MESSALA, ANNIUS
MESSALA
J'ai de la haine autant que toi, jeune homme. Pour ce soldat bourreau, si formidable à Uonie : Mais toi, qui vas ainsi sans peur des assassins. Dis-moi quel est ton but et quels sont tes desseins. Hier, chezie vieux Titus, cœur pur, àmesans tache, Qu'un long passé de gloire aux Marins attache, On te représentait comme un ambitieux Aspirant aux grandeurs et les couvant des yeux. Ami, pendant trente ans je vécus chez ton père. Je vous aimais tous deux et vous m'aimiez.— J'es-
[ père Que tu me feras part, j'ai droit de l'exiger. De ce que tu poursuis derrière le danger.
ANNIUS
Que me demandes-lu? — Je n'en sais rien moi-
[mème.
Sombre, avec les élans d'une douleur suprême, I orsque Us passions s'éteignent à mou flanc. Je ne sens plus en moi qu'un orgueil insolent. Je ne suis plus ému des rires de l'alcôve. Et les fureurs d'agir sillonnent mon front chauve : Et je sens tous les jours, par un transport nouveau. Les exaltations me monter au cerveau.
Oublieux <lu falerne et des joueurs de flûte. J'aspire a dominer une éclatante lutte, A remplir le rorum de débats irritants. Pour faire quelque chose et pour passer le temps. Demain vienne la paix, le front ceint de verveines. Dans un bain parfumé je m'ouvrirai les veines: A moins (inc, par hasard, rêvant de grandsexploits, Je n'aille balayer cinq cent mille Gaulois. Oui. j as|iire à tenter les grandeurs souveraines; D'autres sont (lus heureux de mangerdes murènes.
J,R VIEUX CONSUL
D'invontor une i?aucp, un assaisonnement : Mais, hélas! c'est pitié!... je ne suis pas gourmand.
MESSALA, à part.
0 tristesse! douleurs de la pensée humaine! Voilà donc les transports où votre excès emmène! Quoi! des faveurs des dieux à peine satisfait, Tu n'as rien ici-bas qui t'attire?
ANWIUS.
Si fait.
En vain mon cœur flétri s'enveloppe de glace, Les choses de la terre y gardent une place. Kn vain je vais crachant ma haine et mon dédain Sur les dieux, sur moi-même et sur le genre hu-
[main, Je conserve en mon cieur une image de femme : ('iiastc fleur au milieu des fanges de mon âme, C'est un amour profond et plein de volupté; Car, s'il faut te le dire, elle m'a résisté. C'est un but, c'est un rêve, une pensée à suivre, Et, pour quelques moments, une raison de vivre.
MESSALA
Prends bien garde! Titus n'ignore plus cela.
ANNIUS
Que m'importe?
MESSALA
Mais si Marins...
ANNIUS
Le voilà.
Un peu mieux entouré qu'aux marais de Minturne, il sort tout triomphant du temple de Saturne, lîicn. N'a-t-il rien à dire à son compétiteur?
Lppidus précède Marius. La foule reparaît nombreuse et s'agite autour des triliunes. Tous les amis d'Annius se rapprochent de lui. Rlarius , entouré de ses vieux légionnaires, le front pâle, la démarche mal assurée, l'ceil éteint, descend au Forum et s'arrête en face d'Annius.
VWW.^VWWWVVWVVVWWV'WV'WVWWWWVW'VVWVVWVXVVVWV