‹ [Magasin théâtralChapitre 1081 sur 1545 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M"" VAI.LKRAY, DESILLES, PUOSPEU.

l'RosPEn.

Madame, M. le maire sera ici dans un instant : je l'ai rencontré en revenant de la ville.

DESILLES

Et iu as pris l'avance?

PROSPER

Oh! j'ai de bonnes jambes! la poste est jalouse de moi. Il n'est paseiicore «lix heures, et j'appoile à monsieur ses journaux et ses letirrs

LES SUITES D'UNE FAUTE

DESILLES

Voilà un garçon bien alerte et bien joyeux I je l'avais laissé si maussade 1

PROSPER

Olil monsieur, c'est qu'alors il y avait ici la vieille Marguerite, la femme de chambre de madame; elle était d'une humeur... toujours après moi! Enfin, il y a deux jours, madame a pris pitié de mes tribulations et lui a donné son compte Depuis que je n'ai plus sa mine refroguée devant les yeux, j'ai comme un poids de moins , et je respire plus à mon aise.

DESILLES

Tu la détestais dune bien?

PROSPER

Oui, monsieur, d'instinct.

Est-ce qu'elle voulait l'épouser?

PROSPER

J'en ai eu l'idée.

M"« VALLERAV.

Prosper, ne laites pas attendre mon mari.

PROSPER

Voici M. Tcrmont.

Il sort par la porte à gauche.

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SCENl-: lU.

DESILLES, Mme VALLERAY, FERMONT.

FERMONT

Madame, j'ai l'honneur... votre serviteur, monsieur Desilles. Je vous fais compliment, madame, vous habitez une charmante propriété. Je viens d'admirer le parc avec les yeux jaloux d'un voisin, et le chemin vicinal avec la complaisance d'un maire. Nouvellement établi à Senlis, j'ai reçu plusieurs visites de votre mari, sans avoir pu vous vendre encore mes devoirs. Aurez-vous la bonté <le m'excuser ?

M'"^ VALLERAY.

Permettez-moi de vous traiter en ami. M. Valleray est déjà une de vos anciennes connaissances.

J'ai surveillé son éducation à Bordeaux, pendant les fréquens voyages d'un de ses parens, négociant comme moi, mais plus actif, plus aventureux. Ce cher Adrien ! je riais alors de ses escapades. Plus tard, je l'ai revu dans la même ville, et je crois qu'alors il était marie.

M""* VALLERAY.

Oui, monsieur. Il y a près de trois ans, il me quitta pour aller à Bordeaux recueillir une faible part de l'héritage de cet oncle qu'il avait à peine connu: car Adrien, orphelin en bas âge, n'a jamais su ce que c'était qu'une famille.

FERMONT

Aussi a-t-il fait son chemin tout seul. Dans i-eltc carrière de l'industrie, où tout le monde '•l.erclic la fortune , il n cherché d'abord les

moyens de se rendre utile. Ses efforts ont été appréciés, et maintenant, grâce à un heureux mariage, à un nom honorable et à un caractère in • dépendant, le voilà, tout jeune encore, sur le point d'être élu député.

DESILLES

Ses concurrens sont, je crois, peu redoutables.

FERMO.NT

Par leur mérite, oui; mais par leurs intrigues... L'un a promis, s'il était nommé , de nous faire obtenir une nouvelle route; l'autre parle d'une cour royale; et Adrien, qu' a-t-il promis?

DESILLES

De travailler au bonheur public. L'intérêtde la France vaut bien celui d'une localité.

La localité n'est pas de votre avis : elle tient compte du bien qu'on lui fait. Moi, par exemple, nouveau venu dans ce pays, je me suis acquis une sorte de popularité en cédant à la ville quelques toises de terrain dont je n'avais que faire. Je veux profiter de ma position pour servir Adrien, et, quoique je ne sois pas orateur, je prendrai la parole pour rappeler tous ses litres. Que nepuisje, madame, en faire valoir un qui, pour bien des gens, serait une garantie de plus! Un père de famille, disent-ils, est attaché à son pays par un double lien : homme politique, il veut que son œuvre lui survive; législateur, il s'occupe du présent, les yeux fixés sur l'avenir.

M™* VALLERAY.

Hélas, monsieur Fermont, le bonheur dont vous parlez, celui de se voir revivre dans ses enfans, est le seul que depuis six ans le ciel ne nous ait pas accordé. Mais il semble que le hasard ou plutôt la volonté humaine ait pris soin de nous dédommager.

FElîMOXT

Conimenl cela ?

»"'« VALLERAY.

C'est le récit que je vous ai promis, monsieur Desilles. Voici cequi nous est arr'wc. {A Fermont.) Comme premier magistrat de la ville, monsieur, vous obtiendrez peut-être des renseignemens qui jetteront quelque jour sur celte aventure. Il y a trois semaines, nous étions seuls , mon mari et moi : monsieur venait de nous quitter; nous dirigeâmes notre promenade du soir vers la charmille qui esl à l'extrémité du parc. Le temps était beau, l'air pur; assis sur un banc de verdure, nous regardâmes long-temps le soleil descendre derrière les maisons de la ville, et tandis que nous causions sans suile elvagucmenl, comme l'on fait quand on se sent heureux , la nuit nous surprit à la même place. Alors je me levai pour aller, suivant l'usage, fermer la grille qui donne sur la petite avenue : à peine avais-je fait quelques pas que tout-à-coup un faible cri m'arrêta ; je prêtai l'orei'.le , un nouveau en se lit entendre; il partait d'un bosquet voisin. Je passai derrière la charmille, et l.i, sur le gazon, à la. dernière clarté du jour, j'aperçus une pe-

>ia(;asi]V tmkathal.

tue fillf! qui promenait autour d'elle de grands yeux effrayes. Je la pris dans mes bras et j'appelai mon mari, qui fui bien étonne de cette rencontre. Nous nous avançâmes dans l'avenue pour découvrir les personnes à qui appartenait cette enfant ; nous ne vîmes rien; nous appelâmes, on ne répondit pas. Nous reprimes alors l'allée du parc; l'enfant pleurant toujours, et moi la tenant embrassée : combien je la trouvais jolie I nous ne pouvions nous lasser de la re^garder. Elle passa la nuit à mes côtés. Le lendemain Adrien fit des démarches aux environs pour retrouver quelque trace de cet événement; pendant ce temps la pauvre petite s'éiait habituée à moi : elle ne pleurait plus, elle me souriait, et nous étions devenus les meilleuis amis du monde. Lorsque mon mari icnira, il n'avait rien découvert, et je lui sautai au cou, car j'étais bien contente!

FKRMONT.

Et depuis ce t«mps-là il ne vous est parvenu auru«e nouvelle?

M™*' VALLEHAK.

Aucune.

Et vous n'avez pas trouvé le moindre indice?

M™" VALLEUAY.

Non, monsieur. Les vétemens étaient simples, sans annoncer la misère ; du reste, point de bijoux, de chiffres, de marques particulières.

DESILLES

Je reconnais dans voire conduite, madame, la généreuse vivacité de vos impressions. Mais quoi? sans savoir seulement à quelle famille s'adressent vos bontés, vous voudriez...

M"* VALLEUAY.

Si je découvre les parens d'Amélie (je l'ai appelée Amélie, comme moi), si je les découvre, et que ce soienl des malheureux que la misère ail réduits à cetie extrénvié, je viendrai à leur secours, ei je leur rendrai leur enfant, car je sens bien, hélas î quel doit être le chagrin d'une mère !

FERMONT

Prenez garde: plus vous tarderez à vous séparer d'elle, plus le sacrifice sera pénible.

DESILLES

Sans compter que souvent de pareils soins sont payés d'ingralilude.

M"" VALLERAY.

Vdtis voyez toujours le mauvais côté des choses, monsieur besilles. A vous entendre, il n'existerait dans le monde aucun sciiiiment louable, aucune vertu .

Je rends hommage aux vôtres , madame , en admirant celle grâce parfaile qui en double le prix.

M'"'' V,\LLEr.AV.

Continuez, monsieur, mon mari \iciil pour vous entendre.

SCtNE 1\.

DESILLES, M"* VALLERAY, VALLEUAY, FEKMONT.

VALLERAV, « part en cnticiiii.

Qui m'expliquera cette lettre? (1/ aperçoit U\ autres personnages et s'arrête tout-n-coup. ) lU sont encore ici !

FERHONT.

Eh! mon cher Adrien, arrivez donc; on a bien do la peine à vous voir et à vous serrer la main.

VALLERAY.

Mille pardons... des lettres pressées qu'il m'a fallu lire...

FERHONT.

C'est bien , c'est bien; vous en teniez une en entrant. Ne vous excusez pas avec moi; c'était bon quand vous me regardiez comnie un Menlor. Aujourd'hui, vous n'êtes que mon administré, cl je suis persuadé que vous me voyez toujours avec plaisir.

VALLERAY.

Toujours.

Eh! mais vous me paraissez un peu changé... ce front pâle, ces traits altérés...

M"* VALLERAY.

En effet Serais-tu souffrant, mon ami?

VALLERAY.

Moi! point du tout.

DESILLES

C'est peut-être un peu de travail forcé.

VALLERAY.

Pas autre chose. Monsieur Ferment rcstera-t-il à déjeuner avec nous?

FER.M()NT

Impossible! j'allais partir. Voici bientôt l'heuride l'assemblée préparatoire, et je dois ouvrir la séance par une espèce d'improvisation qu'il me faut le temps d'imaginer. Ne manquez pas de venir m'y rejoindre. Si je vous quille, mes chers amis, c'est encore pour m'occuper de vos intérêts.

VALLERAY.

Voulez-vous abréger votre chemin? raa femme va vous conduire jusqu'à la grille de la petite avenue.

FERMONT, à ^"no f^alleraij.

N'est-ce pas le théâtre de l'avenlure que vous me Contiez tout-à-l'heure 7

M"'" VALLERAY.

.lu s te m en t.

J'en suis cn('or(! louché, et celte pauvre pi-iiic ni'inlércsse déjà beaucoup.

VALLERAY.

C'est une charmante enfant, duDt nous somme» ions enchantés. Si vous pouviez dérouvrir sa famille.. .

FERMONT

.l'y Iciai mes efl'orts. Ne puis-je la voir?

LES SUITES » UJNE FAUTE

M™8 VALLERAY.

Nous entrerons, en passant , chez la femme du jardinier. Je suis forcée de la laisser là jusqu'à ce que je me sois procuré une nouvelle femme de cbambre.

FERMONT

Adieu monsieur Desilles. Au revoir, mon cher Adrien. ( Bas. ) Je vous félicite , vous avez une femme excellente, et, entre nous, elle serait toutà-fait digne d'être mère de famille. Adieu. BESiLLES, à part, tandis que Valleray reconduit Fermant.

Voilà donc pourquoi je l'ai retrouvée toute préoccupée... une affection presque maternelle... de nouveaux soins... c'est un obstacle de plus... mais avec le temps et l'envie de réussir...

Mme Yalleray et Ferment sortent par la gauclie.

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