SCÈNE II
LAVINIA, seule.
Seule I déjà l'effroi m'attire en ses replis.
Mon cœur s'en va, la peur me parle... et je pâlis.
Elle s'assied , demeure quoique temps rêveuse et reprend lenleiuent.
On m'a dit que parfois d'étranges créatures, .\ux chiens sanglants d'ilécalc apportant leurs
[ pâtures,
Vont égorger dans l'ombre un enfant orphelin Au milieu des tombeaux, sur le mon Esquilin. Oh! fussé-je, au milieu de ces spectres livides Qui se posent la nuit sur les tombes avides, Fussé-je tout rouge au feu de leurs trépieds, Dans l'herbe où le serpent vient ramper sous nos
[pieds, Cela, dieux immortels! serait bien peu de chose En face des dangers où cette nuit m'expose. Déesse au front d'argent, pâle divinité Qui veilles au forêts comme à la chasteté, Diane, si les feux de mon âme agitée Contre un espoir chéri ne t'ont pas irritée. Si ton heureux autel ne m'est pas étranger, • Déesse au front d'argent, garde-moi du danger: Ou plutôt, si tes yeux penchés sur notre terre Ont aimé dans les bois un chasseur solitaire; Si tes soupirs, mêlés au vent de la forêt, En ont gardé longtemps le pudique secret; Si, désertant des cieux le radieux domaine. Tu jetas un sourire à cette forme humaine. Déesse que j'implore avec tant de ferveur. Daigne pour ton esclave envoyer un sauveur !
— Quel silence effrayant! Cette porte est fermée. De l'or... de la splendeur... une lampe allumée... Mais j'entends... Tout le sang de mes veines a fui. Non... la peur m'égarait, ce n'est pas encor lui.
— Oh! quand un débauché que je hais et méprise M'a fait en sa demeure entraîner par surprise, Je ne puis empêcher que mon cœur douloureux Revienne à Lepidus, si beau, si malheureux!
Il m'aime celui-là, je le sais; sa tendresse, Soufûe qui, malgré moi, me touche et me caresse, A peine quelquefois s'irrite et parle haut, D'un mot impérieux je l'apaise bientôt. Quand de ma liberté lesdieux marqueront l'heure. Je veux que Lepidus entre dans ma demeure. Souriant, plein de joie à mou honneur vanté, Et qu'il irouve à mon seuil la sainte chasteté. Bon Titus, je veux bien ne pas te faire outrage. Je veux que mon amant respecte mon courage ; Mais lorsque ton hiver fait place à mon printemps, Je puis me souvenir que je n'ai pas vingt ans. 0 déesse, ô Vesla, par mes soins désarmée. Qu'il est dur de se taire, et d'être tant aimée î Hélas! dieux immortels! à quoi vais-jc songer, Quand de ces murs peut-être approche le danger; Quand... cette fois j'entends ! Diane, je t'implore ! C'est lui.
Elle tombe assise avec accablement et se voile de ses Uiaifis le visage. Lepidus entre en scène par la porte de gauche , précédé du portier du logis, qui lui montre Laviiiia et se relira immédiatemeul l'ur la même porte.
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