‹ [Magasin théâtralChapitre 109 sur 1545 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

DANIEL, BERTHOL.

DANIEL. Tu as déjà quitté ce pavillon ?

BERTHOL. Oui, et j'ai maintenant un projet.

DANIEL. Est-ce que tu veux te rallier aux Espagnols?

BERTHOL. Non pas , mais au prince Guillaume.

DANIEL. Eh ! pourquoi?

BERTHOL. Parce que je viens d'apprendre ici qu'un prisonnier échappé de la prison de Flessingue possède un secret qui doit faire la fortune de celui qui pourra le révéler au prince. . . Il vient de le confier par écrit à une jeune fille qui devra, s'il meurt au combat, en profiter... {Onentend le canon.) Le canon... La guerre s'engage... Guillaume deviendra victorieux, Daniel... il faut que ce secret lui soit révélé par nous; la jeune fille et le prisonnier fugitif sont ici, entre nos mains.

DANIEL. Arrivés depuis peu ?

BERTHOL. Non, ce sont les deux personnages qui sont venus loger ici cette nuit.

DANIEL. Eux!... mois je viens de les rencontrer près des avant-postes, Tom, mon garçon d'auberge, était avec eux.

BERTHOL. C'est impossible, ils ne sont pas sortis encore.

DANIEL. Cette maison a une issue sur la route.

BERTHOL. Tu dis qu'ils sont partis ?

DANIEL. Regarde! [Bcrthol monte rapidement à la porte, l'ouvre et entre dans la chambre. Daniel le voyant reparaître.) Eh bien ?

BERTHOL Personne!,.. {Il redescend.) Oh! malédiction et malheur!... Je ne sais quel démon caché semble , depuis cinq ans, jouer contre moi et me gagner toujours... Adieu, Daniel.

DANIEL, le retenant. Que vas-tu faire ? BERTHOL. Reprendre seul mon chemin dans la vie.

DANIEL. Seul, quand tu viens de rencontrer Daniel!

BERTHOL. Je ne veux plus lui donner sa part de ma destinée misérable.

DANIEL. Et je veux, moi, te donner moitié de la mienne.

BERTHOL. Je ne veux plus rien, DANIEL. Sache d'abord qu'en quittant cette maison, j'emporte vingt ducas.

BERTHOL, se retournant au fond. Vingt ducats!...

DANIEL. Oui, c'est le fruit de mes .épargnes.

BERTHOL, s' avançant sur Daniel. Ah I... tu as vingt ducats!...

DANIEL, reculant avec un peu d'épouvante. Oui... partageons... mais en frères... Tiens, voici ta part. . . Descendons h la ville; mon projet pour m'enrichir est de m'établir avec quelques pièces d'or, d'acheter, pour peu de chose, des armes aux pillards, et de les vendre bien cher aux honnêtes patriotes.

BERTHOL. Ce serait un moyen sûr de tripler tes ducats,

DANIEL, Donnons-nous rendez-vous dang le marché Saint-Paul; je vais partir le premier; quand tu viendras me rejoindre, mon commerce sera déjà commencé, et nous le continuerons ensemble. Moins ambitieuse, Berthol, la chance est moins douteuse.

Ils montent la scène ensemble.

BERTHOL, Va, Daniel, et demain, au marché Saint-Paul.

DANIEL, près de la porte. A la bonne heure donc; il n'y a jamais rien de perdu quand on attend tout du hasard,

BERTHOL. C'est vrai.

DANIEL, Mais qui vient sur la route 2

BERTHOL. Quelqu'un?..,

DANTi L. C'est Tom !

BERTIIOL. TOII) !

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Les Mêmes, TOM.

TOM, entrant pâle, en désordre. Ah! c'est vous, Ddiiicl?

DANIEL. Qu'as- tu! tu es blessé?

TOM. Non !

DAMEL. D'où viens-tu ?

TOM. De la bataille.

DANIEL. Assieds-toi.... Tu es tout tremblant.

TOtM, assis. Oui !

DANIEL. Qu'as-t» fait de ton arquebuse ?

TOM. Mou arquebuse... {Regardant autour de lui.) Je ne sais... je l'ai perdue.

DANIEL, à part. C'est fâcheux... Je la Jui aurais prise.

TOM. (Jorame nous avancions sur la route, déjà le bruit rai)proché du canon me serrait le cœur, l'ispect de la citadelle enflammée paraissait mes force;-... quand tout à coup des Espagnols poursuivis arrivent jusqu'à nous... le feu les atteint encore... le combat se rengage, les balles siflîent à nos oreilles, la fumée nous enveloppe, et le vieillard qui était avec nous tombe frappé d'une balle dans la tête.

BERTHOL. Et la jeune fdle qui accompagnait cet homme?

TOM. Je ne sais ce qu'elle est devenue, ma vue s'est obscurcie, et je ne me souviens plus de ce qui s'est passé; je n'ai retrouvé mes sens qu'en apercevant cette auherge. Et maintenant que ma raison me revient tout entière, je ne tremble plus de peur ; mais je pleure de désespoir en m'arrachant les cheveux, car je sens bien que je suis un lâche. BERTIIOL. Et tu ne sais rien de la fille de ce vieillard ?

TOM. Eh ! non ! puisque je l'ai lâchement abaïKlonnée.

BERTHOL. Morte peut-être ?

TOM , avec desespoir. Oui , peut-être mortel... Omon Dieu !je suis un misérable. {Fmillaitc au dehors.) Enlendez-vous la mousqiielerie qui tue nos frères?... {Serelcvaut.) Mais non, je ne suis pas un lâche, car je ne puis entendre ainsi dans l'inaction la grande ville qui gémit et qui pleure... ]Non,je veux retourner au combat. La première impression de la guerre m'a fait bien mal, mais elle ne m'a paralysé que pour une heure. .. et mon cœur vient de. se raffecmir... je pars.

DAMEL. Tu n'as plus d'armes...

TO.M. Je ramasserai celle d'un mort.

DANIEL. Et tu vas revenir épouvanté.

TOM. Non, car alors ce serait pour mourir de honte; j'aime mieux risquer de me faire tuer là-bas.

11 s'échappe.

DANIEL, à lîerthol. Adieu, Berthol; à demain, au marché Saint- Paul.

BERTHOL. C'est dit, à demain.

DANIEL. A demain!

Daniel sort.

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