-être M. Fermont pourra-t-il in'aider à l'éclaircir. Jusque là il faudra que vous preniez la peine d'enchaîner votre curiosité en exerçant cette haute faculté que vous estimez tant , la patience.

DESILLES

Ah! madame, je crois que pour ne pas vous déplaire , je deviendrais capable de toute» les vertus.

M""* VALLERAY.

Je n'ai pas la prétention de faire des miracles. Mais rassurez-vous , l'épreuve ne sera pas longue.

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