SCÈNE V
MARIUS, LAVINIA, voilée.
MARIUS
Entre. Quels sont tes dieux, femme!
lavima.
Dans les ténèbres Je sers la triple Hécate et les mânes funèbres.
A part.
Il se meurt.
MARIUS
Que sais-tu'?
LAVIMA.
Daigne m'interroger.
A part.
0 dieux de la terreur, laissez-moi me venger'... Si la mort n'eût déjà prcsqu'achevé ma tâche ,
LE VIEUX CONSUL
Rn ce lieu, sans pitié, j'aurais tué ce lâche : Mais alors que les ans préviennent ma fureur. J'emplirai ce mourant d'épouvante et d'horreur.
MAUIUS.
En face du soleil, un aigle, à tire d'ailes, S'est élevé superbe aux voûtes éternelles. J'ai reçu des devins ee présage important.
LAVINIA
Oui, c'était le soleil, mais le soleil couchant. De ses derniers rayons l'ardeur exténuée Pâlit, pâlit sans cesse* travers la nuée: Les noirs corbeaux de l'air l'insultent en criant... Quant à l'aigle superbe... il venait d'Orient.
MARius, étonné.
Femme, viens-tu chez moi redoubler mon délire?
LAVl.MA.
De même que mes yeux dans le ciel peuvent lire, De même cet esprit qui m'enQatiime à présent Peut voler d'heure en heure au delà du présent. Consul, laisse tomber ta vanité grosirière; Les fanfares au loin sonnent dans la poussière, Les chevaux au galop vont battant le pavé; De toutes tes fureurs ce pays est sauvé. Vois, consul, pour combler tes poignantes alarmes. Le mur de ta maison sue et verse des larmes : Les clameurs du triomphe ont effrayé les airs. Et dans les cieux luisants se croisent des éclairs. Cette nuit, au mot:ient des heures solennelles. Des loups ont arraché le fer des sentinelles : • Et quand, pleine d'horreur, la lune se voila, Mille échos à l'envi répétèrent : — Sylla ! Sylla victorieux revient en Italie, Et pour le saluer un peuple entier t'oublie ; Et pendant les douleurs de ton dernier effort, Sylla, l'heureux Sylla vient sourire à ta mort. MARIUS, se iraînant au pied de son lit. Pitié! ne vois-tu pas. langue lâche et hardie. Que je suis là brisé d'effroi, de maladie; Que j'ai peur... que ta voix, que ton fj;este effrayant Me laissent là sans force, à tes genoux priant! Femme, que t'ai-je fait?— Quelle étrange aventure A l'heure de ma mort provoque ma torture? La force a déserté mes membres affaiblis... Ces présages sont faux, mensongers!
LAVINTA.
Tu pâlis.
MARIUS
Je me meurs!... du secours!... j'étouffe!
LAVINIA
Ignominie!
MARIUS
Mais je saurai du moins...
LAVIMA.
Laisse-moi.
MARIUS marche vers elle avec force, et lui arrache son voile; puis il recule pas à pas, et vient, terrifié, retomber sur son lit, en s' écriant :
Lavinie!...
Je comprends qu'elle vienne en ma mort me trou-
LAViNiA. [bler.
Grand vainqueur des Teutons, je t'aurai vu trem-
.;; ' UNE VOIX, ati dehors. [bler.
Je suis chez un consul, et j'y prends droit d'asile.
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