UN FLAMINE
Dis-nous, consul, dis-nous ce qui te fait souffrir. MARIUS, il se soutient entre les devins, les regarde
un moment d'un air e/frayd, et i éprend d'une
voix brisée. * Hélas! toutes les nuits ma vieillesse éplorée Voit grandir un fantôme, une image abhorrée. C'est lui, Sylla vainqueur, qui, le bras étendu, Poursuit dans le désert Mithridate éperdu. C'est lui, noble soldat aimé de h fortune. Jeune soleil levant dont l'éclat m'importune, Qui traîne, quand la mort s'assied à mon chevet. Ce flot de légions qui jadis me suivait; Lui qui, venant aux dieux offrir une hécatombe, D'un pied triomphateur repoussera ma tombe. Lui, lui, qui des Romains marchera le premier, Quand la rouille du temps rongera mon cimier. D'autres fois, accablé par la fièvre enflammée, Je crois en Orient commander une armée ; Je suis jeune, mon corps est allègre, puissant: Une chaleur nouvelle a ranimé mon sang. Le démon des combats m'emporte, ardent génie, Dans les sables du Pont et de la Bithynie : Mithridate s'enfuit; et mes vieux escadrons Vont déchirant la nue au bruit de leurs clairons. Puis, lorsque je reviens aux douleurs de la terre, Tout trempé de sueur sur mon lit solitaire. J'ai des cris, des sanglots, des élans furieux, Et des larmes de sang viennent souiller mes yeux. Puis, lorsque dans l'acier je contemple mes rides, Et les cheveux blanchis à mes tempes arides. J'ai peur : chaque sillon creusé par le remord Me semble un pas de plus que je fais vers la mort. En vain je crie en moi : Non, ce n'est pas possible ! La Parque à mes côtés, tlle... file inflexible! Et d'instants en instants le fuseau s'amoindrit..; Et je meurs d'épouvante... et la Parque suurit I ' Le vieillard est au comble de son exaltation fébrile ; une
* Un Flamine, Marius , un Aruspice.
oi.r «lacéR lui coule drs tcnipp'? : Ips Augures le sounnent dans leurs bras. Le Flamine reprend d une ï solennelle :
LE FLAMIXE'2).
toujours inquiet de tes fçrandeurs futures, entrailles d'un hœuf tiré mes conjectures, ais, chose propice à mes pieux desseins, ;cres palpitants ne m'ont paru plus sains. ;œur était f^orgé d'un sang cliaud et vivace : ici bien contenu, le poumon sans crevasse, leux lobes le foie était bien replié.
MAni'js, joyeux.
ce n'est pas en vain que je l'ai supplié, rinus! je respire et ma vie est certaine.
UN AIIUSI'ICE.
dieux aiment toujours notre vieux capitaine, i du Tibre, hier soir, j'observais le soleil, lant mille flots d'or à l'occident vermeil. uigle tout à coup, oiseau de grand augure, ,a dans les cieux son immense envergure. ■oi des alités, parti de l'Ksquilin, lit un œil ardent sur l'astre à son déclin; [uand je le lis voir à la foule attirée, n'était plus qu'un point sous la voûte azurée.
MAHIUS.
[ je n'attendais pns ce présage vainqueur! aigle de haut vol ranime mon \ieux civur... , ma force renaît, ma fierté se réveille.
UN ASTROI.Or.UR.
pivert chante à gauche, à droite la corneillp. M A mus.
UN ARUSPICE
La poule sacrée a mangé tout son grain.
LE Fl.AMlNE.
B ces prédictions calment ton noir chagrin !
MAHIUS.
rci, mes vrais amis, ma bonne clienlcllo; bienheureux Caius vous prend sous sa tutelle, suis votre consul, prêt à vous secourir.
TOUS
ngs jours à Mariusl
LE FLAMINE, à part, à un Augure.
11 peut ne pas mourir.
, Esclaves, les Jeunes Filles, les Joueurs do tlùte suivent les Prêtres et les Augures.
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