SCENE VIII
Mn>e VALLERAY, VALLERAY.
M™" VALLERAY.
Enfin, nous voilà seuls, mon ami : j'ai cru que je ne pourrais jamais me débarrasser de cette visite. J'ai une confidence à te faire.
VAI.LERAY.
Moi aussi, Amélie.
M'oe VALLERAY.
Une confidence importante?
VALLERAY.
Peut-être... tu en jugeras... et la tienne?
W^' VALLERAY.
Ohl la mienne, je ne voudrais pas qu'elle (di prise par toi trop sérieusement.
VALLERAY.
Si nous allions nous rencontrer...
LES SUITES D'UNE FAUTE
M">e VALIERA-Ï.
Je ne crois pas, mon ami.
VALLERAY.
Parle.
n'^^ VALLERAY.
Non, toi d'abord... je t'écoute.
VALLERAY, à part.
Oh! je ne pourrai jamais.
M'ES VALLERAY.
Ce que j'ai à te confier est si nouveau pour moi que, malgré ton amour, je me sens embarrassée. Voyons ce grand secret, je t'en prie, je le veux... de quoi s'agit-il? de ton bonheur, n'estce pas ?
VALLERAY.
Oh! je n'accepterais jamais un sacrifice qui te coûterait un regret.
M>ne VALLERAY.
Est-ce qu'il y a du mérite à plaire à ceux qu'on aime? C'est de l'égoïsme tout pur, ton bonheur me revient par moitié. Veux-tu que je devine?
VALLERAY.
Comment le pourrais-tu? m'as-tu laissé quelque chose à désirer?
Mine VALLERAY.
N'importe ! Y a-t-il long-temps, mon ami ?
VALLERAY.
Quelques jours seulement.
Quelques jours? qu'est-il donc arrivé? aide-moi un peu .
VALLERAY.
Du moins, c'est un désir ancien qu'une circonstance imprévue a réveillé.
M^e VALLERAY.
Ahî des projets d'avenir pour...
VALLERAY.
Amélie !
M"^ VALLERAY.
Je sais, mon ami , je sais ; oui, je veux bien. Cette enfant , n'est-ce pas? moi aussi, j'y avais songé.
VALLERAY.
Toi! tu pourrais l'aimer!
M™fi VALLERAY.
Une pauvre petite orpheline qui serait morte de faim et de froid si nous ne l'avions recueillie. Voilà donc pourquoi je prenais plaisir à l'embrasser : c'était un pressentiment, c'était encore une pensée partagée entre nous. Bon Adrien!
VALLERAY.
Amélie, pourquoi ces larmes?
M"e VALLERAY.
Ce n'est rien, un souvenir, un regret... il y a des femmes qui sont bien heureuses ! Moi , je me consolerai de n'être pas mère en appelant cette enfant ma fille, en l'aimant comme la mienne... nous n'avons pas de famille, pas de parens , il faut bien que nous laissions un jour notre fortune à quelqu'un. Élevée par nous, elle n'aimera que nous... oui, j'y consens, et je te remercie d'y avoir pensé.
VALLERAY, à part.
Oh 1 que je suis coupable !
M"^ VALLERAY.
Mon ami?
VALLERAY.
Encore une fois, tu es sûre de toi? tu es sûre de pouvoir l'aimer, répète-le-moi.
M"^* VALLERAY.
Je l'aime déjà. Pendant ton absence, si tu me quittes, cette enfant sera ma seule distraction, je n'en aurai pas d'autre... de nouvelles amitiés, je n'en veux pas former, et les plus anciennes ne sont pas toujours sincères.
VALLERAY.
Que veux-tu dire?
M"e VALLERAY.
Il y a ici quelqu'un que je ne dois plus voir, quelqu'un qui est ton ami.
VALLERAY.
Desilles!
M">« VALLERAY.
J'ai hésité long-temps avant de me résoudre à cet aveu; mais mon trouble tantôt ne t'avait pas échappé, il eût fallu chercher des prétextes, des mensonges... une confiance absolue n'est-elle pas entre nous le premier des devoirs?
VALLERAY.
Eh bien! Desilles?
yme VAtlERAY.
Pas de colère surtout.
VALLERAY.
Parle, parle.
M^e VALLERAY.
Je n'ai rien à me reprocher, je te le jure; j'ai beau chercher dans ma conduite passée , rien , mais rien, pas un mot, pas un regard n'a pu lui faire penser que mon cœur se détacherait de toi; je le recevais bien, sans défiance, avec plaisir, parce que tu l'aimes, voilà tout... tu me crois, n'est-ce pas?
VALLERAY.
Oui, oui, achève.
M™e VALLERAY.
Hier, pour la première fois, il m'a tenu des discours qui m'ont semblé étranges , et que je l'ai prié d'interrompre. Je ne t'ai rien dit, parce que je croyais avoir mal compris... je n'accusais que la légèreté de ses principes , et je pensais qu'il suffisait à moi d'être en garde contre eux , à lui de voir que je ne les partageais pas. Cependant cette conversation m'avait laissé une impression pénible, une crainte dont je ne pouvais me défendre, et j'avais résolu de ne plus me trouver seule avec lui. Aussi, ce matin, quand tu as refusé de nous accompagner, je voulais rester, tu te le rappelles: j'ai cédé, et ce qui n'était qu'un soupçon est devenu une certitude.
Il aurait osé !
M™e VALLERAY.
Il s'est expliqué ; aux premiers mots, je me suis sentie rougir, il a cru voir dans mon trouble et
peut-être dans mon silerce... j'étais muette et tremblante, il a cru voir l'hésitation d'une femme qui va devenir coupable, un dernier combat, que sais-je raoi ? et il m'a dit qu'il m'aimait... oh! alors, l'indignation m'a rendu la parole; je lui ai ordonné de se taire, et je suis revenue ici, tout émue, chercher un refuge auprès de toi.
fj; VALtEKAYl
Oh ! c'est infâme : se jouer ainsi des nœuds les plus saints! outrager celle à qui j'ai donné mon nom, mon amour, toute ma vie!... Ah! que mon ressentiment long-temps contenu déborde enfin et retombe sur lui. ' "^'' * '*''
,, ,,|,me TALLERAT. "'■ "'
Modère-toi... Ah! mon Dieu I voilà ce que j'aurais dû craindre, de la colore, de l'emportement; je suis une folle do t'avoir dit cela. Pourquoi tant d'émotion? Je n'en ai plus, moi qui suis la plus offenséer vois , sa présomption me fait rire, et sa honte doit le punir assez. • ' *' "■•' '' valleraT^-'
Amélie I
Oh! si tu me soupçonnais, si j'avais été légère ou coquette, je concevrais un transport de jalousie, tar moi-même, si je me voyais tratiié; jé-onois que j'en mourrais. - i . i ' • • > • ■ : '■
VALLEH«V.-.= tia ll'.l ;ii il-
Oh! tais-toi, tais-toi.
M™e VALLERAY.
Tu as raison, pourquoi prévoir de tels malheurs, nous si saintement unis! ici, rien de sérieux, tous les avantages sontde ton côté, c'est ta femme elle-même qui le repousse, qui le congédie-, que te faut-il de plusî Veuxi-tuque je me charge aussi de-lui déclarer.. .î- vTC'in •;. I .! i.^i- da .-
VALtBRAY.
Non, ce soin me regarde.
M™e YAttERAY.
Mon ami...
• VALLEftAY. ;
Ne crains rien, je lui ferai sentir que sa présence ici est désormais impossible.
m"'" VALLERAY.
Mais sans éclat, sans emportement. D'ailleurs ses torts sont si cvidens qu'il n'aura rien à répondre: un peu de calmeet de prudence, monsieur; vous ne ferez pas moins pour ma demande que je n'ai fait pour la vôtre.
VALLERAY
Oui, je te le promets.
Et m6î, je Vaisécrireà M. Fcrmontde se rendre ici: il ne suffit pas que nous adoptions cet enfant, il doit y avoir des formalités à remplir; nous lui ferons part de no» projets, et il nous donnera ses conseils... je serai bien heureuse; toi, tu souffres peut-être? celui qui te trompe, tu l'aimais?
VALLERAY.
Ahl je voudrais que le sacrifice fût plusgrand, et j'achèterais ton bonheur au prix de ma vie.
M"* VALLERAY.
Adieu: souviens-toi de ta promesse; tu parles de sacrifices, celui de tes ressentimens est le seul quej'cxigc. Adieu, adieu. ■
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